Prix de la littérature arabe de l’IMA: l’écrivaine marocaine Samira El Ayachi parmi les finalistes

Samira El Ayachi, autrice de "Madame Bovary, ma mère et moi", paru aux éditions de L'Aube en janvier 2026.

Samira El Ayachi, autrice de Madame Bovary, ma mère et moi, paru aux éditions de L'Aube en janvier 2026.

La romancière franco-marocaine Samira El Ayachi figure parmi les neuf finalistes du Prix de la littérature arabe 2026, décerné par la Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe (IMA), avec son roman Madame Bovary, ma mère et moi, paru aux Éditions de l’Aube.

Le 06/09/2026 à 10h43

Parmi les neuf ouvrages retenus pour cette 14ème édition, Madame Bovary, ma mère et moi, de Samira El Ayachi, est le seul livre marocain d’une sélection qui réunit également des auteurs d’Algérie, du Koweït, du Liban, de Palestine et de Tunisie.

Figurent également dans la sélection de l’IMA:

  • L’Impossible Roman de l’honorable monsieur K., de Taleb Alrefai (Koweït), traduit par Luc Barbulesco, Actes Sud;
  • Hind ou la plus belle femme du monde, de Hoda Barakat (Liban), traduit par Luc Barbulesco, Sindbad/Actes Sud;
  • Houaria, d’Inam Bioud (Algérie), traduit par Lotfi Nia, Philippe Rey;
  • Ici commence la terre, de Jadd Hilal (Liban/Palestine), Elyzad;
  • Chansons pour les ténèbres, d’Imane Humaydane (Liban), traduit par Marianne Babut, Gallimard, coll. «Verticales»;
  • Septentrionale, de Karim Kattan (Palestine), Elyzad;
  • Quatre jours sans ma mère, de Ramsès Kefi (Tunisie), Philippe Rey;
  • Le garçon ébloui, de Xavier Leclerc (Algérie), Gallimard.

Née en France de parents marocains, Samira El Ayachi tire une partie de son œuvre de l’histoire de sa famille, arrivée dans le Nord-Pas-de-Calais dans le sillage de l’immigration minière. Son précédent roman, Le ventre des hommes (Éditions de l’Aube, 2021), racontait déjà le destin de son père, mineur marocain employé pour fermer les dernières mines du bassin houiller, sans jamais avoir pu bénéficier du statut de mineur alors qu’il avait une famille de six enfants à charge.

Avec Madame Bovary, ma mère et moi, paru en janvier 2026 aux Éditions de l’Aube, l’écrivaine change d’angle sans quitter le terreau familial. Elle se penche cette fois sur trois générations de femmes et sur la relation mère-fille, en interrogeant la santé mentale des femmes de l’immigration, un sujet resté longtemps dans l’angle mort du récit collectif de l’immigration marocaine en France.

Le livre fait dialoguer trois figures féminines: une mère arrivée en France en 1978, depuis le sud du Maroc, dans le cadre du regroupement familial; sa fille, narratrice du roman; et… Emma Bovary, l’héroïne de Flaubert, dont cette dernière devait étudier le parcours pour le baccalauréat, mais dont elle avait oublié le livre le jour de l’examen. À travers de courts chapitres, écrits dans une langue vive et imagée, sans ordre chronologique, Samira El Ayachi tisse le quotidien d’une famille de six enfants installée dans un coron de la région de Lens, entre anecdotes, colères, fous rires et rébellions, à l’époque où le charbon rythmait encore la vie de toute une région. En choisissant de faire dialoguer sa mère avec le personnage de Flaubert, l’autrice interroge l’héritage que se transmettent les mères et les filles à travers les livres, et explore la solitude et le silence de ces femmes venues, dans les années 1980, rejoindre au nord de la France des maris mineurs qu’elles connaissaient à peine.

Un prix qui célèbre la diversité des littératures arabes

Créé il y a treize ans, le Prix de la littérature arabe s’est imposé comme l’une des rares distinctions françaises consacrées à la création littéraire issue du monde arabe. Il récompense un roman ou un recueil de nouvelles écrit par un auteur ou une autrice originaire d’un pays de la Ligue arabe, publié en arabe et traduit en français, ou directement rédigé en français. Pour cette édition, sont éligibles les ouvrages parus entre le 15 août 2025 et le 30 septembre 2026.

Chaque année, un comité de sélection passe en revue les publications récentes des maisons d’édition françaises et arabes, avant qu’un jury composé de personnalités des médias, des arts et de la culture, ainsi que de spécialistes du monde arabe, ne désigne le lauréat. Cette année, le jury sera présidé par l’écrivain et avocat Alexandre Najjar, lauréat du Grand Prix de la Francophonie 2020. Fait notable, une mention spéciale, dotée de 2.000 euros, viendra récompenser le traducteur ou la traductrice de l’un des ouvrages de la sélection finale, une manière de valoriser le travail souvent invisible de passage d’une langue à l’autre.

La remise du prix aura lieu en décembre 2026 à l’IMA, dans le cadre de la Semaine de la langue arabe, en présence d’Anne-Claire Legendre, présidente de l’institution.

Par Zineb Ibnouzahir
Le 06/09/2026 à 10h43