Malgré une maîtrise apparente de l’indice des prix à la consommation (IPC), l’économie marocaine est confrontée, en mai 2026, à un décalage persistant entre les indicateurs officiels et le pouvoir d’achat réel des ménages. En mai 2026, l’IPC affiche un recul de 0,9% sur un mois et une hausse annuelle limitée à 1,2%, loin des pics enregistrés en 2022 (6,6%) et en 2023 (6,1%). Toutefois, cette accalmie globale masque des réalités sectorielles et géographiques disparates, ainsi qu’un effet de cliquet sur les prix.
Selon le Rapport sur la politique monétaire du deuxième trimestre 2026, la Banque centrale projette une inflation moyenne de 1,5% pour 2026 et de 2,1% pour 2027. L’inflation sous-jacente devrait, quant à elle, accélérer à 2,9% en 2027, en raison de la disparition de l’effet baissier sur les prix de l’huile d’olive et de la hausse de l’inflation importée. Ces prévisions s’inscrivent dans un contexte d’alourdissement de la facture énergétique nationale, attendue en hausse de 25,9%, à 135,3 milliards de dirhams en 2026, avec un baril de Brent projeté à 92,3 dollars en moyenne, contre 68,1 dollars en 2025. «Par ailleurs, BAM prépare le passage au régime de ciblage de l’inflation, soutenu par le FMI, avec une simulation à blanc prévue en décembre 2026 en vue d’un déploiement en 2027», indique le quotidien Les Inspirations Eco du 1er juillet
En parallèle, l’État a maintenu ses subventions sur la farine, le sucre et le gaz butane afin de contenir l’impact social. Au cours des cinq premiers mois de 2026, les dépenses globales de l’État ont progressé de 12,2%, portées par les dépenses de biens et services ainsi que par les intérêts de la dette. Le déficit budgétaire (hors cessions de participations) est projeté à 3,4% du PIB en 2026 et à 3,3% en 2027, tandis que la dette du Trésor représentait 66,6% du PIB en 2025.
Le décalage de perception est documenté par le Haut-Commissariat au Plan (HCP). Fin 2025, 91,7% des ménages signalaient une hausse des prix alimentaires sur un an et 75% anticipaient sa poursuite. Ce phénomène s’explique par la structure budgétaire des ménages les plus modestes, qui consacrent plus de 40% de leurs revenus à l’alimentation, contre une pondération moyenne de 38,2% dans l’IPC national. De surcroît, les prix de certains postes clés restent orientés à la hausse, à l’image des transports, qui affichent une progression de 8,1% sur un an en mai 2026 en raison du coût des carburants.
L’analyse territoriale met en évidence d’importantes disparités géographiques. En mai 2026, l’IPC a reculé de 2,1% à Safi et de 1,2% à Casablanca, mais seulement de 0,2% à Oujda. En 2024, Laâyoune (+3,0%) et Guelmim (+2,2%) affichaient les plus fortes hausses, contrastant avec Kénitra (+0,7%) et Tanger (+0,6%). «Ces écarts s’expliquent par l’éloignement logistique et les circuits d’approvisionnement propres aux différentes régions», note Les Inspirations Eco.
Sur le plan social, l’impact de l’inflation est corrélé aux indicateurs de précarité. Selon le HCP, le taux de pauvreté absolue est passé de 1,7% en 2019 à 3,9% en 2022, tandis que le taux de vulnérabilité est passé de 7,3% à 12,9%, représentant un basculement de plus de 3 millions de personnes. Les données sur la pauvreté multidimensionnelle de mai 2025 indiquent que les taux les plus élevés se concentrent dans les régions de Béni Mellal-Khénifra (9,8%) et de Fès-Meknès (9,0%). Le milieu rural concentre 72% des personnes en situation de pauvreté, avec des pics enregistrés dans les provinces de Figuig (24,1%) et de Taounate (21,1%).
Enfin, la structure du marché du travail accentue cette vulnérabilité. Un rapport du HCP publié en mai 2026 indique que l’emploi informel représente les trois quarts de l’emploi total au Maroc, privant ces actifs de mécanismes de protection sociale et de revalorisation salariale. Les femmes restent particulièrement exposées, avec un taux d’activité de 19,1%, combiné à un accès limité aux pensions de retraite : seules 15% des femmes âgées de 60 ans et plus en perçoivent une, contre 37% des hommes.




