Le gouvernement marocain multiplie les initiatives de financement, de garantie et d’accompagnement pour densifier son tissu productif, mais le passage à l’échelle des petites structures se heurte toujours à des obstacles structurels et fiscaux. Si les politiques publiques, historiquement centrées sur l’accès au crédit via des programmes comme Moukawalati ou Intilaka, se réorientent depuis 2022 vers un accompagnement global avec des dispositifs tels que «Ana Moukaawil», l’articulation de ces aides reste fragmentée, écrit le quotidien Les Inspirations Éco. Les très petites entreprises (TPME) représentent plus de 95% du tissu économique national, mais leur contribution au produit intérieur brut (PIB) et aux exportations demeure marginale. Selon l’Enquête sur le profil entrepreneurial du Maroc, 53% des entrepreneurs relèvent d’un entrepreneuriat de nécessité, 70% évoluent dans l’informel et seulement 15% possèdent un diplôme universitaire. Cette fragilité administrative éloigne une grande partie des micro-entreprises des circuits bancaires et institutionnels classiques.
En parallèle, les recettes fiscales de l’État ont atteint plus de 342 milliards de dirhams en 2025, affichant un taux de réalisation de 106,9% par rapport aux prévisions de la loi de finances. Cette performance budgétaire est principalement portée par l’impôt sur les sociétés (IS) des grandes entreprises structurées. À l’inverse, lit-on dans Les Inspirations Éco, le régime de l’auto-entrepreneur et des TPE fait face à un effet de ciseau, où les charges progressent plus vite que les revenus. Le calcul de l’impôt basé sur le chiffre d’affaires et non sur le bénéfice, l’impossibilité de récupérer la TVA et la retenue à la source de 30% au-delà de 80.000 dirhams de chiffre d’affaires réalisé avec un même client constituent des freins majeurs à la croissance.
La transition entre les statuts d’auto-entrepreneur, de TPE et de PME s’avère donc particulièrement complexe en raison d’effets de seuil brutaux. Entre 2017 et 2022, seules 0,2% des micro-entreprises ont réussi à évoluer vers le statut de TPE. Cette difficulté à grandir se reflète également dans les chiffres de la défaillance d’entreprises: Allianz Trade estime que les faillites ont dépassé 14.000 cas en 2023 et pourraient franchir le seuil des 16.000 cas en 2024, en raison des tensions de trésorerie et des retards de paiement. Pour remédier à cette situation, des experts préconisent une révision des incitations fiscales afin de les rendre plus progressives, temporaires et conditionnées à des critères de performance précis, tels que la création d’emplois déclarés ou l’investissement productif. L’enjeu actuel de l’économie marocaine réside moins dans le volume quantitatif des créations d’entreprises, que dans sa capacité à assurer leur pérennité et leur formalisation.



