Le 7 août courant, l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan ont scellé à La Mecque un accord de défense conjoint. Ces trois pays à majorité sunnite sont proches du président Trump. Ce n’est pas une «OTAN musulmane», mais plutôt une nouvelle architecture de sécurité. Que vise-t-elle? Contenir Téhéran et ses mandataires, tout en faisant contrepoids à l’État hébreu.
Cet accord tripartite était en préparation depuis plus d’un an. Un rapprochement s’était ainsi opéré à la fin 2025 puis au premier semestre 2026 entre Riyad, Ankara et Islamabad, dans le cadre du «Groupe R-4», associant également l’Égypte. Un mécanisme consultatif avait alors été mis en place. À noter aussi, dans cette même ligne, l’accord stratégique entre l’Arabie saoudite et le Pakistan en date du 17 septembre 2025, lequel disposait que «toute agression contre l’un des deux pays sera considérée comme une agression contre l’autre». Ce processus va s’accélérer avec les crises de l’année 2026. Celles-ci traduisent une escalade militaire régionale liée au conflit États-Unis-Israël/Iran et aux attaques de drones et de missiles visant des infrastructures, notamment énergétiques, dans le Golfe. Le mois dernier, les alliances conduisant à cet accord trilatéral du 7 août ont été formalisées. Celui-ci a été signé par le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane, le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif et le président turc Recep Tayyip Erdogan.
Ce pacte de défense conjoint est pratiquement de même facture que les dispositions de l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord du 4 avril 1949, fondateur de l’OTAN. Ce texte dispose qu’une attaque armée contre un pays membre de l’OTAN sera considérée comme une attaque dirigée contre tous, et que chaque membre est tenu de venir en aide au pays visé. Il respecte les termes de l’article 51 de la Charte des Nations unies, qui consacre le droit naturel de légitime défense individuelle ou collective d’un État objet d’une agression, et qui reconnaît que cet État peut demander à d’autres de lui venir en aide. Cet article 5 n’a été invoqué, pour la première et unique fois de son histoire, qu’à la suite des attentats terroristes perpétrés contre les États-Unis le 11 septembre 2001. Avec le pacte de La Mecque, c’est également une réponse collective des trois pays signataires qui est ainsi actée. Elle se décline sous plusieurs formes décidées par consensus, selon les besoins du pays ciblé: assistance militaire, renseignement stratégique, fourniture d’équipements de défense… Deux jours après, le 9 août, le président américain Donald Trump s’est déclaré «très content» de la signature de cet accord: «Cela montre que le Moyen-Orient se rassemble et que les pays seront enfin capables de se défendre de manière significative.»
«Du côté d’Israël, maintenant, qu’en est-il? L’État hébreu est préoccupé par cette nouvelle recomposition de la sécurité régionale. Son inquiétude est stratégique et traduit son isolement diplomatique. C’est également un coup dur pour le processus d’intégration régionale prévu par les accords d’Abraham de 2020 relatifs à une normalisation avec Tel-Aviv»
— Mustapha Sehimi
Cela dit, quelles sont les capacités militaires obtenues grâce à l’alliance de La Mecque? Depuis des décennies, il faut rappeler que les trois pays sont militairement liés. L’armée pakistanaise apporte notamment son aide aux Saoudiens. De plus, des ventes d’armes ont souvent lieu entre les trois États. Enfin, depuis le début de la guerre en Iran, le Pakistan a déployé en Arabie saoudite quelque 8.000 hommes, des avions de chasse, des drones et des systèmes de défense antiaériens. Ces trois pays apportent beaucoup à une alliance. La Turquie dispose de 355.000 hommes, de plus de 9.000 véhicules blindés, d’une large flotte navale et d’environ 260 avions de chasse F-16. L’Arabie saoudite, elle, compte 257.000 hommes, 4.500 véhicules blindés, 500 pièces d’artillerie lourde, 384 avions de combat actifs, avec un total de plus de 900 aéronefs militaires, sans compter son arsenal de missiles et un budget de défense quasiment illimité. Quant au Pakistan, il détient l’arme nucléaire, en plus de ses 660.000 soldats et de ses 360 avions de chasse. Au total, ce pacte crée une alliance de 1,2 million de soldats, 5.800 chars d’assaut, 14.000 véhicules blindés, 1.000 chasseurs et 21 sous-marins.
Assurément, il s’agit d’une force considérable dans une région régulièrement en proie aux conflits, notamment avec l’Iran, d’une part, et l’Inde, d’autre part. Le ministre turc de la Défense, Hakan Fidan, a expliqué que ce pacte n’était pas inscrit dans la guerre en Iran, qu’il était dans les tuyaux depuis plus de deux ans et qu’«aucune menace commune n’a été inscrite» dans cet accord. Mais cette alliance n’affecte-t-elle pas l’Inde? Les actes d’agression directs ou indirects à la frontière avec le Pakistan sont récurrents. En cas de conflit avec l’Inde, le Pakistan pourrait-il demander l’aide de ses nouveaux alliés officiels? L’opinion dominante est que le focus de cet accord reste bien les relations avec Téhéran.
Du côté d’Israël, maintenant, qu’en est-il? L’État hébreu est préoccupé par cette nouvelle recomposition de la sécurité régionale. Son inquiétude est stratégique et traduit son isolement diplomatique. C’est également un coup dur pour le processus d’intégration régionale prévu par les accords d’Abraham de 2020 relatifs à une normalisation avec Tel-Aviv. La Turquie est perçue comme un rival renforcé. L’idée d’une contre-alliance à ce bloc musulman est avancée, avec un axe concurrent formé par Israël, la Grèce, Chypre, l’Inde et les Émirats arabes unis. Reste la faisabilité et l’opportunité de cette perspective, d’autant plus que l’administration Trump fait une autre interprétation de ce pacte de La Mecque.




