Quatre filières pour doper l’investissement privé: 7,4 milliards de dollars en jeu

La Banque mondiale propose de stimuler l’investissement privé au Maroc en ciblant quatre secteurs clés : solaire, textile bas carbone, argan transformé et aquaculture.

La Banque mondiale propose une feuille de route ambitieuse pour dynamiser l’investissement privé au Maroc, en misant sur quatre secteurs clés: le solaire décentralisé, le textile bas carbone, l’argan transformé et l’aquaculture marine. Ces filières, porteuses de 7,4 milliards de dollars d’investissements potentiels et de plus de 166 000 emplois, pourraient redéfinir le modèle productif du pays. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien L’Economiste.

Le 28/04/2026 à 20h38, mis à jour le 28/04/2026 à 20h39

La Banque mondiale ne se contente pas d’analyser le déficit d’investissement privé au Maroc. Elle propose une feuille de route concrète en identifiant quatre secteurs clés pour transformer le modèle productif du pays: le solaire décentralisé, le textile bas carbone, l’argan transformé et l’aquaculture marine. L’objectif est de prouver que la croissance future passera par des investissements privés, exportateurs et décarbonés. «À la clé, un potentiel de 7,4 milliards de dollars d’investissements et plus de 166 000 emplois à moyen terme», écrit le quotidien L’Economiste dans son édition du mercredi 29 avril. Mais ces chiffres ne sont pas gravés dans le marbre: ils dépendent de la levée de blocages réglementaires encore tenaces.

Le premier levier, le solaire décentralisé, dépasse la simple production d’électricité. Il s’agit désormais d’un outil de compétitivité industrielle. Alors que les donneurs d’ordre européens durcissent leurs exigences carbone, l’accès à une énergie propre devient un sésame pour accéder aux marchés. Le Maroc dispose d’un atout naturel, mais doit encore stabiliser le cadre d’injection réseau, de stockage et de raccordement. Un obstacle majeur persiste: le plafond de 40 % fixant la part maximale d’énergies renouvelables que les distributeurs peuvent intégrer dans leur périmètre. Un verrou qui freine l’expansion du marché et devra être relevé. Les gains potentiels sont colossaux. Près de 2,9 milliards de dollars d’investissements, 43 500 emplois et 56 millions de tonnes de CO₂ évitées sur trente ans.

Le textile bas carbone constitue le deuxième terrain stratégique, lit-on dans L’Economiste. La proximité géographique avec l’Europe offre au Maroc une opportunité unique dans la recomposition des chaînes d’approvisionnement, après le déclin de l’Asie. Mais la compétitivité ne se joue plus seulement sur les coûts. Elle repose désormais sur la traçabilité, la circularité et le recyclage fibre à fibre. Tant que les flux de déchets textiles resteront informels et que les règles juridiques sur les chutes de coupe demeureront floues, le secteur peinera à franchir le cap industriel.

L’argan transformé représente le troisième relais de croissance. Le Maroc détient une quasi-exclusivité mondiale sur cette ressource, mais 93% des exportations d’huile d’argan se font encore en vrac, laissant l’essentiel de la valeur ajoutée aux mains des transformateurs étrangers. Le passage aux cosmétiques naturels certifiés pourrait combiner export, inclusion rurale et industrialisation légère, avec un impact territorial fort pour les femmes des régions productrices. Les défis restent nombreux : traçabilité insuffisante, procédures sanitaires rigides et exigences ESG peu vérifiables. Pourtant, des réformes ciblées pourraient générer 600 millions de dollars d’investissements et près de 17 700 emplois.

Enfin, l’aquaculture marine, quatrième levier identifié, est celui qui présente le plus fort potentiel en termes d’emplois. Près de 75 000 postes et 1,96 milliard de dollars d’investissements. Malgré l’identification de zones favorables, la production reste marginale en raison d’une fragmentation administrative, d’incertitudes foncières et de coûts d’alimentation élevés. La simplification des autorisations, via un guichet unique piloté par l’ANDA, apparaît comme une réforme prioritaire.

Selon L’Economiste, deux accélérateurs pourraient précipiter cette transformation: le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’UE (CBAM) et le nearshoring. À partir de 2026, les exportateurs devront justifier l’empreinte carbone de leurs produits. Pour le textile, l’agro-industrie ou les matériaux de construction, l’accès à une énergie décarbonée deviendra un critère d’accès au marché. Le solaire décentralisé ne sera plus seulement un outil de transition énergétique, mais un levier d’intégration industrielle euro-méditerranéenne. Parallèlement, la recomposition des chaînes d’approvisionnement mondiales offre une fenêtre de nearshoring que le Maroc doit saisir avant que la concurrence (Turquie, Europe de l’Est, Égypte) ne consolide ses positions. Le pays dispose d’atouts: accords commerciaux préférentiels, logistique compétitive et tissu exportateur existant. Mais le temps presse.

Par La Rédaction
Le 28/04/2026 à 20h38, mis à jour le 28/04/2026 à 20h39