Fiat Grizzly et Fastback, le nouveau pari industriel de Stellantis à Kénitra

Les nouveaux modèles Fiat confirment l'élargissement des capacités industrielles de Stellantis au Maroc

Le 16/07/2026 à 10h05

VidéoLe lancement industriel de la Fiat Grizzly et de la Fiat Fastback marque une nouvelle étape dans le développement du complexe Stellantis de Kénitra. Produits sur la plateforme Smart Car, ces deux modèles stratégiques élargissent le portefeuille régional de Fiat et illustrent la montée en puissance d’un site devenu capable d’assembler simultanément des véhicules thermiques, hybrides et électriques, avec un niveau d’intégration locale et d’automatisation élevé.

Stellantis a officiellement lancé, mercredi 15 juillet, la production industrielle de la Fiat Grizzly et de la Fiat Fastback dans son usine de Kénitra. Développés sur la nouvelle plateforme Smart Car, ces deux SUV viennent enrichir le portefeuille régional de Fiat et accompagner l’offensive du constructeur sur plusieurs marchés d’Afrique, du Moyen-Orient et de la Méditerranée. Leur industrialisation illustre également une nouvelle phase de développement du site marocain, appelé à jouer un rôle grandissant dans la stratégie industrielle du groupe.

Les deux véhicules reposent sur un système commun permettant de produire plusieurs motorisations sur une même base industrielle. La Fiat Fastback cible le segment des SUV coupés, tandis que la Fiat Grizzly mise sur une silhouette plus robuste destinée aux usages polyvalents. Au-delà de leur lancement commercial, ces modèles traduisent surtout la volonté de Stellantis d’accélérer le renouvellement de son offre tout en rationalisant ses coûts de production grâce à une plateforme unique.

Cette évolution dépasse le simple ajout de deux véhicules au catalogue de Fiat. Elle reflète la transformation engagée depuis plusieurs années sur le complexe de Kénitra, désormais conçu pour gagner en flexibilité, intégrer davantage de composants produits localement et répondre aux standards internationaux de qualité, quels que soient les marchés destinataires.

«Ce lancement illustre à la fois la montée en puissance de ce site et la capacité du Maroc à accueillir des projets automobiles toujours plus ambitieux et complexes», résume Samir Cherfan, Chief Operating Officer de Stellantis Middle East and Africa et responsable mondial de la micromobilité.

La visite des ateliers permet de mesurer concrètement cette mutation industrielle. Derrière la Fiat Grizzly et la Fiat Fastback apparaît un outil de production profondément modernisé, pensé pour accueillir plusieurs programmes industriels sur une même plateforme tout en améliorant les performances opérationnelles.

Depuis son inauguration par le roi Mohammed VI en 2019, le complexe a connu une forte montée en puissance. Les effectifs sont passés de 1.700 à 7.200 collaborateurs, avec un objectif de 9.300 emplois d’ici à la fin de 2026.

Parallèlement, la capacité annuelle installée atteint désormais 535.000 unités, dont 400.000 véhicules particuliers et 135.000 véhicules de micromobilité, auxquels s’ajoute une capacité de 350.000 moteurs par an.

Cette progression s’accompagne d’une montée en gamme des activités industrielles. Les sièges, les traverses de planche de bord ainsi que les batteries destinées aux véhicules électriques sont progressivement produits ou assemblés sur place, renforçant la création de valeur locale.

Le taux d’intégration atteint aujourd’hui 69%, tandis que Stellantis vise 75% à moyen terme. Au-delà du volume, l’objectif consiste désormais à intégrer davantage de composants technologiques afin d’accroître la compétitivité de l’écosystème automobile marocain.

Une production plus flexible

La visite dirigée par Mounir Kharbouche, directeur général du complexe industriel Stellantis de Kénitra, débute dans l’atelier de ferrage, où les différentes pièces de carrosserie sont assemblées avant d’être transformées en caisse. Deux outillages cohabitent: l’un est dédié à la Peugeot 208, l’autre à la plateforme Smart Car.

Cette organisation traduit l’une des principales évolutions du site. L’usine peut désormais produire plusieurs modèles sur une même base industrielle et ajuster rapidement les volumes selon la demande des marchés.

Les deux ateliers de ferrage disposent chacun d’une capacité de 30 véhicules par heure, soit une production cumulée de 60 véhicules par heure.

L’un est entièrement consacré à la plateforme Smart Car, tandis que le second conserve une architecture flexible permettant d’assembler simultanément la Peugeot 208 et les nouveaux modèles Fiat.

«Cette organisation nous permet de gérer plusieurs programmes industriels au sein d’un même site tout en maintenant les standards de qualité et de performance attendus», explique le directeur général du complexe industriel Stellantis de Kénitra.

À l’une des premières stations, les opérateurs procèdent au réglage de la face avant des véhicules. Le capot, les ailes et les différents éléments de carrosserie sont ajustés avec une précision millimétrique afin de garantir les jeux et affleurements qui constituent l’un des premiers critères de qualité perçus par le client.

Le processus s’appuie sur l’expérience acquise avec la Peugeot 208 tout en intégrant de nouvelles technologies. Des robots collaboratifs assistent désormais les opérateurs dans certaines opérations de vissage afin d’améliorer la précision des assemblages, de réduire la pénibilité des tâches et de renforcer la régularité des opérations.

Une qualité pilotée par la donnée

La montée en cadence du site s’accompagne d’une exigence accrue en matière de contrôle qualité. «Après le ferrage, chaque caisse rejoint une zone d’inspection où sa géométrie est vérifiée avant les étapes suivantes de production», précise Mounir Kharbouche.

Le dispositif le plus emblématique est le système Perceptron. Équipée d’environ 80 caméras, cette installation contrôle en temps réel 100% des caisses produites. Les écarts dimensionnels sont immédiatement détectés et localisés, permettant aux équipes d’intervenir sans interrompre le flux de fabrication.

Cette automatisation répond à un enjeu industriel majeur, soutient le directeur général du complexe industriel Stellantis de Kénitra, qui précise qu’«à mesure que Kénitra produit des véhicules destinés à des marchés plus diversifiés, les exigences de précision et de répétabilité deviennent déterminantes». Les systèmes de vision industrielle, l’analyse des données et les outils numériques occupent désormais une place centrale dans le pilotage quotidien de l’usine.

«Nous sommes passés d’une organisation industrielle essentiellement manuelle à un modèle davantage digitalisé, automatisé et connecté», souligne Samir Cherfan.

Cette transformation se retrouve également dans la logistique interne. De petits véhicules autoguidés (AGV) assurent désormais le transport des caisses et des composants entre les différents ateliers.

Leur singularité réside dans leur origine: ils sont conçus et fabriqués directement à Kénitra. Le complexe en a déjà produit près de 340, dont environ 250 sont déployés dans les ateliers. Selon Stellantis, cette fabrication interne permet de réduire d’environ 30% leur coût par rapport à un achat auprès de fournisseurs spécialisés.

Au-delà des économies réalisées, cette démarche renforce les compétences industrielles locales en électronique, en programmation et en maintenance. Elle participe également à l’évolution des métiers, les opérations de manutention laissant progressivement place à des activités à plus forte valeur ajoutée.

Cette logique s’observe dans toute l’usine. Les flux ont été conçus pour limiter les déplacements, optimiser l’utilisation de l’espace et réduire les stocks, qui représentent environ 1,8 jour pour certaines pièces embouties. Cette organisation améliore la compétitivité du site, mais exige une grande fiabilité des équipements et une forte réactivité des équipes de maintenance.

Une nouvelle génération d’atelier de peinture

La modernisation du complexe passe aussi par le nouveau bâtiment de peinture, conçu autour d’un procédé de cuisson entièrement électrique.

L’installation accueille surtout la technologie RoDip, dont Kénitra devient la deuxième usine Stellantis au monde à être équipée. Contrairement aux procédés classiques, les caisses effectuent une rotation complète de 360 degrés lors de leur immersion dans les bains de traitement, ce qui améliore la préparation des surfaces, renforce la protection anticorrosion et optimise l’utilisation de l’espace industriel.

À la sortie de cette étape, les véhicules rejoignent un système automatisé de stockage avant leur entrée dans l’atelier de montage final.

La plateforme Smart Car s’accompagne également d’un élargissement des activités réalisées sur le site. Les sièges des nouveaux modèles sont désormais assemblés à Kénitra avant d’être livrés directement sur la ligne de production selon l’ordre exact des véhicules.

Les portes suivent un circuit entièrement automatisé capable d’alimenter l’équivalent de 180 véhicules, tandis que de nouveaux équipements assistent les opérateurs lors de la pose des roues afin d’améliorer l’ergonomie et la régularité des opérations.

Ces évolutions illustrent une stratégie plus large: accroître progressivement la valeur ajoutée réalisée au Maroc en développant non seulement l’assemblage, mais aussi la fabrication de composants et la maîtrise des procédés industriels.

Fiat Grizzly et Fastback, symboles d’une nouvelle ambition industrielle

À l’issue de la chaîne de montage, chaque véhicule est soumis à une dernière série de contrôles portant sur les fonctions électriques, les réglages mécaniques, la géométrie et les finitions avant sa validation définitive.

Pour le ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, le lancement de la Fiat Grizzly et de la Fiat Fastback dépasse largement la présentation de deux nouveaux modèles.

«Il s’agit de l’aboutissement d’un travail industriel construit brique par brique, sur un site qui a porté ce projet depuis ses premières étapes et qui s’est profondément transformé pour pouvoir l’accueillir», souligne-t-il.

Le ministre estime que ces véhicules permettront à Stellantis de renforcer sa compétitivité dans un environnement marqué par une concurrence internationale de plus en plus intense, où les performances industrielles, les coûts de production et la rapidité de développement deviennent des facteurs déterminants.

Roberto Giolito, responsable du design extérieur de Fiat et Abarth, rappelle pour sa part que les deux modèles ont été pensés pour exprimer robustesse et dynamisme tout en exploitant pleinement les possibilités offertes par la plateforme Smart Car. L’habitacle reprend plusieurs références au Lingotto, l’usine historique de Fiat à Turin, notamment à travers des formes ovales et un tableau de bord enveloppant, tandis que les espaces de rangement atteignent 25 litres.

Le lancement industriel de la Fiat Grizzly et de la Fiat Fastback confirme une mutation avancée du complexe de Kénitra. Pour Stellantis comme pour l’écosystème automobile marocain, l’enjeu consiste désormais à convertir cette montée en puissance en gains durables de compétitivité, en valeur ajoutée locale et en volumes d’exportation sur des marchés toujours plus exigeants.

Par Mouhamet Ndiongue et Said Bouchrit
Le 16/07/2026 à 10h05