Né à Essaouira en 2016, le MOGA Festival y célèbre cette année ses dix ans. L’édition 2026 se déroule du 30 septembre au 4 octobre en deux temps: le MOGA OFF, gratuit et réparti dans différents lieux de la ville les deux premiers jours, puis le MOGA IN, du 2 au 4 octobre à l’Hôtel Le Golf d’Essaouira & Spa. Selon le programme, le OFF réunit cette année 51 événements, 30 activités et 18 lieux partenaires, entre DJ sets, ateliers d’artisanat, yoga et surf.
Tales of the Medina fait partie de ces activités. Elle s’est tenue mercredi 30 septembre et jeudi 1er octobre, de 17h à 18h. Le MOGA la présente comme une performance de storytelling menée par un acteur, qui doit faire découvrir les lieux marquants de la ville ainsi que les mythes et l’histoire qui ont façonné son identité.
Le guide, Hary Moumen, se présente comme «artiste multidisciplinaire». À ses côtés, Imane, gérante d’un riad à Essaouira et créatrice de vêtements, reprend en anglais chacune de ses interventions à l’adresse du groupe.
Avant le départ, une consigne: saluer toute personne croisée en chemin, d’un «Salam», d’un «Hi» ou d’un «Bonjour». Chaque participant se présente ensuite en associant son prénom à un geste, que le reste du groupe reproduit. Les échanges se font en darija, en français et en anglais.
Focus sur le ressenti
Le descriptif du MOGA annonçait des mythes, des mystères et l’histoire de la ville. Sur le terrain, Hary Moumen a pris une autre direction, qu’il explique à l’issue du parcours. «Je ne voulais pas leur raconter l’histoire d’Essaouira, accessible à tous, mais leur faire partager mon ressenti d’admirateur de la ville», déclare-t-il.
Ce ressenti repose sur une fréquentation ancienne. Le guide dit se rendre à Essaouira régulièrement depuis 2008 et évoque un premier passage en 2002. Il raconte y être souvent venu à l’époque où il écrivait, pour s’y poser avant de repartir. Plus tard, lorsqu’il pratiquait le street art, ses tournées à travers le pays s’achevaient toutes à Essaouira.
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Il oppose la ville à celle où il est né. Casablanca est, selon lui, une ville «un peu dure». Essaouira n’est pas pour lui «une zone de confort», mais «quelque chose de spirituel».
De là découle l’idée qui structure la visite: chacun vit la ville «selon son propre ressenti, sa passion, sa façon de voir les choses». Il invite chacun des participants à «chercher l’Essaouira qui est en lui». Selon le guide, lorsqu’un visiteur découvre «son» Essaouira, il peut ne plus vouloir en repartir. Certains, initialement venus pour un simple séjour, ont fini par s’y installer, allant jusqu’à y créer une activité «juste pour rester».
De Bab Sbaa à la place Moulay Hassan
Parti de Bab Sbaa, le groupe s’arrête d’abord sur la place Moulay Hassan que le guide décrit comme un lieu d’«arts de la rue», d’«activités économiques», un «écosystème». Il y forme un cercle autour de musiciens de rue. Leur répertoire mêle le français et la darija: une reprise d’«Aïcha» de Khaled, dont un passage est réécrit en darija pour évoquer Essaouira, puis des airs de chaâbi. Le groupe y chante, y danse et se rapproche peut-être un peu plus de ce qu’évoque Hary depuis le début du parcours…
La place Moulay Hassan est le premier lieu où il se rend lorsqu’il cherche un moment de quiétude. «C’est là que je trouve ma liberté. Tout le monde m’y paraît libre», confie-t-il.
En route vers le port, l’artiste revient sur sa consigne de départ. «Il faut savoir qu’Essaouira n’est pas seulement faite pour les festivals ou la musique, il y a aussi les habitants d’Essaouira qui ont leur propre énergie», explique-t-il. C’est la raison pour laquelle il a demandé aux participants de saluer les passants, qu’il décrit comme «tolérants, simples et accueillants».
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Dans les ruelles commerçantes de la médina, Imane énumère ce que le groupe découvre: de la musique, du dessin, des draps et des tissus de différentes couleurs. Une participante qualifie l’une d’elles de «magnifique». «Chaque espace a son âme», lui répond le guide.
Selon lui, le style visible dans la médina n’a pas été créé par Essaouira seule. «Ce sont ces gens qui sont venus et qui se sont installés, et l’interaction des cultures entre eux, c’est ce qui a laissé tout ça», dit-il. Le guide refuse de réduire la ville à son image colorée. «Tout le monde voit ces couleurs et pense que la ville se résume à ça. Essaouira est plus profonde que cela», déclare-t-il. Il la décrit comme «une success story de tout un groupe de jeunes» ayant monté leurs projets, parfois leurs marques.
La dernière partie du parcours conduit vers Bayt Dakira, la synagogue et l’ancien quartier juif. Ces lieux renvoient à une histoire documentée qui fait écho au discours tenu par le guide sur une ville «carrefour de tout un ensemble de cultures».
À l’issue du tour, le guide décrit une ville qui «prône énormément l’amour et la tolérance». Imane, qui accompagne le groupe en haïk blanc, fait le même lien: sa tenue reprend, explique-t-elle, celle que portaient autrefois les femmes d’Essaouira et sa couleur renvoie à «la paix et la tolérance».
Habitués et festivaliers: «apprendre» une ville déjà connue
Parmi les participants figure Fadoua, une Marocaine venue d’Orléans, en France. Elle fréquente Essaouira depuis des années, le week-end ou l’été, et dit y venir «depuis la naissance». Pourtant, elle n’avait «jamais vraiment visité» la ville. «C’est la première fois que je vais apprendre Essaouira», explique-t-elle avant le départ.
Venue pour des vacances, elle explique avoir entendu parler du festival à son arrivée et participer depuis à ses activités. Le OFF est présenté par ses organisateurs comme un moyen de faire se rencontrer festivaliers et habitants dans les lieux qui font l’identité de la ville.




