Le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, a défendu bec et ongles, ce mardi, sa politique agricole devant la Chambre des conseillers, où plusieurs groupes d’élus se sont montrés sceptiques après avoir dénoncé «la cherté de la vie, le monopole et la crise de l’Aïd al-Adha provoquée par les spéculateurs».
Chiffres à l’appui, le chef du gouvernement a présenté ce qu’il a appelé les performances de l’agriculture marocaine, estimant que le secteur s’en est bien sorti, grâce notamment à une saison pluvieuse favorable. Il s’exprimait lors de la séance mensuelle des questions orales qui lui était consacrée sur «la sécurité et la souveraineté alimentaire».
Contrairement aux critiques formulées, l’agriculture, selon Aziz Akhannouch, a connu une évolution positive, avec des hausses de production et de récoltes dans plusieurs filières. Il a notamment cité la récolte céréalière, estimée à 90 millions de quintaux, les produits maraîchers, avec 8 millions de tonnes, en hausse de 9%, ainsi que les olives, dont la production serait passée de 700.000 tonnes à 2 millions de tonnes. Il a également évoqué la production de dattes.
Aziz Akhannouch a déploré l’exploitation politique de la question de la viande rouge et de l’Aïd al-Adha. Il a néanmoins reconnu que l’État a prévu une enveloppe budgétaire de 12 milliards de dirhams pour aider les agriculteurs et les éleveurs à reconstituer leur cheptel.
Face à la longue sécheresse, «le gouvernement ne pouvait rester passif devant le malheur des paysans qui souffraient du manque d’eau. Il fallait aider l’agriculteur», a-t-il lancé devant les conseillers parlementaires.
Le chef du gouvernement a reconnu que, le jour de l’Aïd al-Adha cette année, certains marchés de bétail ont subi une forte pression, durant laquelle le mouton s’est «fait rare». Il a également estimé que le contexte mondial a été marqué par une hausse des prix des aliments de bétail, qui se répercute chaque année sur le prix de la viande rouge, avec une augmentation estimée à «32%».
Lire aussi : Céréales, maraîchage, élevage: les indicateurs de la campagne agricole en nette amélioration, selon Ahmed Bouari
«N’oublions pas que le Maroc a subi des années de sécheresse, en particulier en 2023 et 2024», a-t-il dit, sans exclure l’adoption d’une nouvelle décision d’exonération des droits de douane sur l’importation de viande rouge si le marché ne répond pas à l’objectif de baisse des prix.
Revenant sur les efforts de son gouvernement, Aziz Akhannouch a expliqué que le Maroc a construit 12 nouveaux barrages et apporté un soutien à 1,2 million d’éleveurs. Outre la subvention de certaines denrées par la Caisse de compensation, il a avancé le montant total de 52 milliards de dirhams d’aides publiques directes, dans le cadre d’une politique visant à soutenir la consommation.
Toutefois, plusieurs groupes parlementaires, dont l’Istiqlal, ont réclamé du chef de l’Exécutif une révision profonde du modèle agricole. Le conseiller parlementaire Abdelkader Kihel a proposé quatre axes pour cette réforme, notamment la prise en compte du lien étroit entre «la sécurité alimentaire, la souveraineté alimentaire et la stabilité», le renforcement des investissements dans l’hydraulique et l’amélioration de la gouvernance nationale dans ce secteur.
Pour le représentant de l’USFP, le gouvernement doit se doter d’une véritable stratégie agricole afin d’atteindre la souveraineté alimentaire. «Celle-ci n’est pas un produit, elle se construit», a-t-il martelé.
Lire aussi : Aïd al-Adha: pénurie, prix élevés... Guerraoui Filali interpelle la Cour des comptes
Abondant dans le même sens, l’élu de l’Union marocaine du travail (UMT), Noureddine Soulaik, a estimé que la sécurité alimentaire est intimement liée à l’amélioration de la situation sociale des paysans, ainsi qu’à celle des ressources humaines du ministère de l’Agriculture et de l’ONSSA. Il a appelé, en conclusion, à l’ouverture d’un dialogue national sur la sécurité alimentaire.
Les élus du Mouvement populaire (MP), Moulay Abderrahmane Drissi, et de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), Mohamed Amouri, n’ont pas omis, pour leur part, de mettre en avant les acquis enregistrés, tout en appelant les pouvoirs publics à consolider davantage la sécurité alimentaire du Royaume.
Entre défense du bilan gouvernemental, critiques sur les prix, inquiétudes autour du cheptel et appels à revoir le modèle agricole, le débat à la Chambre des conseillers a confirmé que la sécurité alimentaire reste l’un des dossiers les plus sensibles de l’action publique. Aziz Akhannouch met en avant les chiffres et les aides engagées, tandis que plusieurs groupes parlementaires réclament une réforme plus profonde, capable de lier production, souveraineté, pouvoir d’achat et stabilité sociale.




