L’unité du Maroc et la sérénité des Marocains, un engagement royal, ancien et ferme

Talaâ Saoud Al Atlassi.

Talaâ Saoud Al Atlassi.

TribuneCinquante et un ans après la Marche verte, le veto russe du 30 octobre a mis fin au mandat de la MINURSO et remis les compteurs du dossier saharien à zéro, à l’inverse de ce qu’espéraient Moscou et Alger. Pour le journaliste et écrivain Talaâ Saoud Al Atlassi, Rabat avait anticipé ce veto. Il y voit l’ouverture d’une nouvelle voie, fondée sur l’autonomie, où le Polisario se retrouve isolé et où la relation avec la Russie reste préservée.

Le 06/11/2026 à 08h30

Ce vendredi, les Marocains célèbrent l’anniversaire de la Marche populaire du 6 novembre 1975, qui a permis de récupérer les provinces du Sahara marocain sur le colonisateur espagnol. Un jalon historique dans le parcours du nationalisme marocain et du parachèvement de l’intégrité territoriale. Aujourd’hui encore, cette marche continue de produire ses effets, notamment avec la consolidation en cours de la légitimité internationale du Maroc sur son territoire.

Le compteur des évolutions de la question du Sahara marocain s’était tant enflé, au fil de plus d’un demi-siècle de virages franchis et de mutations subies, qu’il en était venu à appeler une remise à zéro. La Russie la lui a offerte lors de la réunion du Conseil de sécurité du 30 octobre dernier, par le veto qu’elle a opposé au projet de résolution rédigé par les États-Unis, mais aussi par le projet de résolution qu’elle a elle-même présenté et qui n’a recueilli que trois voix, sur les neuf requises pour son adoption.

La remise à zéro s’est produite à l’inverse des intentions russes et des espoirs algériens: ce veto a supprimé le fondement juridique du maintien de la mission des Nations unies, avec les objectifs qui étaient les siens depuis 1991. Des objectifs que la question du Sahara marocain avait depuis longtemps dépassés, bien avant que le temps ne fasse son œuvre.

Le communiqué du Cabinet royal, publié moins d’une heure après la levée de la séance du Conseil de sécurité, le vendredi 30 octobre, a surpris les Marocains, les parties concernées, les États intéressés comme les médias internationaux. Il a surpris par sa réactivité quant à la décision du Conseil, qu’il talonnait, et surtout par sa nature, soit l’expression de la satisfaction du Maroc devant cette décision. On pourrait le résumer par une formule proche de l’adage: «Je ne l’ai pas ordonné, mais je n’ai rien contre».

Lors d’une réunion présidée par le Roi Mohammed VI, le mercredi 4 novembre, aucun commentaire n’a été fait sur la séance du Conseil de sécurité. Le Souverain est davantage soucieux de la bonne gestion du départ de la MINURSO du Maroc et ordre a été donné aux autorités marocaines de le faciliter, signe que le Royaume n’est pas contrarié par la fin de sa présence. Le Souverain a renouvelé l’engagement volontariste du Royaume à respecter le cessez-le-feu tout en réaffirmant sa fermeté dans la défense de l’unité de la patrie marocaine, ainsi que de la sécurité et de la sérénité des Marocains.

Pour revenir à la séance du Conseil de sécurité, la rapidité du communiqué du Cabinet royal montre que le centre de décision politique marocain était informé de la disposition russe à bloquer, par un veto, le projet de résolution préparé par les États-Unis. C’est ce que précisera le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, dans un entretien de presse, en confirmant que les Russes l’en avaient informé.

Cette mise au point témoigne de la sérénité avec laquelle le leadership stratégique marocain, impulsé par le roi Mohammed VI, a appréhendé le veto russe, en l’intégrant pleinement dans l’analyse méthodique qu’il applique à la gestion de la cause nationale. Il en a conclu qu’il n’était ni nécessaire ni utile d’engager les Russes à revenir sur leur intention, ni de marchander le retrait de leur veto contre des avantages ou des offrandes stratégiques, commerciales ou économiques. Le veto russe allait certes bloquer une résolution, mais allait également ouvrir une voie nouvelle dans l’évolution du dossier.

Cette voie, la résolution avortée l’aurait ouverte en partie, s’il avait été convenu de commencer à mettre en œuvre la proposition d’autonomie et de permettre à la mission des Nations unies de l’accompagner avec un nouveau cahier des charges. Le veto, lui, a grand ouvert cette voie et y a orienté la question sous une signalisation nouvelle et claire. Pourquoi le Maroc s’efforcerait-il de rompre le sortilège, s’il voit que celui-ci va se retourner contre celui qui l’a jeté, et de sa propre main?

Dans le communiqué du Cabinet royal comme dans les déclarations du ministre aux médias publics, le Maroc n’a adressé aucun reproche à la Russie et ne s’est pas attardé sur les motifs ni les arrière-plans de sa décision. Par un geste pragmatique, qui relève de la maturité politique, il a évité que l’effet du veto ne contamine les relations maroco-russes. Ces relations, nourries par plus de soixante-dix ans d’histoire, ont traversé sans dommage la guerre froide, les tensions et les crispations des conflits internationaux. Elles sont protégées par le respect mutuel et par une forte dose de rationalité. Elles préservent l’intérêt mutuel et garantissent aux deux parties le droit d’assumer leurs différences de choix politiques et d’orientations stratégiques.

Il faut, du reste, rappeler que la Russie ne reconnaît pas la «République du Polisario» et n’autorise au Polisario aucune activité dans les sphères politiques et sociales russes. Cela traduit le souci de la Russie de préserver ses relations avec le Maroc de toute contamination et de toute source de friction.

Ce qui importe au Maroc, c’est que la solution pacifique du différend exige aujourd’hui de «remettre le compteur à zéro», d’établir de nouvelles règles, différentes de celles auxquelles la résolution 2797 du Conseil de sécurité avait (déjà) mis un terme. En quittant le territoire, la mission des Nations unies (MINURSO) a emporté dans ses bagages toutes ses raisons d’être. Celles-ci s’étaient érodées, rongées par des années passées à flatter une chimère séparatiste et à supporter ses caprices, alors que la communauté internationale s’est convaincue qu’elle n’était qu’une «écume» qui ne sert ni le règlement du conflit, ni le présent ou encore l’avenir des populations.

D’un autre côté, l’envoyé onusien James Baker fut d’ailleurs le premier à proclamer haut et fort sa conviction que le référendum d’autodétermination était impossible. Au sein même de l’appareil de la chimère séparatiste, la question de son propre «destin» a germé et mûri. Certains de ses éléments raisonnables ont pris conscience qu’il n’était qu’un «service de sous-traitance» au service de l’irritable humeur algérienne envers le Maroc, et cela depuis deux générations. Ceux de ses dirigeants qui restent à ce service ne s’accrochent qu’aux avantages liés à cette même fonction.

C’est d’ailleurs pourquoi le projet de résolution, voté par onze États du Conseil et dont la portée politique restera acquise pour la suite du processus, prévoyait que l’envoyé onusien ouvre le dialogue à toutes les expressions sahraouies en dehors du Front Polisario. Parmi elles figurent le «Mouvement sahraoui pour la paix» et le courant «Khat Achahid», et en premier lieu les Marocains sahraouis fidèles à leurs ancêtres et à leur patrie, solidement ancrés dans leur marocanité.

Cette orientation, voulue par les Nations unies, se poursuivra. Au milieu de la pluralité sahraouie, le Polisario, ou ce qui en subsiste, se retrouvera de facto isolé, piégé par son obstination à défendre le récit de sa chimère séparatiste. Ce qui est certain, c’est est que la prétention au statut de «représentant unique du peuple sahraoui» s’est évanouie. La proposition d’autonomie, elle, fait son chemin. Sa justesse, dont elle a convaincu plus des deux tiers des membres des Nations unies, se confirme de jour en jour. Cette solution est aujourd’hui le socle de la nouvelle règle du processus de règlement.

Cette issue, le Maroc l’a arrachée par la Marche Verte, populaire et pacifique, qui a franchi les frontières par lesquelles le colonisateur espagnol séparait les provinces du Sud marocain de leur patrie. Cette marche, que le Maroc célèbre comme fête nationale le 6 novembre, était celle du triomphe des droits du Maroc. Elle a aussi protégé la région d’un micro-État séparatiste que des éléments de l’armée franquiste préparaient, pour en faire l’instrument des ambitions coloniales de l’époque. C’est ce «micro-État» dont le défunt président algérien Houari Boumediene a voulu faire «un caillou dans la chaussure du Maroc» et qu’il a légué aux dirigeants algériens, comme une illusion maladive et un fardeau qui ne fait qu’alourdir la gestion des affaires algériennes.

Cette solution a tenu plus d’un demi-siècle, sous la garde d’une gestion stratégique royale, celle du Roi Hassan II puis du Roi Mohammed VI. Cette gestion, marquée par la sagesse et la patience et portée par un consensus national sans cesse renouvelé, a inscrit la cause et sa solution pacifique dans un parcours de développement, de réforme et de modernisation du Maroc. La solution affiche aujourd’hui des indicateurs élevés de réalisation et de progrès, dont la force de la cohésion entre l’État et le peuple, l’efficacité et l’accomplissement.

Cela concerne le Maroc dans toute son étendue et toute sa profondeur, avec toutes les composantes de son peuple, toutes ses régions et tous ses territoires. Parmi eux, les provinces du Sahara marocain, qui ont retrouvé aujourd’hui le fondement de leur avenir: la consécration de leur marocanité et l’unité de leur population, avec toutes ses spécificités et la diversité de ses expressions, en leur sein comme avec la patrie marocaine.

Mon ami, le militant exceptionnel Mbarek Abbas Boudarka, compagnon des deux grandes figures nationales que furent Fqih Mohamed Basri et Abderrahmane Youssoufi, et l’un des grands acteurs de l’Instance Équité et Réconciliation, m’a envoyé le matin du mercredi 4 novembre un magnifique texte, véritable morceau d’Histoire, qui m’a réjoui. Il avait été écrit en juillet 1957 par un autre grand ami, singulier, que nous avons perdu: feu Bahi Mohamed Horma Chinguetti. On sait que Mohamed Bahi, dont le talent manque aujourd’hui à la presse arabe, avait refusé, alors qu’il était exilé en Algérie au milieu des années 1970, une offre directe du président Houari Boumediene de prendre la présidence de la «République sahraouie». Après ce refus, dicté par son patriotisme marocain, il quitta l’Algérie pour l’exil parisien.

Je conclus cet article par un extrait de ce texte, éloquent et toujours d’actualité: «… Ce Maroc forme depuis les temps préhistoriques un seul bloc, avec son Sahara, son Atlas, son Rif, ses villes et ses villages. Ce bloc ancien et certain a surmonté les multiples bouleversements de l’histoire par son union et sa solidarité. Cette unité ethnographique originelle s’est enracinée, a grandi, a mûri, s’est cristallisée et consolidée, et ses liens, ses attaches et ses éléments constitutifs se sont renforcés lorsque le Maghreb a embrassé la religion musulmane et adopté l’arabe comme langue de l’administration, des échanges, de l’expression et de l’écriture, en un mot comme sa langue officielle et nationale. Les rois du Maroc qui se sont succédé sur le trône jusqu’à aujourd’hui ont défendu les frontières naturelles et historiques du Maroc. Toute mesure ou tout dessein visant à morceler le Maroc ou à briser cette unité n’est qu’absurdité et confusion, et la poursuite de rêves, d’illusions et de chimères».

Par Talaâ Saoud Al Atlassi
Le 06/11/2026 à 08h30