Moussem de Houara: quand la politique fait flamber le prix d’une tête de veau

Le moussem Moulay Abdellah Amghar, édition 2025. (A. Ettahiry/Le360)

Revue de presseAlors que la saison des tirs battait son plein à Houara, dans la région de Souss-Massa, une enchère hors norme – celle d’une tête de veau adjugée à 40.000 dirhams – a transformé le traditionnel moussem de Lakfifat en une scène inédite de compétition politique. Entre folklore et calculs électoraux, la manifestation ancestrale se trouve cette année au cœur d’une fièvre où les ambitions des candidats aux élections législatives rivalisent avec l’esprit des coutumes. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Assabah.

Le 04/09/2026 à 20h26

Dans la région de Souss-Massa, c’est dans l’effervescence coutumière de la saison de la chasse, ou «saison des tirs», que les élections législatives ont fait irruption, bousculant les rites établis du moussem de Houara. Mercredi dernier, dans le douar Kebir de Lakfifat, dans la province de Taroudant, une enchère sur une tête de veau a atteint un sommet inédit de 40.000 DH, suscitant la stupeur et l’attraction de la foule. Ce montant exceptionnel, loin des 2.000 DH des saisons antérieures, a mué la fête patrimoniale en un théâtre où se jouent désormais des rivalités d’influence politique.

Cette flambée des prix n’est pas le fruit du hasard: la coïncidence du moussem avec les échéances électorales imminentes a insufflé aux enchères une dimension nouvelle, rapporte Assabah de ce week-end (5 et 6 septembre). La présence remarquée de plusieurs candidats en campagne, parmi lesquels Abdessamad Kayouh, ministre et candidat de l’Istiqlal, Nadia Boudlal Bouhdoud, candidate du RNI, ou encore Hamid Al Massi, frère de Hanane Al Massi, candidate du PAM, a conféré à cette édition un caractère singulier, mêlant l’enthousiasme populaire à une atmosphère de compétition politique.

Selon Mahjoub Boucetta, habitant d’Ouled Taima, ce moussem, qui se tient chaque année durant les mois d’août et septembre sous l’égide des douars de Houara, a toujours été dédiée aux traditions locales, un espace d’échanges conviviaux où les enchères restaient mesurées et les produits locaux exposés à des prix modérés. Mais l’irruption des acteurs politiques, souligne-t-il, a cette fois rompu avec la mesure: la surenchère a dépassé le simple divertissement pour revêtir une tonalité électorale marquée, écrit Assabah.

Si la présence de ces personnalités dans un tel cadre témoigne d’une volonté de maintenir un lien direct avec les citoyens, elle n’en soulève pas moins une interrogation sur la perméabilité des manifestations populaires aux logiques politiciennes. En particulier lorsque l’objet de l’enchère – une tête de veau, symbole modeste mais chargé de sens au sein du moussem – devient le support inattendu d’ambitions qui le dépassent. Dès lors, la question s’impose: jusqu’où la campagne préélectorale peut-elle altérer l’âme d’une fête née pour célébrer l’authenticité des terroirs?

Par Hassan Benadad
Le 04/09/2026 à 20h26