Avant les législatives 2026, Dizzy Dros mène campagne...contre la classe politique

Dizzy Dros, rappeur marocain, dans le teaser de son prochain clip «HRRSS».

Le 01/06/2026 à 13h11

VidéoÀ un peu plus de 100 jours des législatives, le rappeur Dizzy Dros publie le teaser de son nouveau clip, «HRRSS». Le titre s’attaque frontalement à l’immobilisme d’une classe politique que l’artiste juge incapable de tenir ses promesses de transformation sociale.

Le calendrier n’est pas anodin. Le 23 septembre prochain, les 395 sièges de la Chambre des représentants seront remis en jeu. C’est dans ce contexte que Dizzy Dros, de son vrai nom Omar Souhaili, choisit de prendre position. «HRRSS», dont le teaser est disponible dès aujourd’hui sur sa chaîne YouTube officielle et ses réseaux sociaux, se construit comme un réquisitoire contre les alternances politiques successives: celles qui se suivent, selon l’artiste, en laissant derrière elles les mêmes fractures sociales et les mêmes engagements non tenus.

Le mot «HRRSS» lui-même, extrait de la darija, porte une double charge sémantique: la vigilance d’un côté, la rupture de l’autre.

Le teaser s’ouvre sur une affiche. Celle d’une entreprise appelée Sotiby devant laquelle Dizzy Dros se présente. Elle y annonce: «Vendez votre voix et libérez-vous de la responsabilité», tarifée à 199,99 dirhams. La mécanique satirique est posée dès les premières secondes: le vote comme transaction commerciale, la citoyenneté comme marchandise bradée à prix de détail.

L’artiste pénètre ensuite le siège de Sotiby, glissé dans la peau d’un candidat: cheveux ramassés, chemise, veston, chaussures en cuir, tout d’un bureaucrate ordinaire. Sauf les chaussettes. Jaune pétant. Il monte jusqu’au 395ème étage, référence directe au nombre exact de sièges que les Marocains sont appelés à pourvoir en septembre. À l’intérieur, tout le monde s’y ressemble et le décor est traité en teintes monotones, grises, désaturées.

L’entretien lui-même fonctionne en trois temps. L’interviewer amorce une question: «Ce n’est pas toi qui…» et Dizzy Dros, par réflexe, répond non de la tête avant même d’en entendre la fin. Puis son interlocuteur reformule: «Ce n’est pas toi qu’on a appelé la semaine dernière?» Cette fois, il acquiesce. Le glissement entre les deux réponses, l’une instinctive et l’autre recalibrée, dit quelque chose sur l’identité qu’adopte son personnage selon le contexte. Le rappeur y fait par ailleurs une allusion explicite à son clip M3A L3ECHRANE, convoqué en flashback.

Vient ensuite l’échange le plus décalé: l’interviewer demande quel est le meilleur animal au monde. Dizzy Dros observe le bureau, repère des motifs de zèbre sur plusieurs éléments de décoration et répond: le zèbre. L’interviewer relance: quel bruit fait le zèbre? L’artiste commence alors à fredonner ce qu’on devine être un fragment de la musique du clip. La scène, à mi-chemin entre l’absurde et la satire politique, referme le teaser sur une promesse sonore plutôt que sur un discours.

«HRRSS» s’inscrit dans une tradition, celle de l’engagement politique articulé depuis la culture populaire. La charge est systémique: ce sont les gouvernements successifs dans leur ensemble que Dizzy Dros cible.

À quelques mois d’un scrutin où la mobilisation des jeunes reste un enjeu crucial, l’artiste choisit méticuleusement son moment et son format pour faire entendre sa voix. Bien que le visuel complet de son clip demeure secret, cette initiative l’impose comme un acteur engagé, maître de son timing.

Par Camilia Serraj
Le 01/06/2026 à 13h11