Ouverte officiellement il y a une semaine, la campagne électorale se poursuivra jusqu’à mardi prochain. La communication politique se déploie pleinement, compte tenu des enjeux en présence. Mais ce qui frappe, c’est la place prise par les réseaux sociaux. Les stratégies de communication des partis recourent toujours à des formes conventionnelles, meetings, rassemblements... Mais, à n’en pas douter, les plateformes numériques se distinguent en se plaçant au premier rang.
Pourquoi une telle faveur accordée à la communication digitale? Parce que le parc Internet au Maroc dépasse les 41 millions de souscriptions, dont quelque 38 millions pour l’Internet mobile. Un périmètre sans équivalent! Les formations partisanes peuvent-elles ignorer ou, à tout le moins, minorer la place de ce support numérique dans cette compétition électorale? C’est qu’en effet, la communication y est plus directe entre les candidats et les électeurs, avec davantage d’interactions.
À noter, au passage, que chaque plateforme possède ses propres codes: YouTube permet des interventions d’une durée variable, de plusieurs minutes, voire davantage; TikTok ou Instagram se distinguent par de courtes séquences qui touchent d’ailleurs une audience plus large.
Un trait commun, cependant: le public visé est très majoritairement jeune. Quant au contenu, il prend des formes variables: besoins, attentes, aspirations, mais aussi fronde et colère... Une effervescence parfois éruptive, qui témoigne de tant d’insatisfactions et de revendications!
Cet espace de communication accorde finalement peu de place, et peut-être peu de crédit, aux programmes des partis politiques. Il est quelque peu déconnecté de la communication institutionnelle des formations partisanes, le débat se déplaçant plutôt vers le procès quasi général fait au système partisan actuel. Les promesses des uns et des autres y sont dénoncées: le climat s’apparente à une forme de fronde.
Les jeunes de 18 à 24 ans, qui ne constituent que 4% des 15,8 millions d’électeurs inscrits, ne feront pas, à eux seuls, la décision le 23 septembre prochain. Ils campent ailleurs, en dehors d’un système de représentation auquel ils n’adhèrent pas.
«L’information numérique est-elle neutre? La question reste en débat. Ce que l’on peut observer, en tout cas, c’est que l’information politique véhiculée s’oriente vers la production de contenus participant au débat public, dans un espace politique désormais largement numérique»
— Mustapha Sehimi
En creux, à quoi tient cette situation? À plusieurs facteurs cumulatifs: des programmes de partis marqués du sceau de promesses et de chiffres euphoriques, sans précision sur les sources de financement; des catégories sociales pratiquement invisibilisées, classes moyennes, ruraux, jeunes...; un narratif révélateur d’une absence de vision quant à la redéfinition d’un projet de société.
Dans le champ de la communication politique, un constat s’impose: la place qu’occupent désormais les réseaux sociaux. Quel impact ont-ils? Produisent-ils des effets sur les dynamiques de participation électorale? Pèsent-ils sur la relation civique avec les formations partisanes? À n’en pas douter, ils modifient profondément les réactions des internautes.
L’information numérique est-elle neutre? La question reste en débat. Ce que l’on peut observer, en tout cas, c’est que l’information politique véhiculée s’oriente vers la production de contenus participant au débat public, dans un espace politique désormais largement numérique.
Dans le schéma traditionnel, la communication politique relève de ce que l’on pourrait appeler une dynamique verticale, articulée autour des partis et des médias. Une communication descendante, donc.
Tel n’est plus, dans une large mesure, le cas avec les réseaux sociaux, qui relèvent pratiquement d’un autre «modèle». Ce qui est nouveau, c’est que les citoyens changent quelque peu de statut: ils sont toujours récepteurs d’informations, mais deviennent en même temps producteurs de contenus. Ce phénomène a été qualifié par certains auteurs d’«auto-communication de masse».
La communication politique numérique présente ainsi un caractère hybride: elle combine les logiques classiques, partis, médias traditionnels..., avec des expressions nouvelles liées à la culture du Web, influenceurs, vidéos virales, hashtags...
Sur les réseaux sociaux, la communication politique présente bien des avantages: elle est en effet plus accessible, immédiate et interactive. C’est notamment vrai auprès des jeunes.
Lors des dernières élections de 2021, on avait déjà relevé un large recours aux réseaux sociaux, tant par les partis politiques que par les électeurs. Mais pour quel impact réel? Et pour quels types d’engagement?
En d’autres termes, la visibilité numérique conduit-elle à une implication significative dans le processus électoral? Dans le même temps, s’accompagne-t-elle d’une augmentation de la participation électorale? Le processus actuel de numérisation électorale et politique va-t-il favoriser une interaction directe avec les citoyens, comme en 2021 avec la stratégie de communication digitale du RNI? On a affaire, à cet égard, à une forme de politique expressive, ou encore de participation informelle.
Cela dit, il convient également de signaler de possibles dérives. Ce qui se passe durant la présente campagne électorale nourrit de fortes préoccupations. Pas de véritable débat sur les programmes des partis, mais une personnalisation des attaques, qui frôlent parfois la diffamation.
Pas vraiment une avancée démocratique...




