Polémique sur l’importation des ovins: Fouzi Lekjaa remet les pendules à l’heure

Fouzi Lekjaa en meeting partisan à Berkane devant plus de 3.000 personnes. (M.Chellay/Le360)

Le 03/09/2026 à 19h50

VidéoEn meeting partisan à Berkane devant plus de 3.000 personnes, le ministre délégué chargé du Budget et membre du PAM, Fouzi Lekjaa, a répondu aux polémiques touchant son département, notamment sur l’importation du bétail. Rappelant la frontière stricte entre allocation des crédits et exécution des projets, il a dressé un bilan sans concession des blocages régionaux, tout en défendant le programme économique de son parti pour l’Oriental.

Fouzi Lekjaa a répondu à la polémique qui lui impute la responsabilité de l’importation des ovins. «Voulez-vous dire que j’étais partie prenante au point d’importer moi-même les moutons?», a lancé le ministre délégué chargé du Budget, membre du bureau politique du Parti authenticité et modernité (PAM). Une question par laquelle il a rappelé que fournir les crédits budgétaires est une chose et que les décisions d’exécution, qui reviennent aux départements gouvernementaux concernés, en sont une autre.

Fouzi Lekjaa s’exprimait ce jeudi 3 septembre à Berkane, lors d’une rencontre partisane organisée par le PAM dans la province. Dirigeants du parti, ministres et membres venus des différentes provinces de l’Oriental étaient présents. La salle, comble, a accueilli quelque 3.000 personnes, et bien d’autres souhaitaient assister à la rencontre sans pouvoir y accéder, faute de places.

Devant cette affluence, Fouzi Lekjaa a d’ailleurs confié préférer se retrouver parmi le public plutôt qu’à la tribune, marquant sa volonté de rester au plus près des citoyens de sa région. Des propos qui répondent aux critiques dont il fait l’objet au sujet de certains programmes de soutien et d’importation. Déterminer les responsabilités suppose de revenir aux attributions de chaque secteur au sein du gouvernement, sans tout ramener au seul ministère du Budget, a expliqué Fouzi Lekjaa.

Le membre du bureau politique du «tracteur» tient à cette distinction entre l’affectation des crédits et la responsabilité directe de l’exécution des projets. Une allusion au débat qui a entouré la gestion de plusieurs chantiers publics.

Le ministre délégué a cité des projets qui ont attendu des années avant de sortir de terre. Le complexe culturel de Berkane et l’hôpital provincial sont restés en souffrance alors que les crédits qui leur étaient destinés étaient disponibles. Traiter les causes de ces blocages doit figurer en bonne place parmi les priorités du prochain gouvernement, a-t-il estimé. Une pique à peine voilée à l’adresse de l’exécutif, dont plusieurs promesses sont restées lettre morte.

Les citoyens comprennent mal qu’un projet financé dans le budget reste à l’arrêt pendant des années, a-t-il admis. Ces situations exigent une réponse gouvernementale qui garantisse la transformation des crédits votés en réalisations concrètes.

Fouzi Lekjaa a aussi défendu son choix d’entrer en politique par la porte du PAM. Pourquoi l’engagement politique d’un citoyen inquiète-t-il certains? s’est-il demandé. Il s’est étonné de voir les éloges qu’on lui adressait avant son adhésion se transformer en critiques directes sitôt son engagement partisan annoncé.

Son lien avec l’Oriental fait que les questions liées au développement de la région dépassent chez lui les considérations partisanes, a-t-il assuré, disant sa fierté d’appartenir à cette région et de défendre ses besoins.

Fouzi Lekjaa a ensuite dressé un diagnostic sans concession de la situation de l’Oriental. Une région au potentiel considérable, mais dont la réalité sur le terrain reste en deçà de ce que ses atouts permettent d’espérer. Il est revenu sur les investissements dont elle a bénéficié. Les projets structurants liés aux ports et aux infrastructures, Nador West Med en tête, comptent selon lui parmi les chantiers capables de changer la place économique de la région.

L’étendue du territoire et la diversité des reliefs imposent toutefois une approche de développement adaptée aux spécificités de chaque province, de Berkane et Saïdia jusqu’à Nador et la façade méditerranéenne. Les atouts naturels et touristiques doivent devenir des investissements qui se répercutent directement sur l’emploi et les revenus des jeunes, a-t-il insisté.

Le littoral méditerranéen du Royaume recèle des potentialités touristiques importantes qui attendent encore un investissement plus fort, a-t-il poursuivi. La priorité doit aller aux projets capables de faire bouger l’économie locale, en liant l’investissement à la création d’emplois pour les jeunes de la région, au lieu de lancer des chantiers sans mesurer leur impact économique et social. Là encore, le message adressé aux gouvernants est clair: les annonces ne suffisent plus, les habitants de l’Oriental attendent des résultats.

Sur le terrain politique, le membre du bureau politique du PAM a appelé à concentrer le débat sur les programmes et les chiffres plutôt que de l’épuiser dans la «polémique» et les surenchères marginales. Le Parti authenticité et modernité a présenté un programme électoral complet qui associe investissement, croissance économique et réponse aux problématiques sociales des citoyens, avec en tête la cherté de la vie, le recul du pouvoir d’achat et la situation de la santé et de l’éducation, a-t-il rappelé.

Exécuter les engagements du PAM demande de mobiliser des crédits supplémentaires proches de 70 milliards de dirhams par an, a-t-il ajouté. Le parti a présenté sa conception du financement et de la mise en œuvre de ces engagements. Ce programme constitue, à ses yeux, un contrat entre le PAM et les citoyens, et le véritable enjeu consiste à transformer les promesses en mesures exécutables et financées de manière claire.

Fouzi Lekjaa a conclu en affirmant la continuité de sa présence politique dans l’Oriental et sa défense des priorités de la région. Les partis et les responsables doivent être jugés sur leur capacité à apporter des solutions pratiques aux citoyens et à exécuter les programmes, loin des batailles politiques impuissantes à répondre aux questions de l’emploi, de l’investissement, du pouvoir d’achat, de la santé et de l’éducation.

Par Mohammed Chellay
Le 03/09/2026 à 19h50