Enseignement: des dépenses, mais un grave déficit d’efficience et de rendement

Une classe

Revue de presseMalgré un effort budgétaire national parmi les plus élevés au monde, l’école marocaine peine à transformer ses investissements en performances durables. Entre salaires omniprésents, décrochage critique au collège et forte contribution financière des familles, le système éducatif fait face à un impératif de transformation structurelle plutôt qu’à un simple enjeu de moyens financiers. Cet article est une revue de presse tirée de Challenge.

Le 16/09/2026 à 19h52

L’éducation représente aujourd’hui le premier poste budgétaire du Royaume, mobilisant 6% du PIB et près d’un quart de la dépense publique nationale, soit presque le double de la moyenne mondiale. Pourtant, malgré cet engagement financier massif, les résultats mesurés par les grandes évaluations internationales demeurent nettement en deçà des efforts consentis. «Les analyses économiques montrent que le problème réside moins dans le volume global des sommes injectées que dans leur allocation et leur mode de gestion, le Fonds monétaire international estimant à trente-sept pour cent l’écart d’efficience du système éducatif marocain», relate le magazine hebdomadaire Challenge.

Dans le débat public, l’idée selon laquelle le Maroc disposerait de l’une des écoles les plus onéreuses au monde revient fréquemment. Cette affirmation mérite d’être nuancée, car elle amalgame des indicateurs hétérogènes. D’un côté, l’effort budgétaire national s’avère considérable, se situant bien au-dessus des moyennes de l’OCDE ou de la planète. De l’autre, la dépense publique par élève reste modeste, en raison d’une population jeune et d’un nombre élevé d’élèves qui diluent mécaniquement les ressources. L’école marocaine pèse lourdement sur le contribuable, mais elle revient paradoxalement peu chère par enfant scolarisé.

L’examen de la structure budgétaire éclaire en grande partie cette situation paradoxale. Près de quatre-vingt-dix pour cent du budget ministériel sont absorbés par la masse salariale destinée à plus de trois cent trente mille fonctionnaires, ne laissant qu’une portion congrue pour l’investissement, les infrastructures, le matériel pédagogique ou la formation. Si une part aussi élevée consacrée aux salaires est courante dans les services à forte intensité humaine, la difficulté marocaine provient de la conjonction d’une marge d’investissement étroite et d’un taux d’exécution des crédits d’équipement insuffisant, notamment dans le supérieur. «Les moyens alloués à la modernisation peinent ainsi à se concrétiser sur le terrain», souligne Challenge.

Cette organisation produit des résultats contrastés que les enquêtes internationales mettent en lumière. Les classements PISA révèlent de profonds retards en mathématiques, en sciences et en lecture pour une large majorité d’élèves âgés de quinze ans. Toutefois, les données de l’étude TIMSS apportent une nuance essentielle en montrant une progression encourageante au niveau du cycle primaire, suivie d’une chute brutale et spectaculaire dès l’entrée au collège. Ce décrochage s’explique par une rupture pédagogique et une hausse de l’abstraction que le système a du mal à amortir, aggravées par un taux de redoublement record qui pèse lourdement sur les finances de la collectivité.

À cette facture publique s’ajoute une contribution financière considérable des familles. Les ménages marocains assument près de trente pour cent du coût total de l’éducation, finançant des cours de soutien et une scolarité privée qui traduisent une privatisation silencieuse du système. «Cet apport privé accentue les disparités sociales et modifie la lecture de l’efficience globale, révélant que le système est moins sous-financé qu’il n’y paraît, mais qu’il souffre avant tout d’un problème de rendement structurel», écrit Challenge.

Pour surmonter ces défis, des comparaisons internationales, comme celle avec le Vietnam, montrent que la réussite éducative ne dépend pas uniquement de la richesse économique, mais de facteurs institutionnels rigoureux. Le redressement de l’école marocaine ne nécessite pas nécessairement des injections massives de budgets supplémentaires, mais exige plutôt de concentrer les efforts sur trois chantiers prioritaires : sécuriser la transition pédagogique entre le primaire et le collège, optimiser l’exécution des crédits d’investissement déjà existants et moderniser le pilotage stratégique pour maximiser l’impact de chaque dirham dépensé.

Par La Rédaction
Le 16/09/2026 à 19h52