Matières premières: le Maroc au cœur des dépendances stratégiques espagnoles

L'Espagne importe environ 80% de ses besoins en provenance du Maroc.

Une étude de CaixaBank Research identifie le Maroc parmi les principaux points d’appui de l’économie espagnole pour plusieurs intrants jugés stratégiques. Acide phosphorique, phosphates et matières premières minérales figurent au cœur de dépendances que le rapport considère comme critiques pour l’agriculture, l’agroalimentaire et plusieurs chaînes industrielles espagnoles.

Le 02/06/2026 à 11h43

Les crises successives qui ont marqué le commerce mondial ces dernières années ont profondément modifié la manière dont les grandes économies évaluent leurs dépendances extérieures. Guerre en Ukraine, tensions géopolitiques au Moyen-Orient, pandémie ou encore perturbations des chaînes logistiques ont replacé la sécurité des approvisionnements au centre des politiques économiques.

C’est précisément dans cette logique que s’inscrit l’étude publiée par CaixaBank Research, consacrée aux vulnérabilités commerciales de l’Espagne. Le document cherche à identifier les produits et les pays dont dépend le plus fortement l’appareil productif espagnol. Parmi eux, le Maroc occupe une place particulièrement visible.

D’après cette étude, le Royaume apparaît comme l’un des fournisseurs dont l’importance dépasse largement le simple cadre des échanges commerciaux bilatéraux. Sa contribution touche directement plusieurs secteurs considérés comme essentiels au fonctionnement de l’économie espagnole.

Le constat le plus marquant du rapport concerne l’acide phosphorique, un intrant indispensable à la fabrication des engrais.

Selon le rapport, le Maroc assure près de 80% des importations espagnoles d’acide phosphorique. Une telle concentration place le Royaume parmi les fournisseurs les plus stratégiques identifiés par les auteurs de l’étude.

Cette dépendance revêt une portée particulière car elle concerne l’un des premiers maillons de la chaîne alimentaire. L’acide phosphorique intervient dans la production d’engrais qui conditionnent ensuite les rendements agricoles et l’approvisionnement de l’industrie agroalimentaire.

Le document souligne ainsi que la vulnérabilité associée à l’acide phosphorique marocain ne se limite pas au secteur chimique. Elle s’étend directement à l’agriculture et à l’agroalimentaire, deux activités dont l’importance économique et sociale demeure centrale pour l’Espagne.

Cette lecture constitue l’un des enseignements majeurs de l’étude. L’auteure Catalina Becu estime en effet que certaines dépendances stratégiques produisent des effets bien au-delà de leur secteur d’origine. Un intrant chimique peut ainsi devenir un facteur déterminant pour l’ensemble de la chaîne alimentaire.

L’importance du Maroc ne se limite pas à l’acide phosphorique.

Le rapport précise également que le Royaume représente des parts importantes des importations espagnoles de phosphates, eux aussi considérés comme indispensables à la production d’engrais.

Cette double présence dans les phosphates et dans l’acide phosphorique renforce la place du Maroc au sein de la chaîne de valeur agricole espagnole. Elle traduit également la difficulté pour les entreprises concernées de substituer rapidement certains approvisionnements lorsque les volumes sont concentrés sur un nombre limité de fournisseurs.

Le document rappelle d’ailleurs que son indice de vulnérabilité commerciale repose notamment sur la concentration des fournisseurs et sur le caractère stratégique des produits concernés. L’importance accordée aux phosphates marocains résulte précisément de la combinaison de ces deux facteurs.

Une telle situation confère au Royaume une place singulière dans l’environnement économique méditerranéen. L’étude montre que certains secteurs espagnols restent étroitement liés à la stabilité des approvisionnements provenant du Maroc.

L’analyse de CaixaBank Research ne se limite toutefois pas à la chaîne des engrais.

L’auteure classe également le Maroc parmi les principaux fournisseurs de matières premières minérales identifiés dans leur cartographie des risques commerciaux.

Cette présence aux côtés d’acteurs comme la Guinée ou Madagascar illustre le poids croissant des ressources minérales africaines dans les chaînes de valeur industrielles européennes.

Le rapport souligne que les vulnérabilités les plus importantes de l’économie espagnole concernent principalement les matières premières minérales et les produits chimiques intermédiaires. Ces intrants alimentent ensuite un grand nombre d’activités industrielles, depuis la métallurgie jusqu’aux secteurs associés aux transitions technologiques et énergétiques.

L’importance accordée au Maroc dans cette géographie des approvisionnements confirme ainsi son rôle de fournisseur de ressources indispensables à plusieurs filières industrielles.

Une reconnaissance de la place du Maroc dans les chaînes de valeur européennes

La lecture du rapport révèle également une évolution plus profonde. Longtemps analysé principalement sous l’angle de la proximité géographique ou des échanges commerciaux classiques, le Maroc apparaît désormais comme un acteur intégré à plusieurs chaînes de valeur jugées stratégiques.

Le document place le Royaume dans le groupe restreint des pays dont la contribution influence directement la résilience de certains secteurs espagnols. Cette position le distingue d’une simple relation commerciale fondée sur des produits de consommation ou des échanges à faible contenu stratégique.

Ainsi, lorsque Catalina Becu examine la géographie mondiale des vulnérabilités de l’Espagne, le Maroc apparaît aux côtés de fournisseurs occupant des positions clés dans leurs domaines respectifs. Le rapport souligne notamment son rôle majeur dans les engrais et les matières premières minérales, deux catégories considérées comme particulièrement sensibles.

Cette reconnaissance traduit également la montée en puissance des ressources africaines dans les débats européens sur la sécurité économique et la diversification des approvisionnements.

L’intérêt de l’étude réside enfin dans son approche globale. Les auteurs ne mesurent pas seulement des flux d’importation. Ils cherchent à identifier les dépendances susceptibles d’avoir des répercussions sur l’ensemble de l’économie.

Sous cet angle, la place du Maroc prend une dimension particulière. Les intrants associés au Royaume interviennent dans des secteurs qui conditionnent à la fois la production agricole, l’industrie agroalimentaire et plusieurs activités industrielles liées aux matières premières.

Le document montre ainsi que certaines relations économiques peuvent acquérir une valeur stratégique lorsqu’elles concernent des produits difficiles à remplacer et essentiels au fonctionnement de chaînes productives entières.

Une position appelée à compter davantage

Au-delà des chiffres mis en avant par CaixaBank Research, l’étude révèle un phénomène plus large: le rôle du Maroc dans l’économie espagnole ne se limite plus aux échanges commerciaux traditionnels. Les phosphates, l’acide phosphorique et les matières premières minérales placent désormais le Royaume au cœur de plusieurs activités considérées comme essentielles.

Selon le rapport, près de 80% des importations espagnoles d’acide phosphorique proviennent du Maroc, tandis que les phosphates marocains occupent également une place significative dans les approvisionnements du pays. Cette réalité confère au Royaume une importance particulière dans la chaîne de valeur agricole espagnole, depuis la production d’engrais jusqu’aux activités agroalimentaires.

Plus largement, le document met en évidence la place croissante des fournisseurs africains dans les équilibres industriels européens. À travers ses ressources stratégiques et sa capacité à approvisionner des secteurs clés, le Maroc apparaît ainsi comme l’un des partenaires dont dépend une partie de la résilience économique espagnole. Une position qui dépasse désormais le simple commerce pour toucher aux fondements mêmes de la sécurité d’approvisionnement de plusieurs filières essentielles.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 02/06/2026 à 11h43