Cette démarche s’articule autour d’un document finalisé par la Fédération internationale RIME (Rassemblement international des Marocains à l’étranger), présidée par Abdellatif Fekkak, également dirigeant de la Fédération mondiale de la diversité Euro-Afrique (FMDEA). Ce texte, intitulé «Charte humaniste de gouvernance post-élection 2026», invite les formations partisanes à «un partenariat basé sur l’égalité constitutionnelle de tous les citoyens marocains à l’étranger», en invoquant expressément la Constitution.
Référence est ainsi faite aux articles 17 et 18 de la loi suprême. Sont également mis en relief un certain nombre de principes appelant à tourner le dos à un «Maroc à deux vitesses», récusé comme modèle de développement par le Roi dans son discours du Trône du 29 juillet 2025.
En l’espèce, aux termes de l’article 17, les MRE bénéficient des «droits de pleine citoyenneté», incluant le droit de vote et d’éligibilité aux élections locales, régionales et nationales. Il convient de rappeler que, lors du référendum constitutionnel de 2011, les MRE avaient pu voter directement depuis leur pays de résidence, dans des bureaux aménagés au sein des consulats et des ambassades. Preuve, si besoin était, de la «faisabilité» de ce processus électoral.
Or, dans la pratique qui prévaut depuis quinze ans, les modalités d’exercice de ces droits restent fondées sur l’inscription sur les listes électorales au Maroc et, pour le vote, sur le recours à la procuration, en l’absence de vote direct à distance. Les MRE peuvent ainsi demander leur inscription sur les listes électorales d’une commune ou d’un arrondissement du Royaume, y compris auprès des ambassades et consulats, qui transmettent les demandes aux autorités compétentes. Pour les législatives de 2026, le vote demeure exercé par procuration selon les modalités prévues par la législation électorale.
Dans sa Charte, la Fédération internationale RIME, forte d’un vaste réseau implanté dans plus d’une quarantaine de pays, prend position. Elle considère que la contribution de cette communauté de quelque 6 millions de personnes au développement du Royaume doit également trouver son prolongement dans une participation pleine et entière à la représentation institutionnelle, tant au Parlement que dans les conseils consultatifs et instances de gouvernance créés par la Constitution.
«Sur le plan institutionnel, sur le papier, dira-t-on, plusieurs formules de participation effective existent à travers le monde: création de circonscriptions ou de sièges parlementaires dédiés à la diaspora — comme c’est le cas dans une quinzaine de pays —, vote dans les postes consulaires, ou encore recours au vote électronique ou anticipé.»
— Mustapha Sehimi
Elle met à cet égard en avant plusieurs principes: une citoyenneté unique et une même Nation; la primauté de la Constitution et de l’État de droit; une démocratie pour tous fondée sur la méritocratie; l’éthique politique et la prévention des conflits d’intérêts; la mobilisation des compétences marocaines à l’étranger et binationales; la justice sociale et l’égalité des chances; ainsi que l’approfondissement de la régionalisation et de la responsabilité territoriale...
Ce qui est en cause aujourd’hui? L’implémentation des Orientations Royales en la matière. Le Souverain avait appelé, dans son discours de la Fête du Trône de juillet 2015, «à la mise en œuvre des dispositions de la Constitution relatives à l’intégration des représentants des Marocains résidant à l’étranger dans les institutions consultatives et les instances de gouvernance et de démocratie participative».
Dans son discours du 20 août 2022, le Roi avait salué le lien des MRE avec leur pays, tout en affirmant la nécessité «d’établir une relation structurelle suivie avec les compétences marocaines à l’étranger». Enfin, dans son discours du 6 novembre 2024, il a appelé à une refonte du dispositif institutionnel consacré aux MRE, notamment à travers la restructuration du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME) et la création de la Fondation Mohammedia des Marocains résidant à l’étranger. Un chantier pris en main au niveau gouvernemental, mais qui reste, aux yeux des auteurs de la Charte, en attente de traductions concrètes.
Sur le plan institutionnel, sur le papier, dira-t-on, plusieurs formules de participation effective existent à travers le monde: création de circonscriptions ou de sièges parlementaires dédiés à la diaspora — comme c’est le cas dans une quinzaine de pays —, vote dans les postes consulaires, ou encore recours au vote électronique ou anticipé.
Dans leurs discours officiels comme dans leurs programmes respectifs, la plupart des partis multiplient les professions de foi en faveur d’une pleine citoyenneté des MRE. Du déclaratoire! Il ne trompe plus personne: au gouvernement, à un titre ou à un autre, ils présentent tous un point commun: la carence…



