Législatives: le spectre de l’invalidation plane sur les candidats transfuges

Une urne transparente reçoit un bulletin de vote.

Une urne transparente reçoit un bulletin de vote. . DR

Revue de presseAlors que le compte à rebours est lancé pour le prochain scrutin législatif, de nombreuses figures politiques ayant changé de bannière partisane se retrouvent dans une impasse administrative. Entre blocages juridiques, litiges financiers avec leurs partis d’origine et menaces d’inéligibilité liées à des affaires judiciaires, le phénomène de la transhumance politique se heurte cette fois à un strict filtre institutionnel. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Assabah.

Le 03/09/2026 à 19h34

À l’approche des échéances électorales législatives, la question du nomadisme politique refait surface au Maroc avec une acuité particulière, alors que plusieurs candidats transfuges voient leurs dossiers de candidature menacés de rejet. «Face au mur des conditions juridiques et administratives fixées par la loi, de nombreuses figures politiques passées d’une formation à une autre se retrouvent aujourd’hui en difficulté, incapables de valider leur dossier à temps», rapporte le quotidien Assabah dans son édition du vendredi 4 septembre.

Des blocages majeurs ont déjà été constatés dans plusieurs circonscriptions, notamment à Fès et Taounate, tandis que d’autres rejets sont attendus dans les circonscriptions de Casablanca. En cause : l’incapacité de plusieurs candidats à régulariser leur situation financière et leurs engagements de mandataires auprès de leurs partis d’origine avant d’engager leur ralliement sous de nouvelles couleurs. La procédure exige en effet la finalisation complète des démarches de rupture formelle avec l’ancienne formation politique, une condition que certains n’ont pas remplie, à l’image du chef de liste de l’Union Constitutionnelle dans la préfecture d’Aïn Chock, issu du Rassemblement National des Indépendants.

Cette situation suscite un étonnement grandissant au sein des instances dirigeantes des partis d’origine. «Celles-ci déplorent que ces élus nomades aient quitté les rangs sans apurer leurs comptes ni régler le sort des responsabilités organisationnelles et des mandats électifs qu’ils exerçaient jusqu’alors sous leur ancienne étiquette politique, comme c’est le cas pour un adjoint au maire de Casablanca», souligne Assabah.

Anticipant d’éventuels rejets administratifs ou l’invalidation de têtes de liste à la dernière minute, plusieurs formations d’accueil ont commencé à préparer des candidatures de substitution. Ces partis redoutent que le processus de vérification des dossiers par les autorités territoriales ne mette au jour des empêchements légaux, notamment pour des candidats sous le coup de décisions de justice ou de poursuites judiciaires, ce qui risquerait de désorganiser leurs appareils de campagne à l’aube du scrutin.

Au-delà de la dimension purement administrative, ce phénomène de transhumance politique suscite de vives critiques quant à son impact sur la crédibilité de l’action publique. Selon des sources citées par Assabah, le recrutement opportuniste d’élus locaux ou de parlementaires aguerris uniquement pour leur capacité à drainer des voix envoie un signal délétère aux citoyens, réduisant le vote à une simple marchandise et reléguant les programmes et les convictions au rang de simples décors de campagne.

Ce constat est partagé par le camp des militants historiques au sein des formations politiques, qui dénoncent une pratique altérant le paysage politique et constituant un facteur majeur d’abstentionnisme. Pour l’électeur, voir le candidat pour lequel il a voté changer d’orientation politique en cours de route transforme le jeu démocratique en une forme de théâtralisation où les acteurs changent d’étiquette au gré de leurs intérêts personnels.

Également cité par Assabah, Rachid Lazraq, professeur de droit public et de sciences politiques, qualifie cette pratique de véritable commerce au sein des blocs électoraux. Selon lui, «cette démarche réduit l’acte démocratique au transfert de voix plutôt qu’à la représentation de volontés, transformant le champ électoral en un calcul marchand drapé de slogans vertueux». De son côté, le président du Centre d’études et de recherches de l’Afrique du Nord sur l’évaluation des politiques publiques souligne que «le phénomène ne relève plus d’initiatives individuelles, mais constitue désormais le miroir d’une structure permettant le recyclage permanent des élites sans aucune exigence de redevabilité éthique ou politique».

Par La Rédaction
Le 03/09/2026 à 19h34