TPME: les exportations marocaines sont soutenues par 6.000 entreprises

Le programme Export Morocco Now est une réponse aux besoins des entreprises et coopératives marocaines exportatrices et primo-exportatrices.

Réunis lors du Carrefour de la TPME «Oser l’export», acteurs publics et privés partagent un même constat: le potentiel exportateur du Maroc existe, mais les exportations restent concentrées sur un nombre limité d’entreprises.

Le 05/05/2026 à 17h13

D’emblée, le diagnostic posé par Chakib Alj, président de la CGEM, met en relief un déséquilibre structurel: «Aujourd’hui, nous exportons pour 400 milliards de dollars, mais seulement 6.000 entreprises exportent de manière régulière», en excluant les opérations ponctuelles. Une telle concentration illustre une base productive encore étroite au regard du tissu économique national.

Dans le prolongement, Chakib Alj insiste sur la dimension comportementale qui freine l’élargissement de cette base, soutenant que «nous avons choisi ce terme, “oser”, car […] le problème se situe au niveau des mentalités». L’export est perçu comme complexe, alors même que «les entreprises qui exportent sont souvent celles qui se développent».

Ce constat renvoie directement à la structure du tissu productif. Chakib Alj rappelle que «ces entreprises représentent 95% de notre tissu économique», tout en soulignant leur faible présence à l’international. L’enjeu consiste dès lors à faire émerger davantage d’acteurs capables de s’inscrire dans une trajectoire de croissance externe.

Dans cette logique, il réfute toute barrière structurelle à l’export car selon lui, «rien ne les en empêche». Il appuie son propos par des exemples concrets expliquant que «plusieurs petites entreprises marocaines ont réussi à évincer des multinationales dans certains secteurs». Une dynamique qui confirme que l’accès aux marchés extérieurs relève davantage d’un passage à l’échelle que d’un obstacle intrinsèque.

En écho, Khalid Zidane, ministre délégué chargé de l’Investissement, établit un lien direct entre effort productif et capacité d’exportation estimant que «l’investissement joue un rôle central». Il conditionne l’accès aux marchés internationaux à la qualité des produits, précisant que «la compétitivité repose sur la qualité du produit, mais aussi sur des éléments comme l’emballage».

Ce raisonnement s’inscrit dans une logique d’élargissement des débouchés. Khalid Zidane rappelle que «le Maroc dispose d’environ 52 accords de libre-échange, ouvrant l’accès à un marché de 2,5 milliards de consommateurs». À l’échelle nationale, «vendre un produit une fois par jour […] reste limité», tandis que «les volumes deviennent beaucoup plus importants» à l’international.

Une concentration des exportations à corriger

Parallèlement, Omar Hejira, ministre de l’Industrie et du Commerce chargé du commerce extérieur, met en évidence une concentration marquée des flux où «80% des exportations sont réalisées par les grandes entreprises […] tandis que seulement 20% proviennent des petites structures». Ce déséquilibre reflète une spécialisation des grandes unités productives dans les marchés extérieurs.

Le même phénomène se retrouve sur le plan géographique où «80% des exportations sont concentrées entre El Jadida et Tanger», alors que «environ 7% des TPE se situent sur cet axe». Une distribution territoriale inégale qui limite la diffusion des gains liés au commerce extérieur.

Face à ces déséquilibres, les pouvoirs publics mettent en avant des instruments dédiés. Omar Hejira évoque «un programme d’assurance complémentaire, allant de 10 à 100 millions de dirhams», destiné aux primo-exportateurs, notamment vers «15 pays africains». Il rappelle également qu’«une étude réalisée en 2021 a identifié un potentiel inexploité de 120 milliards de dirhams».

Dans le même esprit, un dispositif spécifique a été déployé avec «un programme […] doté de 800 millions de dirhams», incluant «un dispositif d’analyse rapide pouvant atteindre 50.000 dirhams» ainsi que «des subventions pouvant aller jusqu’à 1 million de dirhams». L’objectif affiché consiste à «faciliter leur accès aux partenaires et aux opportunités commerciales».

La hiérarchisation des marchés s’inscrit dans une logique d’ouverture progressive. Omar Hejira précise que «tous les marchés sont importants, avec une priorité pour l’Afrique», qui représente «12 milliards de dirhams de potentiel inexploité». Une orientation qui vise à diversifier les débouchés, alors que «70% des exportations restent concentrées sur l’Europe».

Cette orientation s’appuie également sur des investissements logistiques. Le ministre souligne que «le Maroc a renforcé ses infrastructures portuaires, notamment avec Nador, Dakhla Atlantique et Agadir», afin de consolider son positionnement dans les échanges internationaux.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 05/05/2026 à 17h13