PLF 2027: investissement privé et climat des affaires

Mustapha Sehimi.

Mustapha Sehimi.

ChroniqueUne croissance prévue de 5% par an durant la nouvelle mandature (2021-2031): tel est, entre autres, l’un des objectifs prioritaires du gouvernement. Qu’en est-il des prévisions des institutions nationales et internationales?

Le 29/10/2026 à 17h31

Pour 2026, ce taux se situe entre 4,1% (Bank Al-Maghrib) et 4,8% (Haut-Commissariat au Plan), la Banque mondiale retenant 4,4% et le Fonds monétaire international (FMI) 4,5%.

Pour 2027, en revanche, les chiffres sont plus contrastés: 2,9% pour BAM, 3% pour le HCP et 4,1% pour le FMI et la Banque mondiale. Pour l’année en cours, ces prévisions reposent sur deux paramètres: une forte reprise de la valeur ajoutée agricole et une dynamique soutenue des services et de l’industrie.

Cela dit, si l’on examine globalement la création de richesse et d’emplois, il convient d’appréhender l’investissement privé et le climat des affaires tels qu’ils sont étudiés dans la note de présentation du projet de loi de finances (PLF) 2027.

Il est question, à cet égard, de 581 milliards de dirhams d’investissements publics et privés sur la période 2021-2025, liés à 381 projets générant quelque 200.000 emplois. Pour ce qui est plus spécifiquement de l’investissement privé, le Maroc a bénéficié de 3,3 milliards de dollars en 2026, notamment dans l’aéronautique, la logistique, les énergies renouvelables et l’hydrogène vert.

Comment se classe le Royaume dans la région MENA et sur le continent? L’Égypte caracole en tête avec 10 milliards de dollars en 2023, puis un bond spectaculaire à 46,5 milliards de dirhams en 2025, grâce au projet greenfield des Émirats arabes unis de 35 milliards de dollars, avant d’atteindre 15,5 milliards de dollars en 2025.

Quant à l’Afrique du Sud, les investissements directs étrangers (IDE) progressent: 2,3 milliards de dollars en 2023, 3,9 milliards en 2024 et 6,9 milliards en 2025.

Au Maroc, maintenant, les acquis de l’exercice 2026 méritent d’être relevés. Ils sont au moins de quatre ordres. Le premier concerne la Charte de l’investissement, qui porte ses fruits; le deuxième, une attractivité internationale en forte amélioration, avec des flux nets en progression.

Il faut également mentionner l’amélioration du climat des affaires, attestée par le rapport «Business Ready» (B-READY) 2025 du Groupe de la Banque mondiale: avec un score de 63,44 points, le Maroc se classe au deuxième rang dans le monde arabe et sur le continent. Ce score agrège trois dimensions: le cadre réglementaire (70 points), les services publics (65 points), mais seulement 56% pour l’efficacité opérationnelle.

Pour autant, faut-il céder à l’autosatisfaction? Rien n’est moins sûr, tant il est vrai que le PLF lui-même évoque «des réformes engagées dont l’effectivité reste à consolider».

Que des avancées aient été enregistrées avec la feuille de route 2023-2026 n’est guère contestable. Mais le PLF 2027 entend accompagner davantage l’investissement privé par une série d’actions: parachèvement de la réforme des Centres régionaux d’investissement (CRI), opérationnalisation de l’Observatoire de l’investissement, soutien accru aux très petites, petites et moyennes entreprises (TPME)…

«Un tableau de bord national s’impose: il doit permettre de suivre l’état d’avancement des projets, d’accroître leur taux de concrétisation et de mesurer les emplois générés.»

—  Mustapha Sehimi

Cela commande de consolider la Charte de l’investissement et, en particulier, le cœur du dispositif: les instruments de soutien prévus, dont l’efficacité doit désormais se traduire par la concrétisation des projets.

Trois dispositifs sont aujourd’hui en place: le dispositif de soutien principal à l’investissement, le dispositif de soutien spécifique applicable aux projets d’investissement à caractère stratégique et celui destiné aux TPME. Comment en améliorer l’accès, accélérer le traitement des dossiers et assurer le suivi de la réalisation des projets soutenus?

Parallèlement, il convient de finaliser le cadre réglementaire et de rendre opérationnel le dispositif de soutien au développement des entreprises marocaines à l’international, sans oublier de renforcer l’investissement productif des Marocains du monde grâce à des mécanismes d’information et d’accompagnement adaptés.

Mais il y a plus. La territorialisation de la politique d’investissement doit ainsi être renforcée, notamment pour les projets éligibles au dispositif de soutien principal à l’investissement dont le montant est inférieur à 250 millions de dirhams, ainsi que pour ceux bénéficiant du dispositif spécifique aux TPME.

Un autre axe concerne la révision des mécanismes d’incitation existants, notamment des primes à l’investissement, afin de garantir une meilleure adéquation avec les priorités économiques nationales.

Il s’agit de renforcer le potentiel de production locale en substitution aux importations, de créer de la valeur ajoutée, d’accroître le taux d’intégration locale et la capacité d’exportation, ainsi que de favoriser l’insertion des projets dans les chaînes de valeur stratégiques.

Il faut encore mentionner l’évolution de la plateforme «CRI-Invest» pour en faire un véritable guichet unique numérique, permettant de centraliser et de simplifier les démarches et les procédures administratives liées à l’investissement.

Un tableau de bord national s’impose: il doit permettre de suivre l’état d’avancement des projets, d’accroître leur taux de concrétisation et de mesurer les emplois générés.

Enfin, pour rendre opérationnel l’Observatoire de l’investissement, des mesures sont également programmées. Elles prévoient la constitution d’un dispositif national de collecte, de traitement et d’analyse des données relatives à l’investissement privé, à l’emploi et au climat des affaires. De quoi disposer d’une vision unifiée et intégrée des différentes étapes de préparation et de réalisation des projets.

Au total, quelles indications le climat des affaires donne-t-il sur le risque pays du Maroc, tel qu’il est évalué à l’international? La notation la plus significative est sans doute celle de Coface: un risque pays jugé raisonnable, noté «B», et un environnement des affaires classé «A4». Une notation correcte…

Par Mustapha Sehimi
Le 29/10/2026 à 17h31