Après avoir quasiment disparu du paysage sanitaire marocain pendant plusieurs décennies, la diphtérie refait son apparition dans certaines régions du Royaume. Deux foyers familiaux ont notamment été signalés dans la région d’Agadir Ida-Outanane et dans la province de Chtouka-Aït Baha, avec des cas ayant entraîné des décès.
Pour le Dr Ahmed Lahlou, spécialiste des maladies de l’enfant et du nourrisson, cette résurgence doit rappeler la dangerosité d’une maladie que les médecins connaissent depuis longtemps. «La diphtérie est une ancienne maladie, bien connue des professionnels de santé. Même si le Maroc n’a pas enregistré de circulation importante pendant plus de trente ans, elle reste une maladie potentiellement très grave», explique-t-il.
La particularité de la diphtérie tient surtout à la bactérie qui en est responsable et, dans les formes les plus graves, à la toxine qu’elle peut produire. Cette toxine est à l’origine d’une grande partie des complications de la maladie. Elle peut notamment atteindre les voies respiratoires, mais aussi se diffuser dans l’organisme et affecter des organes comme le cœur et le système nerveux.
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«Le problème avec cette bactérie, ce n’est pas seulement l’infection locale. Certaines formes produisent une toxine très puissante qui peut provoquer des complications générales», souligne le pédiatre.
Des symptômes qui peuvent passer inaperçus
Les premiers symptômes de la diphtérie peuvent facilement être confondus avec ceux d’une infection ORL banale. L’enfant peut avoir de la fièvre, ressentir une douleur à la gorge, être fatigué et éprouver des difficultés à avaler.
«Au début, les symptômes peuvent être trompeurs. On peut avoir de la fièvre, un mal de gorge et une gêne pour avaler, comme dans beaucoup d’autres infections», explique le Dr Lahlou.
Mais l’évolution de la maladie peut rapidement faire apparaître un signe beaucoup plus caractéristique: une membrane épaisse qui se forme dans la gorge. «Ce qui doit attirer l’attention, c’est cette sorte de membrane ou de peau blanchâtre ou grisâtre qui adhère fortement à la gorge. Ce n’est pas une simple tache blanche. Elle est véritablement collée aux tissus», précise-t-il.
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Cette pseudomembrane peut progressivement s’étendre et gêner le passage de l’air. Dans les formes sévères, la respiration devient alors difficile, voire compromise. L’Organisation mondiale de la santé décrit également cette membrane épaisse comme l’un des signes caractéristiques de la diphtérie respiratoire, avec un risque d’atteinte des voies respiratoires.
«Lorsqu’elle progresse, cette membrane peut obstruer les voies respiratoires et provoquer une véritable détresse respiratoire. C’est à ce moment-là que le pronostic peut devenir très grave», avertit le spécialiste.
Pourquoi la diphtérie peut-elle être mortelle?
Le danger ne se limite toutefois pas à l’étouffement. La toxine produite par certaines souches de la bactérie peut passer dans le sang et atteindre d’autres organes. Le cœur et le système nerveux figurent parmi les principales cibles.
«La toxine peut atteindre le muscle cardiaque et provoquer des complications très sévères. Elle peut également toucher le système nerveux», explique le Dr Lahlou. Dans les cas les plus graves, ces atteintes peuvent conduire à des troubles neurologiques, à un coma ou encore à un arrêt cardiaque brutal.
C’est précisément cette capacité de la maladie à évoluer d’une infection apparemment banale vers une atteinte beaucoup plus grave qui impose une prise en charge rapide. «Il ne faut surtout pas attendre que l’enfant soit dans une situation de détresse respiratoire pour consulter. Plus on intervient tôt, plus on réduit le risque de complications», insiste le pédiatre.
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La maladie se transmet principalement par les gouttelettes respiratoires lors de contacts rapprochés avec une personne infectée, notamment lorsqu’elle tousse ou éternue. Les contacts au sein d’une même famille ou dans des lieux de vie collective peuvent ainsi favoriser sa transmission.
Le vaccin reste la principale protection
Si la diphtérie est devenue rare au Maroc, c’est précisément grâce à la vaccination. Le programme national d’immunisation protège les enfants contre cette maladie à travers un vaccin combiné avec d’autres valences, notamment contre le tétanos et la coqueluche.
Pour le Dr Lahlou, la réapparition de cas doit surtout être l’occasion de vérifier que les enfants sont bien protégés. «Les enfants qui ont reçu leur schéma vaccinal complet bénéficient d’une bonne protection. Le problème concerne surtout ceux qui n’ont pas été vaccinés ou dont les vaccinations ne sont pas à jour», souligne-t-il.
La vaccination ne doit d’ailleurs pas être considérée comme une protection devenue inutile parce que la maladie a été rarement observée pendant des années. «Le fait qu’on ne voie presque plus une maladie ne veut pas dire qu’elle n’existe plus. Tant que la bactérie circule quelque part, elle peut être réintroduite et toucher les personnes qui ne sont pas suffisamment protégées», rappelle le médecin.
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Le calendrier national prévoit plusieurs doses dès les premiers mois de la vie, puis des rappels destinés à maintenir la protection dans le temps. Le ministère de la Santé rappelle que le vaccin contre la diphtérie est administré dans le cadre du programme national d’immunisation, avec notamment des doses à 6, 10 et 14 semaines, puis un rappel à 18 mois.
«Il est essentiel que les parents vérifient le carnet de vaccination de leurs enfants et qu’ils rattrapent les doses qui auraient pu être manquées», insiste le Dr Lahlou.
Ne pas attendre face aux signes d’alerte
Pour le spécialiste, le message à retenir reste donc celui de la vigilance, sans céder à la panique. Un mal de gorge ou une fièvre isolée ne signifie évidemment pas qu’il s’agit d’une diphtérie. Mais certains signes doivent pousser à consulter rapidement, notamment l’apparition d’une membrane inhabituelle dans la gorge, des difficultés importantes à avaler, un gonflement du cou ou surtout une gêne respiratoire.
«Dès qu’il existe une suspicion, il faut faire les examens nécessaires et ne pas perdre de temps», affirme le pédiatre. Le diagnostic et la prise en charge précoces permettent en effet de réduire considérablement le risque de complications. L’OMS recommande, en cas de suspicion, de procéder rapidement aux examens et de commencer le traitement sans attendre inutilement la confirmation lorsque le contexte clinique le justifie.
Le traitement repose notamment sur des antibiotiques et, selon les situations, sur l’antitoxine diphtérique destinée à neutraliser la toxine circulante. Les personnes ayant été en contact avec un cas peuvent également faire l’objet d’une prise en charge préventive et d’une vérification de leur statut vaccinal.
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«Le traitement existe et il est d’autant plus efficace qu’il est administré tôt. En revanche, lorsque le patient arrive déjà dans une situation d’étouffement ou avec des complications cardiaques, la prise en charge devient beaucoup plus lourde», prévient le Dr Lahlou.
Pour le médecin, la prévention reste donc le meilleur rempart. «La vaccination est la meilleure protection contre cette maladie. Il faut continuer à vacciner les enfants, respecter les rappels et ne pas attendre la réapparition de plusieurs cas pour se rappeler que la diphtérie peut être grave», conclut-il.




