Vox voulait chasser l’arabe et la culture marocaine des écoles catalanes. Le Parlement de Catalogne vient de lui opposer une fin de non-recevoir. La proposition du parti d’extrême droite espagnol visant à mettre fin à ces enseignements dans certains établissements scolaires de cette région du nord-est de l’Espagne a été rejetée par une majorité de députés.
Le Parti populaire (PP), principale formation de la droite espagnole, a voté en faveur de la suppression du programme. À l’inverse, les socialistes catalans du PSC, les indépendantistes de Junts per Catalunya et d’Esquerra Republicana (ERC), ainsi que les formations de gauche Comuns et CUP, se sont opposés à la proposition. Aliança Catalana, parti indépendantiste d’extrême droite, s’est abstenu.
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Au-delà du résultat, le scrutin illustre les divisions politiques espagnoles autour d’un dispositif éducatif pourtant ancien, mis en place dans le cadre de la coopération entre le Maroc et l’Espagne.
Car la Catalogne n’est pas la première région où Vox tente d’obtenir la suppression de ces enseignements. En Estrémadure, dans l’ouest du pays, l’accord de gouvernement conclu entre le PP et Vox a déjà entraîné l’arrêt du programme dans les écoles de Talayuela, une commune où plus de 200 élèves en bénéficiaient. En Catalogne, cette fois, la formation de Santiago Abascal n’a pas obtenu la majorité nécessaire pour imposer sa proposition.
Ce que Vox reproche aux cours d’arabe et de culture marocaine
Pour comprendre cette polémique, il faut d’abord rappeler ce qu’est le Programme d’enseignement de la langue arabe et de la culture marocaine, connu en Espagne sous son sigle espagnol PLACM.
Ce dispositif s’inscrit dans la coopération éducative entre les deux pays. Il permet notamment aux enfants d’origine marocaine scolarisés en Espagne de se familiariser avec la langue arabe et la culture de leur pays d’origine, tout en poursuivant leur scolarité dans le système éducatif espagnol.
L’accord bilatéral de 2012 prévoit ainsi de favoriser l’enseignement de l’arabe et de la culture marocaine en Espagne, mais aussi de promouvoir la langue espagnole au Maroc. Il s’agit donc d’une coopération réciproque, et non d’un dispositif créé unilatéralement par Rabat.
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C’est précisément cette participation marocaine que Vox conteste. Le parti dénonce le financement des cours par le Maroc, à travers la Fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l’étranger, ainsi que le rôle des autorités marocaines dans la sélection des enseignants.
La formation remet également en cause les objectifs du programme, notamment la préservation des liens culturels des enfants d’origine marocaine avec leur pays et leur intégration scolaire et socioculturelle. Mais plusieurs éléments essentiels sont souvent absents de cette polémique. Ces cours sont facultatifs et se déroulent, dans la plupart des cas, en dehors des heures d’enseignement obligatoire. Ils ne remplacent aucune matière du programme scolaire espagnol et ne constituent pas un enseignement religieux.
Autrement dit, les élèves concernés suivent les mêmes enseignements obligatoires que leurs camarades. Les cours d’arabe et de culture marocaine viennent simplement s’y ajouter, sur la base du volontariat.
De l’Estrémadure à l’Andalousie, une polémique qui gagne du terrain
La tentative de Vox en Catalogne ne constitue pas un épisode isolé. Dès octobre 2025, le parti avait demandé de bloquer le déploiement du programme dans les établissements scolaires catalans, en le présentant déjà comme un instrument d’endoctrinement.
Depuis, la contestation s’est étendue à d’autres communautés autonomes espagnoles, ces régions qui disposent de compétences importantes en matière d’éducation et peuvent donc peser sur l’organisation de certains enseignements.
En Estrémadure, la coalition entre le PP et Vox s’est traduite par la suppression du programme à Talayuela. En Andalousie, dans le sud de l’Espagne, un accord entre les deux formations prévoit de ne plus renouveler le dispositif à partir de l’année scolaire 2027-2028, comme l’avait précédemment rapporté Le360.
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La Catalogne a choisi une autre voie. Malgré le soutien du PP à l’initiative de Vox, une majorité parlementaire réunissant des formations aux orientations politiques très différentes a refusé de remettre en cause le programme.
L’enjeu dépasse désormais la seule question des cours d’arabe. Dans plusieurs régions espagnoles, un programme de coopération éducative est devenu un sujet de confrontation politique, au croisement des débats sur l’immigration, l’identité culturelle et l’intégration des populations d’origine étrangère.
La décision du Parlement catalan ne met donc pas fin à la polémique. Elle rappelle toutefois que les initiatives de Vox ne débouchent pas partout sur les mêmes résultats et que la coopération éducative entre le Maroc et l’Espagne conserve des soutiens au sein de plusieurs familles politiques.
Après les suppressions décidées en Estrémadure et les restrictions annoncées en Andalousie, la Catalogne oppose ainsi un refus à Vox. Les cours d’arabe et de culture marocaine y sont, pour l’heure, maintenus.




