Le CNDH appelle le gouvernement à adopter une loi abolissant la peine de mort

Amina Bouayach, présidente du Conseil national des droits de l’Homme (Y.Mannan/Le360).

Le 20/10/2026 à 15h49

VidéoAu Maroc, 56 personnes sont toujours condamnées à mort, alors que le Royaume observe un moratoire de fait sur les exécutions depuis plus de trois décennies. Lors d’une rencontre organisée ce mardi 20 octobre à Rabat, le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) a appelé le gouvernement et le Parlement à franchir le pas de l’abolition légale de la peine capitale. Les détails.

La présidente du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), Amina Bouayach, a appelé, ce mardi 20 octobre à Rabat, le gouvernement à engager les démarches nécessaires à l’abolition définitive de la peine de mort au Maroc. Un plaidoyer qui intervient alors que le Royaume observe un moratoire de fait sur les exécutions depuis 1993, sans avoir pour autant supprimé la peine capitale de son arsenal pénal.

«Nous allons élaborer, dans les prochains mois, un plan d’action commun avec la Coalition marocaine contre la peine de mort et divers partenaires afin de nous doter d’un agenda et d’un programme visant à l’abolition d’une telle peine, d’autant que le Maroc est candidat à l’organisation du 10ème Congrès mondial contre la peine de mort à Marrakech, comme l’avait annoncé en juin dernier à Paris le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi», a déclaré Amina Bouayach.

La présidente du CNDH a rappelé, à cette occasion, l’évolution de la position du Maroc sur la scène internationale. En décembre 2024, le Royaume a voté pour la première fois en faveur de la résolution de l’Assemblée générale des Nations unies appelant à un moratoire universel sur les exécutions, une avancée saluée par les organisations abolitionnistes.

Pour le CNDH, cette évolution doit désormais se traduire sur le plan législatif. L’institution plaide régulièrement pour la suppression de la peine capitale, en s’appuyant notamment sur l’article 20 de la Constitution, qui consacre le droit à la vie. Une revendication qui continue toutefois de diviser l’opinion, certaines voix réclamant le maintien et l’application de cette sanction pour les crimes les plus graves.

Lors de cette rencontre, le CNDH a également présenté un ouvrage intitulé «La peine de mort, quand la société est mise à l’épreuve de son humanité», qui développe neuf arguments en faveur de l’abolition. Selon les données communiquées à cette occasion, environ 55 personnes se trouvent actuellement dans le couloir de la mort au Maroc.

Prenant la parole, Raphaël Chenuil-Hazan, directeur général de l’organisation non gouvernementale française «Ensemble contre la peine de mort» (ECPM), a salué la mobilisation des acteurs marocains engagés dans le combat abolitionniste, notamment le CNDH, contre une sanction qu’il qualifie de «terrible et inhumaine».

Engagée en faveur de l’abolition universelle de la peine capitale, ECPM organise notamment les Congrès mondiaux contre la peine de mort, dont la neuvième édition s’est tenue à Paris, du 30 juin au 2 juillet 2026.

De son côté, Nouzha Skalli, ancienne députée du Parti du progrès et du socialisme (PPS) et figure du mouvement parlementaire abolitionniste, a invité les membres de la nouvelle législature à rejoindre le réseau des parlementaires contre la peine de mort. Elle a exprimé l’espoir de voir le Maroc franchir le cap de l’abolition légale d’ici 2029, année prévue pour la prochaine édition du Congrès mondial contre la peine de mort.

Par Mohamed Chakir Alaoui et Yassine Mannan
Le 20/10/2026 à 15h49