Avez-vous des nouvelles de Walid Benflis?

Boualem Sansal à Paris, en novembre 2025. AFP or licensors

ChroniquePeut-être cette bouteille à la mer atteindra-t-elle quelqu’un. Qui sait? Et peut-être, d’une manière ou d’une autre, quelques mots finiront-ils par traverser les murs de Koléa. Walid, si par impossible ces lignes te parviennent un jour, sache une chose: je n’ai pas oublié la Légende. Et je ne t’ai pas oublié.

Le 17/09/2026 à 10h57

Chers lecteurs du 360,

Je voudrais aujourd’hui vous demander de m’excuser. Je vais détourner un instant cette chronique de sa vocation habituelle pour une démarche toute personnelle.

À travers Le360, je lance une bouteille à la mer.

Je cherche des nouvelles d’un ami.

Il s’appelle Walid Benflis. Il est détenu depuis plusieurs années à la prison de Koléa, cette prison que je connais bien où j’ai moi-même été incarcéré une année entière. Il était mon compagnon de box dans le quartier de haute sécurité, réservé aux terroristes.

Depuis ma sortie d’Algérie, je n’ai plus aucun moyen d’avoir des nouvelles de Walid.

Est-il vivant? Est-il en bonne santé? Comment supporte-t-il cette longue et terrible détention? Voit-il régulièrement sa famille? Comment vit-il aujourd’hui? Voilà les seules questions que je voudrais poser.

Je ne parlerai pas ici de son affaire judiciaire. Elle appartient à la justice et à lui. Je sais seulement que la Cour suprême a désormais statué en dernière instance et que sa condamnation, à vingt ans de prison, est devenue définitive.

«Il m’appelait «la Légende». Le mot me faisait sourire. Puis il m’est resté, tous les prisonniers et même les gardiens m’appelaient comme ça, sans trop savoir ce que ce mot voulait bien dire»

—  Boualem Sansal

C’est lui qui m’a appelé «la Légende». Nous étions tous deux dans le même bloc.

Un jour, il m’a expliqué pourquoi.

Bien avant de me rencontrer en prison, il avait entendu parler de moi dans sa famille. Je connaissais son père, Ali Benflis, et celui-ci possédait plusieurs de mes livres dans sa bibliothèque. Walid avait rencontré mon nom chez lui avant de rencontrer l’homme en prison.

Après ses études de droit à Alger, il était parti à l’étranger et avait fait sa vie dans le droit et les affaires internationales.

Et voilà que, des années plus tard, le hasard — appelons-le ainsi — nous avait réunis dans une prison de haute sécurité.

Il m’appelait «la Légende».

Le mot me faisait sourire. Puis il m’est resté, tous les prisonniers et même les gardiens m’appelaient comme ça, sans trop savoir ce que ce mot voulait bien dire.

Lorsque j’ai écrit le récit de mon emprisonnement, j’ai fini par lui donner ce titre: La Légende.

Chaque fois que je vois aujourd’hui ce livre dans une librairie, chaque fois que quelqu’un prononce ce mot, je pense à Walid.

Son père, Ali Benflis, est une belle et grande figure de la vie publique algérienne. Magistrat et avocat, ancien bâtonnier national, ancien ministre de la Justice, ancien chef du gouvernement et ancien secrétaire général du FLN, il fut candidat à trois élections présidentielles, en 2004, 2014 et 2019.

Mais ce n’est ni à l’ancien chef du gouvernement ni au fils de l’ancien chef du gouvernement que je pense aujourd’hui.

Je pense à l’homme que j’ai connu à Koléa.

À mon ami et mon compagnon d’infortune.

Je ne demande rien d’autre que de ses nouvelles.

Alors, si parmi les lecteurs du 360, au Maroc, en Algérie et en France où le Le360 est très lu, et au Canada ou ailleurs, quelqu’un connaît Walid, connaît sa famille, qu’il me fasse parvenir quelques mots.

Peut-être cette bouteille à la mer atteindra-t-elle quelqu’un. Qui sait?

Et peut-être, d’une manière ou d’une autre, quelques mots finiront-ils par traverser les murs de Koléa.

Walid, si par impossible ces lignes te parviennent un jour, sache une chose: je n’ai pas oublié la Légende. Et je ne t’ai pas oublié.

Par Boualem Sansal
Le 17/09/2026 à 10h57