C’est pratiquement au pas de charge que la nouvelle Cheffe du gouvernement, Fatima Ezzahra El Mansouri, mène ses consultations avec les partis politiques pour former un cabinet avec une majorité. Parallèlement, lorsque seront retenues les composantes de celle-ci, il lui faudra finaliser avec elles la nature et la dimension d’un programme pour la nouvelle législature 2026-2031. Un compromis s’imposera à l’évidence sur les questions suivantes, recoupant d’ailleurs des convergences terminales entre les uns et les autres: pouvoir d’achat, fiscalité des ménages, développement des territoires, emploi, santé, éducation, gouvernance, réforme de l’administration…
Mais il y a plus. Référence est faite à d’autres paramètres. Le premier intéresse la structure de ce nouveau cabinet. Il est question de pôles multiples pouvant reprendre ceux identifiés dans le cabinet sortant: souveraineté et institutions, économie et finances, transition numérique et réforme administrative, industrie, équipement, social.
Le PAM voudra certainement avoir la haute main, entre autres, sur ce dernier pôle pour pouvoir imprimer sa marque et lui donner une visibilité optimale lors de cette législature. Dans cette même ligne, le département de l’agriculture, confié depuis 2007 au RNI, est appelé à être confié à un ministre de ce parti du tracteur: il offre en effet tant d’opportunités d’influence économique et électorale.
«Enfin, cette dernière interrogation: quel sera le degré de renouvellement de la nouvelle formation gouvernementale? Le carriérisme va-t-il prévaloir? Certains profils sortants peu probants seront-ils reconduits?»
— Mustapha Sehimi
Dans la mise sur pied de ce nouveau cabinet, quatre départements relèvent d’une comptabilité qui échappe aux prétentions partisanes (Intérieur, Affaires étrangères, Défense nationale, Affaires islamiques). Ils sont éligibles à ce que l’on appelle le domaine réservé du Roi, compte tenu des attributions constitutionnelles et politiques confiées au Souverain par la loi suprême.
Autre paramètre: la représentation des femmes. Dans l’exécutif sortant, l’on compte sept femmes ministres dans un effectif global de 24, soit 29%. Qu’en sera-t-il dans la nouvelle équipe?
Enfin, cette dernière interrogation: quel sera le degré de renouvellement de la nouvelle formation gouvernementale? Le carriérisme va-t-il prévaloir? Certains profils sortants peu probants seront-ils reconduits? Fatima Ezzahra El Mansouri entend, dit-on, donner des signes de «changement». Il lui reste à le traduire par de nouveaux visages et des compétences, pas seulement des apparatchiks considérant la politique et la ministrabilité comme un métier...
La nouvelle Cheffe du gouvernement déclare qu’elle veut aller vite et accélérer l’agenda institutionnel pour mettre son cabinet au travail dans les meilleurs délais. En 2021, le cabinet Akhannouch avait été nommé le 7 octobre, la veille de l’ouverture officielle par le Roi de la nouvelle législature. Mais il avait eu pratiquement quatre semaines pour se former. Fatima Ezzahra El Mansouri, elle, n’a pas le même agenda puisqu’elle a été nommée seulement le 29 septembre. Le Roi ouvre officiellement la nouvelle législature le 9 octobre courant, conformément aux dispositions de l’article 65 de la Constitution. Voit-on le Souverain s’adresser à un Parlement sans un gouvernement en place? C’est dire que la nouvelle Cheffe de l’exécutif a un agenda serré.
Elle a d’ailleurs commencé ses consultations dès le lendemain de sa nomination, soit les mardi 29 et mercredi 30 septembre. Elle a rencontré tous les partis, sauf le PJD et l’Alliance de la Gauche, qui ont décliné. Suivra un autre round de consultations après les réunions et les décisions des instances des différents partis prévues à la fin de cette semaine. El Mansouri a sûrement en tête la configuration souhaitable de son cabinet. Sur sa table, le PJD dans l’opposition, le groupe UC-MDS (25 sièges mais inaudible). Reste l’ouverture vers son ancien allié, le RNI. Est-ce une bonne affaire? Pas vraiment. Le parti de la colombe a perdu 36 sièges lors du scrutin du 23 septembre dernier alors qu’il en comptait 102. Un vote sanction sévère qui n’a échappé à personne, frappant tant le bilan de cette formation que l’impopularité de son ancien président, au demeurant Chef du gouvernement.
Mesurant sans doute l’ampleur de cette situation, il a jugé opportun, d’ailleurs, de ne plus solliciter un nouveau mandat parlementaire. S’allier avec le RNI? Le coût politique de cette formule serait énorme: comment alors parler de changement en reconduisant le trio qui a dirigé le gouvernement depuis cinq ans? Il reste que l’arithmétique parlementaire est à prendre en compte. Les uns et les autres s’échinent à présenter des scénarios parfois incongrus et fantaisistes: le PAM et les trois partis de la Koutla (PI, USFP, PPS), le PAM et un cabinet d’union nationale…
Dans l’agenda contraignant, il faut mentionner le dépôt impératif du projet de loi de finances pour 2027 avant le 20 octobre courant. Il convient donc, en flux tendu, de s’y atteler et de revoir le projet préparé par le cabinet sortant. Ce budget doit traduire des signes forts de changement et de priorisation des politiques publiques à la lumière des grandes orientations royales et des attentes et besoins des citoyens exprimés lors du scrutin du 23 septembre.




