Le développement des TPME constitue depuis plusieurs années l’un des principaux défis de compétitivité de l’économie nationale. Si ces entreprises représentent l’essentiel du tissu productif national et demeurent le premier pourvoyeur d’emplois, leur accès au financement, à l’expertise et aux outils de transformation reste encore largement insuffisant. C’est précisément cette fracture que cherchent désormais à réduire Bank of Africa et Maroc PME à travers l’offre intégrée «Pacte TPME, Bank of Africa & Maroc PME», lancée à Casablanca lors des premières Rencontres nationales de la TPME organisées sous l’égide du ministère de l’Industrie et du Commerce.
Fruit de plus de vingt années de coopération entre les deux institutions, cette nouvelle offre dépasse la logique traditionnelle du crédit bancaire. Elle combine les capacités de financement de Bank of Africa avec les dispositifs publics d’accompagnement de Maroc PME afin de proposer un parcours complet couvrant les besoins des entreprises, depuis leur structuration jusqu’à leur croissance, en passant par la modernisation, la résilience ou encore la transition durable. Selon les organisateurs, cette approche vise à offrir aux entrepreneurs un accompagnement global associant financement, conseil, expertise et accès à un réseau de partenaires.
Cette orientation traduit une évolution importante des politiques publiques en faveur des PME. Longtemps organisés autour de dispositifs dispersés, les mécanismes de soutien cherchent désormais davantage de cohérence entre acteurs publics, banques, associations entrepreneuriales et structures d’accompagnement.
Les conventions signées avec Maroc PME, Réseau Entreprendre Maroc, la Fédération nationale de l’agroalimentaire (FENAGRI) ainsi que plusieurs zones industrielles de Casablanca illustrent cette volonté de construire un véritable écosystème autour de l’entreprise plutôt qu’une succession d’aides indépendantes.
Une réforme qui dépasse le simple financement bancaire
Cette nouvelle philosophie a été clairement assumée par Khalid Nasr, directeur général exécutif de Bank of Africa - Groupe BMCE. Selon lui, le paradoxe entre le poids économique des TPME et leur faible accès au financement bancaire ne constitue pas une fatalité mais révèle les insuffisances d’un écosystème nécessitant une réforme profonde. Le dirigeant considère ainsi que le Pacte TPME représente «un véritable changement de paradigme», précisément parce qu’il ne se limite plus au financement mais englobe l’ensemble du cycle de vie de l’entreprise, depuis sa création jusqu’à sa transmission.
L’élément structurant de cette nouvelle dynamique réside toutefois dans la présentation réalisée par Anouar Alaoui Ismaili, directeur général de Maroc PME. Son intervention dépasse largement la présentation d’un nouveau programme d’aide pour dessiner une véritable transformation institutionnelle de l’agence publique.
Le responsable rappelle que «le Pacte TPME est le fruit d’un travail collectif» mené sous le leadership du ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour. Il précise que cette initiative s’inscrit dans une double dynamique: l’élaboration du plan stratégique «Orbite 2030» et les négociations autour du nouveau contrat-programme État–Maroc PME couvrant la période 2026-2030.
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Le dispositif s’inscrit également dans le prolongement des Hautes orientations royales, du Nouveau modèle de développement et de la feuille de route nationale pour l’emploi.
Plus encore que son contenu, c’est la méthode retenue qui traduit le changement recherché. Maroc PME explique avoir parcouru à deux reprises les douze régions du Royaume afin de construire son offre directement avec les entreprises. Une première tournée a permis d’identifier les besoins et les limites du dispositif existant. Une seconde a servi à présenter la nouvelle vision et à mobiliser les différents partenaires régionaux autour de sa mise en œuvre. Cette démarche de co-construction marque une rupture avec une conception centralisée de l’action publique.
Cette évolution constitue probablement l’innovation institutionnelle la plus importante du Pacte TPME. Maroc PME abandonne progressivement un modèle piloté essentiellement depuis Rabat pour déployer une présence permanente dans les douze régions du Royaume, notamment au sein des Centres régionaux d’investissement. Cette proximité vise à accélérer l’accompagnement des investisseurs et à adapter les interventions aux réalités économiques locales.
L’agence ne se limite plus aux seules entreprises industrielles mais ouvre désormais ses dispositifs à l’ensemble des secteurs productifs. Cette extension traduit une lecture plus transversale de la compétitivité, où les enjeux de gouvernance, de productivité, de digitalisation ou de transition écologique concernent désormais toutes les catégories d’entreprises.
Huit dispositifs pour accompagner l’ensemble du cycle de vie des TPME
Cette nouvelle stratégie repose sur quatre grands axes stratégiques — croissance, compétitivité, résilience et structuration — déclinés en huit dispositifs complémentaires. Pact’ScaleUp accompagne les entreprises à fort potentiel de croissance avec une prise en charge pouvant atteindre 80% des coûts d’expertise, dans la limite de 2 millions de dirhams. Pact’Décarbonation & Eau soutient les projets liés à l’efficacité énergétique, à la gestion de l’eau et à la décarbonation, tandis que Pact’Performance et Pact’Qualité ciblent respectivement la productivité industrielle et les démarches de certification.
Deux programmes sont entièrement consacrés à la résilience. Pact’Transmission répond aux enjeux de succession des entreprises familiales, qui représentent, selon l’étude de la Banque mondiale citée par Maroc PME, 92% des PME marocaines. Pact’Restructuration accompagne, pour sa part, les entreprises viables confrontées à des difficultés conjoncturelles grâce à un soutien pouvant atteindre 90% des coûts d’accompagnement, plafonné à 2,4 millions de dirhams. Les dispositifs Pact’Organisation et Pact’Gestion complètent l’ensemble en renforçant les pratiques managériales, la gouvernance, la digitalisation et les standards organisationnels des entreprises.
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La transformation engagée par Maroc PME s’accompagne également d’objectifs chiffrés particulièrement ambitieux. L’agence prévoit d’accompagner 4.000 TPME à l’horizon 2030, soit environ 800 entreprises par an, avec l’objectif de contribuer à la création et à la préservation de 54.000 emplois. Un dispositif permanent de suivi et d’évaluation devra mesurer les résultats dès la première année afin d’ajuster les programmes en fonction de leur efficacité réelle.
Cette orientation traduit une évolution majeure de la gouvernance publique. L’efficacité d’un programme ne sera plus appréciée uniquement à travers les montants mobilisés mais également au regard de ses effets sur la croissance des entreprises, leur compétitivité et leur capacité à créer durablement de la valeur et de l’emploi.
Au-delà du lancement d’une nouvelle offre bancaire, les premières Rencontres nationales de la TPME donnent ainsi à voir une évolution plus profonde des politiques économiques marocaines. Le rapprochement entre Bank of Africa et Maroc PME illustre une volonté de dépasser les approches sectorielles pour construire un véritable écosystème de développement de l’entreprise, associant financement, accompagnement stratégique, expertise technique et ancrage territorial.
La tournée régionale annoncée par Bank of Africa au cours des prochaines semaines prolongera cette logique de proximité. Si cette articulation entre acteurs publics et privés parvient effectivement à réduire les obstacles qui freinent encore la montée en puissance des TPME, le Pacte TPME pourrait constituer l’un des principaux leviers de transformation du tissu entrepreneurial marocain à l’horizon 2030.




