L’organisation du commerce céréalier au Maroc évolue sous l’effet de facteurs exogènes intervenus au premier trimestre 2026, mêlant aléas climatiques et reconfiguration des routes maritimes internationales dans le sillage du conflit au Moyen-Orient. Des sources de marché citées par Platts, entité de S&P Global Energy, signalent des délais de livraison étendus pour les importateurs et les minoteries, certaines cargaisons nécessitant plusieurs mois avant d’atteindre les ports nationaux. Cette évolution se traduit par une accumulation plus importante de navires et de conteneurs dans certaines zones portuaires.
Selon des opérateurs interrogés par Platts, près de 80 navires étaient en attente au large de Casablanca à la mi-février, dont environ 25 céréaliers, tandis que des cargaisons expédiées dès janvier restaient temporairement stockées dans d’autres ports, notamment en Espagne, une configuration qui s’apparente à un ajustement des flux logistiques plutôt qu’à une rupture des approvisionnements.
Ce rééquilibrage progressif des chaînes d’acheminement s’accompagne néanmoins d’un renchérissement des coûts de transport maritime. Les données recueillies par Platts indiquent des niveaux d’affrètement d’environ 15.000 dollars par jour pour les navires en provenance de France et 25.000 dollars pour ceux issus des Amériques. Ces niveaux reflètent à la fois les délais d’attente et l’allongement des routes commerciales.
À ces coûts directs s’ajoutent des surtaxes introduites par les transporteurs maritimes, comprises entre 1.500 et 3.300 dollars par conteneur standard, avec des niveaux pouvant atteindre 4.000 dollars pour certains équipements spécifiques, selon des sources relayées par l’entité de S&P Global Energy.
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Ainsi, l’allongement des itinéraires, notamment via des détours autour du continent africain, contribue parallèlement à une hausse des dépenses en carburant et des primes d’assurance, modifiant les paramètres économiques du transport de vrac agricole.
Dans cette recomposition des routes commerciales, les infrastructures portuaires marocaines gagnent en importance, avec un rôle particulièrement structurant joué par Tanger Med. Le port a traité plus de 161 millions de tonnes de marchandises et plus de 11 millions de conteneurs en 2025, en progression de 8,9% sur un an, selon les données portuaires relayées par Platts. Sa localisation au détroit de Gibraltar facilite son intégration dans les circuits maritimes reliant l’Atlantique, l’Europe et l’Afrique.
Cette montée en puissance contribue à absorber une partie des flux redéployés et à accompagner les ajustements en cours du commerce maritime. L’ensemble du système logistique s’inscrit ainsi dans une phase d’adaptation progressive, marquée par une redistribution des flux plutôt que par une désorganisation durable.
Parallèlement, les fondamentaux agricoles évoluent dans un sens plus favorable. Le Haut-commissariat au plan (HCP) anticipe une production céréalière comprise entre 8 et 9 millions de tonnes en 2026, dont environ 5 millions de tonnes de blé tendre, contre 4,4 millions de tonnes l’année précédente. Cette amélioration attendue modifie progressivement l’équation d’approvisionnement.
Une production plus élevée pourrait en effet réduire temporairement le recours aux importations. Des opérateurs évoquent ainsi une possible suspension des achats de blé sur une période de deux à trois mois, entre mai et août, sous réserve de conditions climatiques favorables .
Ce réajustement reste toutefois encadré par les mécanismes de politique publique. Les pratiques habituelles consistent à rétablir les droits de douane en période de bonne récolte, tandis que les acteurs de la filière plaident pour un prolongement ponctuel des dispositifs de soutien afin d’absorber les surcoûts récents.
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En parallèle, la stratégie des importations continue de refléter une forte concentration géographique. Les exportateurs français assurent environ 70% des volumes de blé tendre importés, soit près de 3,2 millions de tonnes entre juin 2025 et janvier 2026, selon Platts.
Au final, l’évolution actuelle du marché à des ajustements logistiques en termes de délais et les coûts demeurent influencés par les reconfigurations maritimes en cours, tandis que le renforcement des capacités portuaires, notamment à Tanger Med, et la progression de la production nationale contribuent à stabiliser progressivement les conditions d’approvisionnement.




