Moyen-Orient: et maintenant, les Houthis du Yémen!

Mustapha Sehimi.

Mustapha Sehimi.

ChroniqueLa menace planait depuis plusieurs semaines. Elle s’est concrétisée le 20 juillet. Alliés de l’Iran, les Houthis ont annoncé l’instauration d’un blocus naval visant l’Arabie saoudite, leur voisin septentrional sur la mer Rouge.

Le 24/07/2026 à 10h13

Le mouvement affirme agir en réponse au «siège injuste et oppressif» qu’il accuse Riyad d’imposer aux ports et aéroports yéménites. Cette décision implique notamment une reprise des attaques contre les navires. C’est dans ce contexte que deux bâtiments saoudiens ont été pris pour cible le 22 juillet.

Téhéran avait, ces derniers jours, accentué la pression sur les Houthis afin qu’ils ferment le détroit de Bab al-Mandab si les États-Unis poursuivaient leurs frappes contre les infrastructures énergétiques iraniennes. Quatre jours auparavant, rapportait Reuters, la République islamique avait demandé au mouvement yéménite de se tenir prêt à bloquer cette route pétrolière stratégique. Selon des sources citées par l’agence britannique, cette option avait été discutée au plus haut niveau des autorités iraniennes avant d’être transmise aux Houthis. Dès le 1er juin, le commandant de la Force Al-Qods des Gardiens de la révolution, Esmail Qaani, avait affirmé que le groupe était en mesure de bloquer la mer Rouge.

Quelles pourraient être les conséquences d’un tel scénario? Elles seraient potentiellement considérables pour les approvisionnements énergétiques mondiaux. La fermeture du détroit de Bab al-Mandab renforcerait encore l’emprise de l’Iran sur les grandes routes maritimes du pétrole. Elle risquerait surtout d’aggraver la crise énergétique provoquée par les perturbations du détroit d’Ormuz, alors qu’environ 10% de l’offre mondiale de pétrole est déjà affectée par le conflit au Moyen-Orient.

La problématique est la même que pour Ormuz. Les armateurs accepteront-ils de faire transiter leurs navires dans une zone devenue hautement dangereuse? À quel coût? Jusqu’où les assureurs relèveront-ils leurs primes? Les mêmes interrogations se posent désormais sur un second front stratégique.

Cette escalade intervient alors que la fragile trêve conclue en 2022 entre Riyad et les Houthis est de nouveau mise à l’épreuve. La semaine dernière, les deux camps ont échangé des tirs au Yémen. Les rebelles ont également accusé l’Arabie saoudite d’avoir frappé l’aéroport de Sanaa, sous leur contrôle, après la tentative d’atterrissage d’un avion iranien ayant défié le contrôle saoudien de l’espace aérien yéménite.

Ce n’est pas un hasard si les Houthis brandissent aujourd’hui la menace d’un blocus de Bab al-Mandab. La stratégie iranienne poursuit depuis longtemps un même objectif: accroître le coût économique mondial du conflit. En d’autres termes: «Si l’Iran souffre, tout le monde souffrira.»

La reprise récente des hostilités entre Washington et Téhéran pourrait ainsi avoir conduit la République islamique à activer ce nouveau «levier stratégique». Soumis à des frappes américaines de plus en plus intenses, les dirigeants iraniens cherchent à démontrer qu’ils conservent une capacité de riposte et de nuisance.

«Selon les estimations, un blocage total de Bab al-Mandab réduirait d’environ 7% l’approvisionnement mondial en pétrole, une grande partie des exportations saoudiennes se retrouvant alors immobilisée.»

—  Mustapha Sehimi

Certes, les Houthis étaient restés relativement discrets depuis le début de l’affrontement direct entre les États-Unis et l’Iran et, tous ne sont pas inconditionnellement alignés sur Téhéran. Mais leur direction demeure profondément acquise à l’idéologie iranienne, ce qui peut expliquer leur volonté de s’impliquer davantage dans le conflit.

Il est encore trop tôt pour mesurer jusqu’où ira cette implication et si elle se traduira par un véritable blocus. En revanche, une chose paraît probable: les tensions entre les Houthis, le gouvernement yéménite et l’Arabie saoudite devraient encore s’intensifier. Une fermeture du détroit de Bab al-Mandab affecterait directement l’économie mondiale et pourrait pousser de grandes puissances — Chine, États-Unis ou pays européens — à intervenir. Washington pourrait notamment être amené à cibler directement les positions houthies.

En présentant leur décision comme un blocus dirigé contre l’Arabie saoudite, les Houthis cherchent surtout à masquer le fait qu’il s’agit, en réalité, d’une pression exercée sur l’ensemble de l’économie mondiale. Une manière, peut-être, de compliquer la réaction des puissances susceptibles d’intervenir.

Tant que l’Iran continuera de jouer un rôle de déstabilisateur régional, le fonctionnement du marché pétrolier mondial demeurera particulièrement fragile. Des projets visant à contourner le détroit d’Ormuz sont actuellement à l’étude. Mais l’exemple de Bab al-Mandab montre que, même en développant de nouveaux pipelines, une grande partie des infrastructures énergétiques resterait à portée d’éventuelles frappes iraniennes.

Déjà perturbé, le détroit d’Ormuz a conduit une partie des flux pétroliers à se reporter vers la mer Rouge, devenue une voie d’exportation essentielle pour le pétrole du Golfe. Une fermeture de Bab al-Mandab signifierait donc la paralysie simultanée des deux principaux couloirs d’exportation du Moyen-Orient.

Selon les estimations, un blocage total de Bab al-Mandab réduirait d’environ 7% l’approvisionnement mondial en pétrole, une grande partie des exportations saoudiennes se retrouvant alors immobilisée. Après les perturbations intervenues à Ormuz à la suite des frappes israéliennes et américaines du 28 février, Riyad avait déjà redirigé plus de 70% de ses exportations quotidiennes de brut vers le port de Yanbu, sur la mer Rouge. Les cargaisons destinées à l’Europe empruntent ensuite le canal de Suez, tandis que celles à destination de l’Asie transitent précisément par Bab al-Mandab.

Les expéditions depuis Yanbu atteignent désormais près de 4 millions de barils par jour, contre environ 973.000 un an plus tôt. Au total, le trafic pétrolier transitant par Bab al-Mandab s’est élevé à 7,4 millions de barils par jour en juin, soit environ 7% de la production mondiale, contre 4,2 millions un an auparavant. Ce report des flux a jusqu’ici permis de soutenir le marché et de limiter la flambée des cours du pétrole.

Reste une interrogation majeure: les Houthis franchiront-ils un nouveau seuil en s’impliquant directement dans la confrontation entre Washington et Téhéran?

Par Mustapha Sehimi
Le 24/07/2026 à 10h13