Aïd al-Adha: Fès renoue avec ses métiers de saison

Des commerçants manipulent leurs stocks de charbon la veille de l'Aïd al-Adha, dans un marché populaire de Fès. (Y.Jaoual/Le360)

Le 26/05/2026 à 19h35

VidéoChaque année, à quelques jours de l’Aïd al-Adha, Fès ne vit pas seulement au rythme des marchés aux bestiaux. D’autres commerces et savoir-faire saisonniers refont surface, portés par les habitudes de consommation des familles marocaines.

À la veille de l’Aïd Al-Adha, l’agitation commerciale à Fès déborde largement des marchés aux moutons. Elle gagne en effet une série de métiers et d’activités saisonnières qui retrouvent, le temps de quelques jours, une vigueur remarquable, reflet d’une fête religieuse indissociable de traditions de consommation que les les familles marocaines perpétuent d’année en année.

Le360 et sa caméra ont, lors d’un reportage de terrain dans plusieurs quartiers populaires et marchés de la ville, pu constater un regain sensible du commerce de charbon de bois, de la vente d’ustensiles liés à la grillade (grilles, soufflets manuels) ainsi que des services d’aiguisage de couteaux, qui connaissent eux aussi une affluence croissante à la veille de la fête.

Mohammed, vendeur de charbon à Fès depuis plus de 30 ans, confirme que la demande pour le charbon grimpe nettement dans les jours précédant l’Aïd, cette matière étant jugée indispensable aux rituels du barbecue familial. Il précise que les variétés disponibles sur le marché diffèrent selon la qualité et le type de bois utilisé à la production.

Parmi les plus courantes, il cite le chêne, le moins cher, qui présente l’avantage de peu fumer à la combustion. Vient ensuite le charbon de citronnier, le plus recherché et le plus performant en termes de qualité et de durée de combustion, mais aussi le plus onéreux et cette année, le plus difficile à trouver. D’autres variétés sont également présentes, comme le charbon d’olivier ou de genévrier, dont les ventes varient selon les prix et la qualité. Les marges bénéficiaires, souligne Mohammed, fluctuent quant à elles en fonction des vendeurs, des volumes écoulés et du profil de la clientèle.

Des prix multipliés par cinq

Sur la question de la flambée des tarifs, le commerçant est catégorique: «Le kilogramme de charbon, qui ne dépassait pas trois dirhams en gros les années précédentes, atteint cette année environ quinze dirhams». Il impute cette hausse aux fortes précipitations enregistrées dans plusieurs zones de production, notamment à Sidi Yahia, Larache et Ksar El-Kébir, qui ont perturbé le processus de fabrication, un processus long avant que le charbon ne soit prêt à la commercialisation. À l’inverse, les années de sécheresse avaient permis de constituer des stocks plus importants, notamment pour le charbon de citronnier provenant des exploitations agricoles de Houara, Taroudant et du Haut-Atlas, ce qui avait alors contribué à modérer les prix.

Face à cette situation, plusieurs professionnels ont commencé à produire du charbon compressé, fabriqué à partir de résidus de bois, de sciure et de déchets végétaux, dans le but de proposer des alternatives capables d’absorber la demande croissante pendant la période de l’Aïd.

Vendeur de paille et d’aliments pour bétail, Radi confirme de son côté que ces produits connaissent également un fort engouement, porté par l’acquisition des animaux de sacrifice à nourrir. Il souligne par ailleurs que les services d’aiguisage et d’affûtage de couteaux affichent, eux aussi, leur dynamisme saisonnier habituel: «De nombreux habitants se rendent chez les artisans spécialisés pour préparer leurs instruments de sacrifice», scène qui se répète chaque année et représente une source de revenus non négligeable pour une partie des professionnels du secteur.

Il conclut en rappelant que, pour beaucoup de familles, l’Aïd al-Adha ne serait pas complet sans ces rituels et ces coutumes populaires, une occasion pour les marchés et les commerçants saisonniers de retrouver leur cadence particulière, celle qui distingue ces quelques jours du reste de l’année.

Par Youssra Jaoual
Le 26/05/2026 à 19h35