Cela dit, comment se présente l’agenda des prochains jours et même des semaines à venir?
Il faudra tout d’abord attendre les résultats officiels. Suivra ensuite la nomination par le Roi du Chef du gouvernement, en application des dispositions de l’article 47 de la loi suprême, et ce «au sein du parti politique arrivé en tête des élections des membres de la Chambre des représentants».
Rien n’indique donc qu’il doive s’agir du dirigeant de la formation partisane. Tel avait d’ailleurs été le cas avec la nomination de Saad Eddine El Othmani, le 17 mars 2017, alors numéro deux du PJD et président du Conseil national de cette formation.
Sur le papier, dira-t-on, la coordinatrice du PAM, Fatima Ezzahra El Mansouri, est un choix putatif; il serait disruptif dans la mesure où ce serait la première fois qu’une femme accéderait à la tête d’un exécutif gouvernemental — une illustration de modernité à l’ordre du jour. D’autres profils peuvent se distinguer, tel celui de Fouzi Laâkja, nouveau venu dans ce parti, sans parler de tel ou tel outsider éventuel.
Dans ce butin postélectoral, si l’on ose dire, la présidence de la Chambre des représentants reviendrait, en tout état de cause, à un député du PAM...
Resterait à mettre sur pied une majorité. Ici et là sont présentés «les scénarios les plus probables», dont celui, passablement incongru, associant le PAM, le PI et... le PJD! Schéma inconséquent quand on connaît le clivage entre le parti au Tracteur et celui de la Lampe. D’ailleurs, la réponse a été donnée dès le lendemain du scrutin. Si la responsable du PAM a déclaré que son parti n’avait pas de «lignes rouges» pour former une majorité, Abdelilah Benkirane a répondu par un niet, direct et définitif.
Ce que l’on peut avancer pour l’heure, c’est que le PAM et le PI seront dans la majorité, avec respectivement 97 et 65 sièges, soit 162 députés. Il manquera 36 voix pour arriver à la majorité absolue de 198.
«le MP et l’USFP constitueraient un appoint, avec respectivement 29 et 26 sièges, permettant ainsi à une majorité PAM-PI de 162 membres d’arriver à 217 députés, soit une vingtaine au-dessus de la majorité absolue de 198 sièges.»
— Mustapha Sehimi
Aucun cabinet ne peut se satisfaire d’une telle situation relevant d’une majorité relative. L’une des pistes serait la participation du RNI et de ses 65 sièges, ce qui donnerait alors une majorité confortable de 227 députés. Mais la participation de cette formation de la Colombe serait problématique. Même si ce n’est plus une «ligne rouge» pour le PAM — malgré la rupture entre ces deux alliés lors de la campagne électorale —, reste ce paramètre: une formule recuite d’une majorité sortante marquée notamment par un vote sanction frappant surtout Aziz Akhannouch, Chef de l’exécutif et leader de ce parti depuis octobre 2016.
C’est dire que s’impose à l’évidence une ouverture de la future majorité. Mais dans quelle direction?
Vers le PPS, qui compte désormais 19 députés, en recul de trois sièges? Peu probable, parce que ce parti pâtit — encore? — de son long compagnonnage de route avec le PJD lors du premier cabinet Benkirane, ce qui avait nourri tant d’urticaire. De plus, il prône un changement de cap conséquent, difficilement envisageable aujourd’hui avec un cabinet dirigé par le PAM.
Quant à l’UC, cette formation a, elle aussi, obtenu un score médiocre de 17 sièges. Mais elle n’est pas vraiment audible dans le champ politique national, réduite qu’elle est à un réseau de notables. Restent d’autres options de configuration majoritaire, en particulier le MP et l’USFP.
Pour ce qui est de la formation harakie de Mohamed Ouzzine, elle a remporté 29 sièges, soit un de plus par rapport à 2021. Historiquement, elle a eu une vocation gouvernementale, même avec des passages dans l’opposition, comme depuis septembre 2021, lorsqu’elle n’a pas rejoint la «triade» RNI-PAM-PI. Ce parti s’est alors distingué par une critique sévère de l’action du cabinet Akhannouch sur les dossiers sociaux, le coût de la vie et la gestion du monde rural. Autant de thèmes qui ont dominé la campagne électorale et qui recoupent, dans une certaine mesure au moins, les questions qui l’ont nourrie.
De quoi faciliter son passage éventuel à une nouvelle majorité en responsabilité. Et puis, comment ne pas relever un autre paramètre: le MP occupe une place singulière dans le champ politique marocain, celle d’une force de médiation historique entre le pouvoir central, le monde rural et les élites locales; une formation de proximité ancrée dans des fiefs électoraux, en particulier dans le Haut et le Moyen Atlas, mais également dans certains territoires.
Quant à l’USFP, avec 26 sièges, elle en a perdu huit par rapport à 2021. Elle accuse une situation difficile liée à sa direction actuelle, Driss Lachgar ayant rempilé pour un quatrième mandat en octobre 2025, treize ans après avoir succédé à Abdelouahed Radi en 2012. Les instances de cette formation s’en tiennent à cette position: une disposition à participer au gouvernement sous condition de convergence programmatique; une porte ouverte, donc...
Sur ces bases-là, le MP et l’USFP constitueraient un appoint, avec respectivement 29 et 26 sièges, permettant ainsi à une majorité PAM-PI de 162 membres d’arriver à 217 députés, soit une vingtaine au-dessus de la majorité absolue de 198 sièges. N’est-ce pas la formule majoritaire optimale?




