Face à la résurgence des tensions migratoires le long de Sebta, le gouvernement espagnol refuse catégoriquement toute tentative de récupération des événements récents pour attaquer le Maroc. Alors que le président de la ville occupée, Juan Jesús Vivas, intensifiait ses griefs contre le pouvoir central en dénonçant une passivité et un manque de volonté supposés dans la gestion de cette urgence humanitaire, l’exécutif espagnol a balayé ces accusations d’un revers de main et réaffirmé que la stabilité de la région repose avant tout sur une responsabilité partagée et un dialogue serein avec le Maroc, loin des surenchères politiciennes.
Depuis Sebta, la ministre espagnole de l’Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations, également porte-parole du gouvernement, Elma Saiz, est venue appuyer cette ligne politique lors d’un entretien accordé à la radio Cadena SER. Louant sans détour la qualité des relations bilatérales, la ministre a qualifié le Maroc de partenaire fiable. Revenant sur les événements qui secouent la ville, elle a affirmé avec conviction que la solution apportée à cette crise n’aurait pas été possible sans la coopération marocaine. S’exprimant au lendemain d’une visite sur le terrain, Elma Saiz a balayé toutes les idées complotistes visant le Maroc. «Le Maroc est un pays voisin, un partenaire et un allié fiable. Je répète ce qu’ont déjà affirmé les ministres de l’Intérieur, Fernando Grande Marlaska, et des Affaires étrangères, José Manuel Albares à de nombreuses occasions. Le Maroc n’est une menace ni pour Sebta ni pour l’Espagne», a-t-elle insisté.
Ces déclarations traduisent la réalité d’un effort sécuritaire colossal déployé par les autorités marocaines tout au long de la semaine dernière. Le dispositif de sécurité a été considérablement renforcé autour de Fnideq pour contrer un appel viral incitant à un assaut massif de Sebta le samedi 15 août. Dans la zone sensible de Belyounech et au niveau de Bab Sebta, les forces publiques ont mis en place un maillage d’une extrême densité, combinant des opérations terrestres et un appui aérien constant assuré par un hélicoptère de la Gendarmerie royale.
Les forêts environnantes ont été minutieusement quadrillées par les unités de ratissage, empêchant des centaines de candidats à l’émigration irrégulière de s’approcher de la barrière de séparation entre Fnideq et la ville occupée. En milieu d’après-midi lors de cette journée sous haute tension, les opérations sécuritaires avaient déjà permis d’interpeller près de trois cents personnes, dont la grande majorité étaient des ressortissants subsahariens aux côtés de quelques dizaines de citoyens marocains, préservant ainsi un calme relatif mais maintenu sous une vigilance maximale.
Pour sa part, le gouvernement espagnol s’attelle à résorber la saturation infrastructurelle qui touche la ville, particulièrement sous la pression des arrivées enregistrées à la fin du mois de juillet. Pour désengorger le Centre de séjour temporaire pour immigrés, l’exécutif prépare activement l’aménagement de quatre nouveaux sites d’accueil d’urgence. Ces structures proposeront dans un premier temps une capacité d’accueil initiale de 1.500 places, qui pourra être modulée à la hausse en fonction de l’évolution des besoins. En attendant de disposer de statistiques exhaustives et arrêtées sur le nombre exact de migrants, qu’ils soient adultes ou mineurs, encore présents dans l’enclave, les services de secours et de la protection civile garantissent la distribution quotidienne de près de quatre mille kits alimentaires.
Dans le même temps, plus de 4.000 candidats marocains à l’émigration ont quitté Sebta et regagné leurs villes et régions d’origine ces derniers jours, nous confiait une source informée.
Madrid s’est par ailleurs tourné vers la solidarité communautaire, a ajouté Elma Saiz. Le gouvernement espagnol a en effet formellement sollicité une assistance financière d’urgence auprès de l’Union européenne, en s’appuyant sur les mécanismes d’aide exceptionnelle du Fonds pour l’asile, la migration et l’intégration. Cette démarche vise à cofinancer l’ensemble des mesures d’urgence déployées à Sebta, qu’il s’agisse de la prise en charge matérielle des personnes vulnérables ou du soutien apporté aux structures d’accueil temporaires de la ville.




