Face à la caméra d’El País, Wafae Atid, Marocaine de 28 ans entrée à la nage à Sebta le 30 juillet, dit avoir quitté le Maroc pour échapper aux interdits imposés par sa famille. Selon elle, ses proches l’empêchaient d’étudier, de voyager et de choisir librement ses vêtements. «Seuls les hommes doivent étudier. Les femmes, elles, doivent rester à la maison», assure-t-elle.
Publié le 19 août, l’entretien est titré «Les femmes sont inférieures aux hommes et je ne veux pas me couvrir comme l’exige ma famille». Wafae y raconte que ses parents auraient mis fin à ses études, refusé qu’elle s’installe ailleurs pour poursuivre sa formation, et limité ses déplacements. Elle dit vouloir rejoindre Barcelone, où elle espère trouver un emploi grâce à son expérience dans l’hôtellerie-restauration et à sa maîtrise de plusieurs langues.
La veille, Reuters avait déjà recueilli son témoignage dans un reportage consacré aux migrantes contraintes de dormir dehors, aux abords du Centre de séjour temporaire pour immigrés de Sebta. Wafae y évoquait l’insécurité et le harcèlement auxquels ces femmes étaient exposées pendant la nuit. Elle expliquait aussi préférer vivre dans la rue en Espagne plutôt que de rentrer au Maroc, affirmant que sa famille, très religieuse, n’acceptait pas qu’elle ait renoncé à l’islam.
Reuters avait intégré son récit à une enquête plus large sur la vulnérabilité des migrantes. El País a choisi un autre angle, en faisant de Wafae l’incarnation des contraintes que subiraient les femmes au Maroc.
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Mais après la diffusion de l’entretien, des internautes se sont penchés sur son parcours et ont rapidement retrouvé plusieurs profils et publications antérieurs à son arrivée à Sebta. La jeune femme qui y apparaît semble bien éloignée de celle que l’on disait empêchée de voyager. Sur une page Facebook publique portant son nom figurent notamment plusieurs vidéos tournées au Qatar. Dans l’une d’elles, mise en ligne en décembre 2025 sous le titre «Qatar metro interview», Wafae se présente en anglais face à la caméra. «Bonjour, je m’appelle Wafae. Je suis venue du Maroc pour soutenir mon pays ici, au Qatar», déclare-t-elle depuis le métro.
Une autre publication, datée du 30 décembre, la situe à Lusail et fait référence au match entre le Maroc et la Jordanie. Les deux sélections s’étaient affrontées le 18 décembre 2025 en finale de la Coupe arabe de la FIFA.
Un profil LinkedIn établi au nom de Wafae Atid a également refait surface. Elle y est présentée comme étudiante à Dubaï, avec plusieurs expériences professionnelles dans des établissements de la ville. Un parcours qui correspond, cette fois, aux compétences dans l’hôtellerie et à la maîtrise de l’anglais qu’elle a elle-même mises en avant dans son entretien.
Sa présence en ligne remonte au moins à 2022. En juillet de cette année-là, un compte consacré aux défilés et à l’événementiel avait publié une vidéo la présentant comme mannequin.
D’autres images relatives à des voyages en Turquie et en Malaisie ont également circulé. Certaines proviendraient d’un ancien compte Instagram qui n’est plus accessible sous le même nom. Faute de pouvoir en vérifier précisément les dates et les lieux, elles doivent être considérées avec prudence. Les vidéos tournées au Qatar, en revanche, sont toujours disponibles sur la page Facebook de Wafae.
Ces éléments ne disent rien de la véritable nature de ses rapports avec sa famille. Ils ne permettent pas non plus d’écarter l’hypothèse de pressions liées à ses convictions religieuses ou à sa façon de s’habiller. Ils n’enlèvent enfin rien à la gravité de ses déclarations sur l’insécurité et le harcèlement dont sont victimes les migrantes à Sebta.
Ils révèlent toutefois une partie essentielle de son parcours, absente du portrait publié par El País. Le récit d’une jeune femme que sa famille aurait toujours empêchée de sortir, d’étudier et de voyager était simple et percutant. Celui d’une Marocaine ayant séjourné dans plusieurs pays, étudié à Dubaï, travaillé dans l’hôtellerie et exercé comme mannequin l’était beaucoup moins.




