L’objectif de cette tribune est de contribuer à ouvrir enfin un débat national sur notre attitude en tant que société face à ce conflit algéro-marocain lancinant. Elle fait suite à l’article sur la discrétion de nos diplomates, paru précédemment.
Le temps des euphémismes est terminé. Si le Sahara marocain est aujourd’hui une réalité internationale, c’est d’abord l’œuvre d’une diplomatie royale méthodique, patiente et implacable. En cinquante ans de guerre d’usure, elle a retourné le monde.
Le bilan Royal
Ne nous trompons pas d’auteur. Ces victoires ont été façonnées par une diplomatie royale: discrète dans la méthode, chirurgicale dans l’exécution, historique dans les résultats.
C’est cette diplomatie Royale qui a obtenu la reconnaissance américaine en 2020. Un travail de fond, État à État, conduit sur une vingtaine d’années.
C’est encore cette diplomatie qui a arraché le basculement de l’Espagne en 2022. L’ancienne puissance coloniale du territoire, celle qui connaît chaque recoin, chaque dune du Sahara, a fini par dire la vérité: le plan d’autonomie est «la base la plus sérieuse, réaliste et crédible». Il fallait l’autorité et la constance du Palais pour faire bouger Madrid.
C’est encore cette approche qui a convaincu la France de sortir de l’ambiguïté en 2024: «Le présent et l’avenir du Sahara s’inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine». Une ligne signée du président Macron, mais le fruit d’une relation de fond, patiente, construite sur le long terme par Rabat.
C’est cette démarche qui a fait basculer l’Union européenne, dont une large majorité des États membres reconnaît désormais, explicitement ou implicitement, la marocanité du Sahara et soutient le plan d’autonomie comme seule solution viable. L’UE acte cette réalité par ses propres accords: pêche, agriculture, exportations - les produits du Sahara quittent le continent sous le label Maroc. Dans la même logique, le Royaume-Uni a formalisé sa reconnaissance en 2023: son accord d’association post-Brexit couvre l’ensemble du territoire marocain, Sahara compris. L’arrêt du 4 octobre 2024 n’a pas changé la ligne politique: Bruxelles et Londres commercent, investissent et coopèrent avec le Sahara marocain. Vienne, avec qui le Maroc entretient des relations ininterrompues depuis plus de 240 ans, vient de leur emboîter le pas tout récemment.
C’est toujours le Royaume qui a ouvert vingt-huit consulats à Laâyoune et Dakhla. Qui a convaincu le Mali et le Kenya du bien-fondé de la thèse marocaine. Qui a cimenté le soutien unanime des pays du Golfe. Qui a fait de l’Union Africaine un terrain qui n’est plus hostile.
Le constat est implacable: sur 193 États à l’ONU, plus de cent soutiennent aujourd’hui le Maroc. Notre diplomatie a fait mieux que convaincre. Elle a isolé l’adversaire.
En face, la Rasd n’est reconnue que par une poignée d’États qui monnayent leur soutien contre les pétrodollars d’Alger. Le peuple algérien, sur lequel on s’attardera ultérieurement, en paie le prix, à son corps défendant.
Cinq cents milliards de dollars US. Cinquante ans. Pour acheter du vent. Cinq cents milliards dilapidés par Alger pendant que notre Royaume, lui, marquait l’Histoire avec du solide.
Le visage du régime d’en face: la rente, le mensonge, la répression et la guerre hybride
Pour comprendre l’acharnement algérien, il faut regarder ses méthodes. Ce régime ne recule devant rien pour nuire.
La répression interne d’abord. L’affaire de l’écrivain Boualem Sansal, emprisonné pour avoir osé dire la vérité sur son pays et sur la manipulation de l’Histoire, est un révélateur. Un pouvoir qui bâillonne ses intellectuels pour délit d’opinion, surtout lorsqu’il s’agit du Maroc.
La guerre hybride externe ensuite. Même le sport devient un champ de bataille. Lors de l’affaire de la CAN, on a vu l’Algérie tenter de monter les Sénégalais contre nous de manière éhontée. Une instrumentalisation du football au service d’une rancœur politique. Quand on n’a plus d’arguments, on salit le terrain.
La diplomatie de l’escalade permanente, enfin. La diplomatie algérienne cherche systématiquement la confrontation, pour des raisons mensongères et fallacieuses. Le Maroc, lui, a toujours œuvré en faveur de l’apaisement. Nos diplomates ont été, en permanence, du côté de la désescalade. Alger, à l’inverse, s’est, du temps de nos relations non encore rompues, reposée sur des prétextes puériles et fabriqués pour convoquer continuellement nos ambassadeurs, pour des motifs construits de toutes pièces, comme l’a expliqué notre dernier ambassadeur à Alger, Hassan Abdelkhalek, lors d’une interview. Le Maroc a toujours choisi la retenue, refusant d’ébruiter ces provocations. Malgré tous ces efforts d’apaisement, l’Algérie a fini par décider unilatéralement la rupture diplomatique du 24 août 2021, dans un élan de hargne inexplicable. On parle publiquement de «rupture», mais en sous-jacent, ce sont les Algériens qui ont toujours été les provocateurs. Le Maroc n’a jamais cherché à propager ces vérités, par souci de ne pas envenimer davantage la situation. C’est dire notre retenue. Mais le commun des mortels n’en a pas connaissance.
Je l’ai vécu. Au service central ou en poste pendant une quarantaine d’années, j’ai vu ça. Tout le temps.
C’est dans cet esprit que j’essaie de déballer, ne serait-ce que quelques épisodes y afférents. Parce que si nous continuons à taire ce que nous avons vécu, nous trahissons l’œuvre accomplie.
En poste à Vienne, dans les réunions de l’AIEA sur l’énergie atomique, ils nous sortaient le cannabis marocain. L’AIEA. L’atome. Et eux parlaient de kif. À toutes les sauces. Nous, on rétorquait, chiffres à l’appui: les psychotropes qui inondaient la région venaient d’Algérie. À l’OSCE, quand on parlait de sécurité en Europe, de stabilité, de désarmement, ils revenaient avec le cannabis devant les représentants de la communauté internationale. Avec la drogue. Alors que le sujet n’avait rien à voir. Et nous, on tentait vaille que vaille de leur répondre: mais les réseaux de psychotropes, c’est de chez vous qu’ils viennent.
Ce n’était pas qu’à Vienne ou en Afrique. Partout où j’étais en poste (à Washington, à New Delhi, à Tokyo) la même manœuvre se répétait. Et à chaque fois, il fallait mener un travail pédagogique patient auprès de nos interlocuteurs des pays d’accueil: ministres, diplomates, hauts fonctionnaires. Car l’Algérie semait la confusion jusque dans les cartes. Les camps de Tindouf, situés en territoire algérien, portent délibérément les noms des vraies villes du Sahara marocain (Laâyoune, Smara, Dakhla, Boujdour). Une duplication calculée, destinée à faire croire que le «peuple sahraoui» vivait sur son territoire. La réalité étant tout autre: d’un côté, les mercenaires du Polisario, armés et encadrés par Alger. De l’autre, des populations séquestrées sur le sol algérien, privées du droit élémentaire de choisir leur destin. Et c’était à nous de corriger cette confusion imprimée par l’ambassade algérienne. Réunion après réunion, capitale après capitale. Sans relâche. Quel gâchis. Tout ce temps, toute cette énergie, qui aurait pu servir à quelque chose de plus bénéfique et de plus constructif pour les deux pays.
J’étais en poste au Kenya et au Burundi, surtout à Nairobi. Que ce soit dans le bilatéral ou le multilatéral, notamment à l’UNEP (Programme des Nations Unies pour l’Environnement), ces incidents étaient constants.
Et il y avait ce double jeu permanent. Quand leurs ambassadeurs nous invitaient à leur fête nationale, c’était le grand discours: «Nous sommes vos frères, vous êtes chez vous dans votre résidence». Les accolades, les sourires, le thé. Et le lendemain, en réunion, ils nous imposaient le drapeau de la pseudo-Rasd dans la salle. Illégal. La pseudo Rasd n’étant pas membre des Nations Unies. Ils le savaient. Mais ils le faisaient quand même.
Frères le soir. Adversaires le matin. Voilà le jeu sournois auquel ils s’adonnent tout le temps.
À nous alors de jouer. À nous, diplomates marocains, avec nos collègues africains, de convaincre, d’imposer notre point de vue: la Rasd n’a pas à participer. Et dire clairement: si ce drapeau reste, le Maroc ne participe pas. Menacer de boycotter, mais sans rompre. Négocier, mais sans céder. Toujours. À chaque fois.
Les fonctionnaires africains nous regardaient. Fatigués. Gênés. Certains riaient sous cape. À la longue, même les autres pays africains étaient lassés, désabusés, énervés par ce spectacle. Deux pays voisins, deux frères, qui se chamaillent en permanence pour une querelle créée de toutes pièces. Nous étions la risée. Eux provoquaient en douce. Nous, on réparait en public. Presque quarante ans à faire ça. Sans relâche.
Ces épisodes n’ont jamais fait la une. Mais ils disent tout. L’Algérie imposait la palabre par la ruse, faute de pouvoir l’imposer par le droit. Nous, on défendait notre juste droit par des faits historiques— réunion après réunion.
Leur logique est simple et constante: étouffer le réel, imposer le mensonge.
Un régime qui finance la pseudo-Rasd avec l’argent de son peuple pendant que ses hôpitaux manquent de tout, que les Algériens font la queue, ces fameuses «chaînes», pour les produits de première nécessité, que le dinar s’effondre, et que le pays s’achemine doucement mais sûrement vers la clochardisation. Voilà l’adversaire. Sa doctrine tient en quatre mots: rente, répression, nuisance et le tout couronné par le mensonge.
C’est la définition même d’un régime autoritaire reposant sur le mensonge, l’affabulation politique et la désinformation. Une véritable «mythocratie». Mensonge pour voler la rente. Mensonge pour justifier la répression. Mensonge pour exporter la nuisance. Dans toute son œuvre, le régime algérien ne tient que par des mythes. Le mythe d’un «peuple sahraoui» à libérer. Le mythe d’un Maroc «expansionniste». Le mythe d’une «agression marocaine» en 1963. Le mythe d’une «trahison marocaine» pendant la guerre d’indépendance algérienne, alors que le Maroc a apporté un appui total et sans limite à la libération de l’Algérie: bases arrière, armes, soins, passeports. Le mythe du «droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », brandi pour le Sahara, alors que les Algériens eux-mêmes ne peuvent pas disposer d’eux-mêmes: ni liberté de presse, ni alternance, ni contrôle sur leurs rentes. Le mythe d’un «soutien aux causes justes» quand on enferme des Sansal.
«Quand la rente s’épuisera, le peuple algérien se réveillera. Il verra qui l’a privé de liberté toutes ces années pour nourrir un mythe. Qui a sacrifié son développement sur l’autel d’une querelle stérile. Et ce jour-là, lentement, sûrement, il reprendra le chemin de la fraternité.»
— Mohammed Slaoui
L’autre grand axe de ce mythe: la «lutte contre le terrorisme». Ce régime qui, avec une régularité suspecte, annonce chaque semaine, tous les mercredis de nouvelles arrestations de terroristes, comme pour rappeler au monde qu’il est indispensable, incontournable. Une mise en scène rodée, destinée à justifier la répression interne et à détourner les Algériens de leurs vraies souffrances.
Leur doctrine fait du bruit parce qu’elle est vide. Et ils tapent d’autant plus fort qu’ils sont seuls.
Le paradoxe marocain: une diplomatie royale gagnante et un récit timoré
Voilà la problématique. La diplomatie royale nous livre un dossier quasiment clos sur le fond. Mais nous, intellectuels, académiciens, médias, élites, société civile, nous n’avons pas assez fait notre part sur la forme.
Notre diplomatie gagne les chancelleries pendant que nous perdons les consciences. Elle ouvre les consulats pendant que nous laissons Alger occuper les plateaux télé, même avec de piètres intervenants, et les couloirs de la CAF, en fustigeant une omniprésence marocaine imaginaire. Elle change les cartes pendant que nous laissons nos adversaires écrire le récit.
Notre faille est là: un déficit de communication. Nous refusons la propagande, soit. Mais notre discrétion nuit à notre cause. Car en n’ébruitant pas ces convocations intempestives de nos ambassadeurs à Alger, la genèse de la rupture diplomatique du 24 août 2021, les coups bas répétés, nous accréditons l’idée d’un conflit symétrique. Il n’y a pas symétrie. Il y a un provocateur et un constructeur. Un régime qui cherche l’escalade et un Royaume qui cherche l’apaisement. Notre silence fini par brouiller cette vérité.
Chaque victoire diplomatique non racontée est une atteinte à l’œuvre accomplie. Un cadeau offert à un régime qui emprisonne des Sansal, dilapide l’argent de son peuple et instrumentalise la CAN pour nous nuire.
La stratégie nationale voulue: être à la hauteur des acquis de notre diplomatie
La diplomatie de fond fait son travail. À nous de faire le nôtre.
Premier impératif: sanctuariser et marteler le bilan royal. Chaque diplomate, chaque ministre, chaque journaliste, chaque professeur de science politique doit avoir les chiffres en bouche pour les propager: États-Unis, Espagne, France, Royaume-Uni, Union européenne, vingt-huit consulats, plus de cent pays. Transformer le bilan royal en argument de fond, répété jusqu’à l’assimilation. Pour éviter un éternel recommencement.
Mais cela ne suffit pas. Il faut aussi une nouvelle offensive narrative. Il s’agit de nommer l’adversaire pour ce qu’il est: un régime militaire qui réprime, musèle, dilapide des milliards pour la Rasd et des coups bas jusque dans les stades au détriment du développement de son propre peuple. Un peuple qui attend toujours le moindre projet d’envergure, pendant que le dinar s’effondre, que les «chaînes» s’allongent et que le déclin s’installe, lentement mais sûrement.
Sur le terrain, chaque projet dans le Sud est une victoire supplémentaire. Dakhla Atlantique, énergie, tourisme, infrastructures: chaque réalisation dans le Sud marocain est le prolongement économique des victoires diplomatiques royales. À nous de rendre la marche arrière impossible par un investissement continu, visible et assumé par une communication percutante.
Et par-dessus tout, un serment générationnel: faire suffisamment de bruit pour que nos enfants n’aient pas à rouvrir un chantier que le Roi a presque achevé et que nos adversaires seraient enclins à relancer dès que le prix du pétrole remontera. Peu probable cependant, car la production est appelée à se réduire rapidement au fil d’un temps plus ou moins court. D’autant que le régime tend à brader son gaz sur l’autel de supposés soutiens, mêmes fugaces. Cas de l’Italie dernièrement.
Conclusion: Communiquer ou perdre la main
Le moment est venu de parler. Un peuple qui ne dit pas ses victoires finit par nuire à son droit. Un État qui n’explique pas les coups bas qu’il subit finit par les subir doublement.
Cette mobilisation ne saurait se limiter au seul dossier du Sahara marocain. Elle doit s’inscrire dans une logique plus large et plus durable: celle de la veille permanente au service de la sécurité nationale, dans toutes ses dimensions.
Car la sécurité nationale ne se réduit pas aux frontières ou aux cartes. Elle englobe la sécurité alimentaire, notre capacité à nourrir notre peuple sans dépendre de l’étranger. La sécurité spirituelle, la préservation de nos repères identitaires, religieux et culturels face aux ingérences et aux dérives. La sécurité sociale, la cohésion interne, l’harmonie entre les composantes de la nation, la paix civile.
Sans oublier notre soft power, cette image positive que le Maroc projette au monde: destination touristique de premier plan, carrefour de civilisations, modèle de stabilité et d’ouverture dans une région tourmentée. Une image qui se construit, mais qui peut se défaire si nous la laissons sans défense. Tout ce qui, en somme, maintient le Maroc debout, attractif, uni et souverain.
À chaque fois que l’une de ces dimensions est menacée ou écornée, nous avons le devoir de se mobiliser, de nommer la menace, d’éclairer le débat public. Ce n’est pas là un acte politique partisan. C’est un acte de loyauté envers la nation.
Cette vision ouvre la voie à un débat national de fond, un débat que le Maroc mérite et dont il a besoin.
Et le maître mot dans tout cela? La communication. Sans elle, les victoires s’effacent. Avec elle, elles deviennent irréversibles. Ce que nous écrivons aujourd’hui reste. Ce que nous taisons disparaît.
Communiquer n’est plus une option. C’est un devoir de conservation. Pour garder la main. Pour garder la carte. Pour garder l’Histoire de notre côté, et surtout pour tourner définitivement cette page qui s’étire depuis cinquante ans.
Le Palais a agi. À nous de parler. Car on ne tourne pas une page en se taisant. On la tourne en écrivant la suivante.
Appel aux diplomates en herbe
J’invite nos jeunes diplomates, nos étudiants en relations internationales, nos chercheurs, à s’emparer de ce texte. Étudiez-le, critiquez-le, enrichissez-le. Faites-en l’objet d’ateliers, de mémoires, de thèses. Approfondissez chaque chiffre, chaque date, chaque mythe. Cela concourra à ne pas laisser sur sa faim l’ancienne génération de diplomates marocains, qui a porté ce dossier à bout de bras dans le silence et la patience. Car c’est à vous qu’il reviendra demain de porter ce récit. La diplomatie royale a gagné la carte. À vous de gagner les consciences. Le Palais a tracé la voie. À vous d’écrire la doctrine.
Considérez ceci comme le testament d’un modeste ancien diplomate marocain. Un testament porté par un seul vœu: que ce problème se résolve dans les meilleurs délais, irréversiblement pour le bien des deux peuples frères et pour la paix dans cette région du monde. La page est presque tournée. À vous d’écrire le mot: fin.
Car au-delà du dossier, au-delà des cartes et des récits, il y a deux peuples. Et pour deux peuples qui se disent frères, la réponse est dans le Saint Coran:
«إِنَّمَا الْمُؤْمِنُونَ إِخْوَةٌ فَأَصْلِحُوا بَيْنَ أَخَوَيْكُمْ»
«Les croyants ne sont que des frères, rétablissez la paix entre vos frères» (Al-Hujurat)
Et la parole du Prophète ﷺ vient compléter ce que le Livre Saint a tracé:
قال رسول الله ﷺ :
«أحبّ الناس إلى الله أنفعهم للناس، وأحب الأعمال إلى الله سرورٌ تدخله على مسلم، أو تكشف عنه كربة، أو تقضي عنه دينًا، أو تطرد عنه جوعًا، ولأن أمشي مع أخي المسلم في حاجة أحبُّ إليّ من أن أعتكف في هذا المسجد شهرا»
«Les gens les plus aimés d’Allah sont ceux qui sont les plus utiles aux autres. Les actions les plus aimées d’Allah sont de mettre de la joie dans le cœur d’un musulman, ou de dissiper son angoisse, ou d’acquitter sa dette, ou de chasser sa faim. Et marcher avec mon frère musulman pour l’aider dans son besoin m’est plus cher que de faire une retraite spirituelle dans cette mosquée pendant un mois».
Marocains et Algériens, nous sommes un même peuple. La géographie nous condamne à coopérer. L’Histoire nous appelle à la fraternité. Ce conflit épuise les deux peuples et retarde tout le Maghreb arabe.
Un règlement de ce conflit ne peut que servir les deux peuples et l’harmonie des deux pays. L’acharnement du régime militaire algérien offre au monde le spectacle affligeant de deux frères qui se tournent le dos, se détestent.
Le peuple algérien ne manque pas de lucidité par nature. Il en a été privé. Il faudra un retournement de situation, voire un changement de régime, pour que nos voisins retrouvent les armes de leur propre discernement et réalisent que les Marocains ne leur ont jamais voulu que du bien. L’Histoire le prouve: elle s’en souvient, même si le régime a tout fait pour l’effacer. Il faudra du temps. Des années, peut-être. Le régime militaire a méthodiquement endoctriné le peuple algérien pendant un demi-siècle. Cinquante ans de manuels falsifiés, de plateaux verrouillés, de slogans martelés: le Maroc comme ennemi héréditaire, le Sahara comme «cause sacrée», la haine comme ciment national. On ne défait pas un lavage de cerveau en un jour. Ces dernières années, Chengriha aidant, le fossé s’est creusé lamentablement. Mais l’histoire nous l’enseigne: aucun mensonge d’État n’est éternel. Quand la rente s’épuisera, le peuple algérien se réveillera. Il verra qui l’a privé de liberté toutes ces années pour nourrir un mythe. Qui a sacrifié son développement sur l’autel d’une querelle stérile. Et ce jour-là, lentement, sûrement, il reprendra le chemin de la fraternité. Parce que nous sommes un même peuple. Et qu’aucune mythocratie au monde ne peut effacer le sang, la langue, la géographie. La réconciliation prendra du temps. Mais elle viendra à n’en pas douter. Par nécessité. Par lucidité. Par fraternité retrouvée. D’où, cette main tendue. Contre vents et marées.
La voie est tracée. Il ne reste qu’à la prendre.




