Artiste marocain aux multiples registres, Taha Nouri trace depuis plusieurs années un parcours singulier à la croisée de la musique, de l’écriture et du cinéma. Originaire de Ksar El Kébir, il grandit dans un univers bercé par les sonorités populaires marocaines avant d’affiner sa sensibilité artistique au conservatoire, puis à travers des études en audiovisuel et en cinéma. Après avoir exploré plusieurs styles musicaux et instruments, il choisit de renouer avec le patrimoine traditionnel marocain qu’il revisite avec une approche contemporaine. Révélé au grand public grâce à la série «Trois joies» du réalisateur Driss Sawab, il impose progressivement sa signature dans la fiction marocaine. Sa chanson «El Adaou», retenue pour le générique de la série «Ach Tmaa» diffusée durant le Ramadan 2026 sur Al Aoula, connaît un large succès viral. Alors que son premier album «El Medfoun» est attendu prochainement, Le360 l’a rencontré à l’occasion de son dernier concert solo, donné le 2 mai à Rabat.
Le360: entre le personnage que l’on découvre sur les réseaux sociaux et l’artiste qui revendique un profond attachement au patrimoine marocain, qui êtes vous réellement? Et comment votre parcours musical s’est-il construit?
Taha Nouri: je suis un artiste marocain, auteur, compositeur et interprète, originaire de Ksar El Kébir. J’ai grandi dans un univers profondément marqué par la musique, que je pratique depuis l’enfance. J’ai fréquenté le conservatoire de ma ville, même si je n’étais pas particulièrement assidu, car j’étais davantage attiré par la musique marocaine que par le répertoire classique enseigné.
Très tôt, j’ai ressenti le besoin d’explorer plusieurs styles musicaux, instruments et disciplines artistiques. Derrière l’image que le public connaît aujourd’hui, il y a surtout un long travail de recherche, d’expérimentation et d’évolution personnelle. Chaque étape de ce parcours a contribué à construire mon identité artistique.
Vous revisitez aujourd’hui plusieurs chansons du patrimoine marocain. D’où vous vient cette volonté de réinterpréter ce répertoire traditionnel dans une approche contemporaine?
J’ai toujours été profondément attiré par cette musique omniprésente dans les cérémonies et les fêtes populaires. Longtemps, j’ai pourtant eu le sentiment qu’un jeune artiste ne pouvait pas véritablement s’en emparer, tant notre génération était spontanément associée au rap ou à la pop. Puis est né chez moi un besoin de retour aux racines, accompagné d’une volonté de contribuer à la réhabilitation et à la transmission de ce patrimoine.
Cette revalorisation du patrimoine marocain s’inscrit aujourd’hui dans une dynamique plus large liée au soft power culturel. Pensez-vous que ce choix artistique a contribué à votre visibilité actuelle?
Honnêtement, je ne raisonne pas de cette manière. Le public marocain m’a surtout découvert à travers la série Trois Joies de Driss Sawab. Les gens m’y ont vu dans un registre traditionnel et l’accueil a été très positif. Cela m’a naturellement encouragé à poursuivre dans cette direction.
«Depuis des années, les réalisateurs sollicitent des artistes pour signer des génériques ou des bandes originales, car leur univers musical apporte une véritable dimension supplémentaire aux productions, surtout lorsque le musicien bénéficie déjà d’une identité artistique familière au public.»
— Taha Nouri, chanteur compositeur.
Comment s’est faite votre entrée dans l’univers de la fiction marocaine? Votre morceau pour le générique de la série Ach Tmaa, diffusée pendant le dernier Ramadan sur Al Aoula, a notamment connu un grand succès. Que représente ce type de collaboration pour un musicien?
Après l’obtention de mon baccalauréat, j’ai poursuivi des études en audiovisuel et en cinéma. J’ai toujours été convaincu que la musique joue un rôle essentiel dans un film ou dans n’importe quelle production télévisuelle. C’est une relation de complémentarité: le musicien nourrit l’œuvre audiovisuelle, tandis que le cinéma offre une nouvelle dimension à la musique.
Depuis des années, les réalisateurs sollicitent des artistes pour signer des génériques ou des bandes originales, car leur univers musical apporte une véritable dimension supplémentaire aux productions, surtout lorsque le musicien bénéficie déjà d’une identité artistique familière au public.
Avec l’évolution de la fiction marocaine, on a le sentiment que la visibilité des musiciens s’est renforcée. Comment fonctionne cette collaboration entre réalisateurs et compositeurs?
Chaque réalisateur a sa propre méthode de travail. Driss Sawab, par exemple, m’envoyait le scénario avant même le début du tournage. Cela me permettait de m’imprégner de l’histoire, des personnages et de l’univers de la série avant de commencer à composer.
D’autres préfèrent fonctionner différemment et demandent d’abord à découvrir vos propositions musicales. C’est ce qui s’est passé avec Ach Tmaa. La chanson du générique n’avait pas été écrite pour la série à l’origine. Elle faisait partie de mon prochain album, El Medfoun, qui sortira bientôt.
Lorsque la société de production m’a contacté, elle m’a demandé de présenter plusieurs morceaux déjà disponibles. Leur choix s’est porté sur El Adaou. Après cette sélection, j’ai retravaillé la chanson et modifié certains passages afin qu’elle corresponde davantage à l’univers de la série.




