Élections législatives du 23 septembre: demandez le programme!

Mustapha Sehimi.

Mustapha Sehimi.

ChroniqueDepuis ce jeudi 10 septembre, la campagne électorale officielle est lancée. Douze jours durant lesquels les partis tenteront de convaincre les électeurs avant le scrutin du mercredi 23 septembre, qui désignera les 395 membres de la Chambre des représentants.

Le 10/09/2026 à 16h05

Sur quoi se jouera le choix des électeurs? On peut penser qu’il se fera notamment sur le contenu des programmes qui, sur le papier en tous cas, permettent d’évaluer sur pièces ce que proposent les uns et les autres.

À grands traits, quelle est l’offre partisane?

Le RNI retient trois engagements et douze mesures: indexation des aides sur l’inflation, hausse du SMIG et du SMAG, passage de 12 à 27 universités, mise en place d’un médecin de famille, réduction du chômage à 9% et… création d’un million d’emplois.

Le PAM, lui, met en avant cinq pactes et vingt engagements: exonération de l’impôt sur le revenu pour les salaires inférieurs à 15.000 DH bruts, pension minimale de 3.000 DH, 500.000 contrats de première expérience professionnelle, quatre CHU et six stations de dessalement.

Quant au Parti de l’Istiqlal (PI), il articule son programme autour de cinq engagements portant notamment sur la cohésion familiale, le pouvoir d’achat, les services publics et la souveraineté. Parmi ses 99 propositions figurent un taux d’impôt sur les sociétés de 40% pour les monopoles, le contrôle des marges bénéficiaires et une loi sur les conflits d’intérêts.

Du côté du PJD, les priorités affichées sont la croissance durable au service de l’emploi, la conditionnalité des soutiens publics à la création d’emplois, des taux réduits pour les TPE, une réglementation contre les monopoles et le contrôle des prix des produits de première nécessité.

Avec 220 engagements, le PPS prévoit, lui, 575 milliards de dirhams de dépenses supplémentaires pour 622 milliards de recettes additionnelles. Il propose notamment le doublement des effectifs hospitaliers, l’extension de l’AMO à 8,5 millions de personnes, le recrutement de 12.000 cadres éducatifs par an et une contribution de l’industrie portée à 20% du PIB.

L’USFP décline vingt engagements: souveraineté industrielle, création de 250.000 emplois industriels, hausse de 40% des exportations industrielles, réduction du chômage à 8%, part des énergies renouvelables portée à 60% et réservation de 30% des marchés publics aux TPME.

Le Mouvement populaire (MP) avance, pour sa part, onze axes et 33 mesures, parmi lesquelles une plateforme de suivi des prix et des marges, un compte fiscal et social, des exonérations en faveur des TPME, le transfert de 70% du budget de la santé au niveau régional et un «contrat de stabilité rurale».

Enfin, l’Union constitutionnelle (UC) défend «un Maroc à une vitesse», autour de l’emploi durable, du pouvoir d’achat, du conditionnement des incitations fiscales et de la régulation des marchés.

Sur ces bases-là, plusieurs observations peuvent être faites.

Pour le RNI prévaut une logique de consolidation des politiques publiques mises en œuvre depuis 2021, notamment en matière d’emploi et d’investissement. Le PAM présente l’un des programmes les plus chiffrés, même s’il faut relever que 300 milliards de dirhams sont attendus du seul effet de la croissance. Le PI, membre de la majorité sortante, met notamment l’accent sur la moralisation de la vie publique, sans proposer de chiffrage global de son programme. Le PJD n’en fournit pas davantage.

«Or les partis détaillent encore peu la trajectoire budgétaire de leurs engagements pour la prochaine législature. »

—  Mustapha Sehimi

Le PPS se distingue en mettant en regard dépenses supplémentaires et recettes additionnelles. L’USFP fixe des objectifs précis, avec une dimension à la fois productive et redistributive. Le MP privilégie la question territoriale à travers des propositions opérationnelles, mais sans en présenter le coût global. À noter également que seuls le PPS et l’Alliance de la gauche prévoient une taxation des grandes fortunes.

Reste la question essentielle: comment financer toutes ces promesses?

Les différents chiffrages reposent sur un pari commun: une croissance annuelle moyenne de l’ordre de 5% pendant cinq ans. Or certaines mesures pourraient avoir un coût réel supérieur à celui avancé.

Le SMIG, qui s’établit aujourd’hui à 3.442,72 DH mensuels, est ainsi appelé à atteindre 5.000 DH en 2031, soit une hausse d’environ 45%. Mais quelle serait l’incidence d’une telle mesure sur les employeurs privés, aussi bien en termes de charges supplémentaires que de compétitivité?

Même interrogation concernant l’exonération de l’impôt sur le revenu pour les salaires inférieurs à 15.000 DH bruts, dont le manque à gagner pour les finances publiques pourrait se chiffrer en dizaines de milliards de dirhams.

Enfin, il y a la promesse du million d’emplois. Elle suppose, sur cinq ans, la création moyenne de 200.000 emplois par an, dans l’hypothèse notamment d’une croissance durable autour de 5%.

Si l’on s’en tient aux trois partis de la majorité sortante, chacun inscrit donc son programme dans une équation budgétaire particulière. Se fonder uniquement sur l’ampleur des promesses n’est pourtant guère significatif. Tant s’en faut.

D’autres critères mériteraient peut-être davantage d’attention: la poursuite des grands chantiers déjà engagés et qui s’imposeront au prochain gouvernement, le financement effectif des dizaines de mesures proposées, mais aussi le calendrier de leur mise en œuvre et les résultats attendus, année après année, afin de pouvoir en mesurer réellement l’exécution.

Car la question sociale est aujourd’hui au cœur de la vie politique nationale, avec une acuité qu’elle n’avait pas en 2021.

Or les partis détaillent encore peu la trajectoire budgétaire de leurs engagements pour la prochaine législature. Dépenses nouvelles, pertes de recettes fiscales, ressources réellement additionnelles, contribution des collectivités territoriales ou encore du secteur privé: autant d’éléments qui permettraient pourtant de mesurer la faisabilité des promesses.

Les programmes? Un passage obligé de toute campagne électorale.

Reste à savoir dans quelle mesure ils intéresseront les 15,8 millions d’électeurs inscrits. Et, surtout, ceux qui décideront effectivement de se rendre aux urnes…

Par Mustapha Sehimi
Le 10/09/2026 à 16h05