L’instauration de tarifications pour les formations universitaires à horaire aménagé déclenche une tempête médiatique et sociale au sein de l’enseignement supérieur marocain. «Alors que les facultés à accès ouvert préparent la nouvelle rentrée académique sous l’égide de la loi 59.24 relative à l’enseignement supérieur, l’obligation faite aux salariés et fonctionnaires de financer leurs études en cours du soir ou le week-end remet brutalement en question le principe de l’égal accès au savoir tout au long de la vie», relève le quotidien Al Akhbar dans son édition du vendredi 4 septembre.
Pour de nombreux établissements déjà confrontés au surpeuplement et au manque chronique d’encadrement, la quête d’issues juridiques ou de dérogations est devenue prioritaire afin d’exonérer une part importante de leur effectif professionnel, tandis que les syndicats enseignants, les organisations de défense des droits et les représentations étudiantes réclament sans détour le retrait pur et simple de cette réforme tarifaire.
Au cœur des griefs réside la facture imposée aux apprenants issus du monde du travail. Si l’harmonisation récente fixe des montants pouvant aller de 5.000 dirhams par an pour une licence à 15.000 dirhams pour un master et jusqu’à 20.000 dirhams pour un cursus doctoral, la facture globale s’élève sur plusieurs années à des sommes considérables, atteignant parfois des dizaines de milliers de dirhams pour des diplômes spécialisés ou des masters exécutifs. «Une telle charge financière pénalise lourdement les travailleurs rémunérés au salaire minimum ou appartenant aux tranches inférieures de la classe moyenne», souligne Al Akhbar.
Même si la Conférence des présidents d’universités préconise une exonération ciblée pour les bas revenus ne dépassant pas le SMIG, cette modalité exclut une large catégorie d’employés modestes qui se trouvent pris en étau entre la hausse du coût de la vie quotidienne et le coût élevé de leur promotion sociale par le savoir.
De son côté, la tutelle ministérielle défend l’opération en affirmant que l’introduction du temps aménagé payant ne remet aucunement en cause le principe fondamental de la gratuité de l’enseignement public initial, lequel demeure strictement réservé aux étudiants à plein temps. Selon les autorités, les recettes générées par ces cursus professionnels doivent apporter des ressources propres indispensables à la modernisation des infrastructures, au recrutement d’enseignants vacataires et à l’amélioration de la qualité de l’encadrement pédagogique et scientifique. Toutefois, cette argumentation se heurte à une contestation grandissante qui critique une marchandisation progressive de l’université publique.
Face au risque de renoncement aux études pour de nombreux salariés, plusieurs universités tentent de développer des mécanismes de soutien social interne pour alléger la pression. Alors que le paysage académique connaît une restructuration profonde marquée par la création de nouveaux établissements et la redéfinition des spécialités, la question de l’autonomie financière par l’imposition de frais d’inscription s’impose comme un véritable test politique et social. Entre impératifs d’équité, défis de gouvernance et recherche d’équilibre budgétaire, le modèle d’accès à l’université publique marocaine traverse une zone de fortes turbulences.




