Dans un communiqué publié ce lundi 28 septembre 2026, le ministère de la Santé et de la Protection sociale fait état de la détection de deux foyers familiaux limités de diphtérie dans la région Souss-Massa. Le premier se situe dans la préfecture d’Agadir Ida-Outanane, le second dans la province de Chtouka Aït Baha.
Selon le département de tutelle, un seul cas a été confirmé en laboratoire à ce stade. Huit autres cas font l’objet d’investigations et sont en attente de confirmation biologique. Parmi eux figurent deux décès.
Le ministère indique avoir activé le protocole de riposte épidémiologique dès la détection des cas. Les équipes d’intervention rapide du Groupement sanitaire territorial (GST) Souss-Massa ont lancé une enquête épidémiologique et une recherche active d’autres cas. Les personnes contacts ont été identifiées et font l’objet d’un suivi. Elles reçoivent un traitement préventif par antibiotiques ainsi qu’une vaccination, conformément aux mesures sanitaires en vigueur.
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Le communiqué inscrit ces cas dans un contexte international marqué, ces dernières années, par la réapparition de la diphtérie dans plusieurs pays. Cette résurgence s’accompagne, selon le ministère, d’un recul de la couverture vaccinale et de la diffusion de fausses informations sur les vaccins.
En cas de symptômes évocateurs, le ministère appelle à se rendre sans délai dans l’établissement de santé le plus proche pour un diagnostic et une prise en charge adaptés. Il recommande d’éviter tout contact rapproché en attendant l’évaluation médicale.
Le département de la Santé invite également les parents et tuteurs à vérifier les carnets de vaccination de leurs enfants, à rattraper les doses manquantes et à respecter le calendrier national de vaccination.
Une première depuis plus de vingt ans
Pour Tayeb Hamdi, médecin chercheur en politiques et systèmes de santé et vice-président de la Fédération nationale de la santé (FNS), ces cas justifient une vigilance accrue. Le Maroc n’avait enregistré aucun cas de diphtérie depuis plus de vingt ans, rappelle-t-il. La confirmation d’un seul cas marque donc une rupture avec cette situation.
Le spécialiste replace ces cas dans un contexte de résurgence de la maladie à l’échelle mondiale. L’Afrique est particulièrement concernée, avec des flambées signalées par l’Organisation mondiale de la santé. Des cas sont aussi relevés chez les voisins directs du Maroc, comme la Mauritanie et l’Algérie. En Europe, des cas sont également rapportés, principalement parmi des populations migrantes, détaille-t-il.
La diphtérie est une infection bactérienne aiguë causée principalement par Corynebacterium diphtheriae. Selon Tayeb Hamdi, la gravité de la maladie ne tient pas à la seule présence de la bactérie. Elle vient de sa capacité à sécréter une toxine «extrêmement puissante», la toxine diphtérique.
La forme respiratoire est la plus fréquente et la plus grave. Elle se manifeste par une forte fièvre, des maux de gorge sévères, un gonflement du cou et une toux. Des «fausses membranes» grisâtres et très adhérentes se forment dans la gorge. Elles peuvent obstruer les voies aériennes et provoquer une asphyxie. Il existe aussi une forme cutanée, plus rare et généralement moins sévère.
La transmission se fait principalement par voie aérienne directe, à travers les gouttelettes expulsées lors de la toux, des éternuements ou de la parole. Elle peut aussi survenir, plus rarement, par contact direct avec des lésions cutanées ou des objets fraîchement souillés.
Une maladie «évitable par la vaccination»
La diphtérie est une maladie entièrement évitable par la vaccination. Le vaccin ne vise pas directement à détruire la bactérie. Il permet de neutraliser la toxine qu’elle produit.
Comment des personnes vaccinées peuvent-elles développer des formes graves? Tayeb Hamdi avance deux explications. La résurgence mondiale de la maladie tient d’abord à la baisse de la couverture vaccinale dans certaines régions du monde. L’immunité conférée par le vaccin s’estompe ensuite avec le temps. Les adultes de 20, 30 ou 40 ans vaccinés dans leur enfance, qui n’ont pas fait leurs rappels périodiques, voient leur taux d’anticorps baisser progressivement. Lorsque l’immunité collective ou individuelle faiblit, la bactérie retrouve un terrain propice à sa circulation. Elle peut alors provoquer des formes toxiques sévères.
La gravité de la maladie repose sur deux mécanismes majeurs, explique le médecin. Le premier est l’asphyxie mécanique provoquée par la progression des fausses membranes dans le larynx ou la trachée. Le second est la diffusion de la toxine dans le sang. Elle peut causer des atteintes cardiaques sévères, en particulier une myocardite, principale cause de mortalité. Elle peut aussi entraîner des atteintes neurologiques, comme des paralysies, ainsi que des atteintes rénales.
La prise en charge obéit à des protocoles urgents. Tout cas suspect ou confirmé doit être placé immédiatement en isolement strict, jusqu’à la négativation des prélèvements, soit deux tests négatifs espacés de 24 heures. Le traitement repose sur l’administration précoce d’antibiotiques et de sérum antidiphtérique. Cette antitoxine permet de neutraliser la toxine circulante avant qu’elle ne se fixe sur les organes vitaux. Les personnes en contact étroit avec un malade sont temporairement isolées et écartées de l’école ou du travail. Elles sont dépistées, reçoivent des antibiotiques à titre préventif ainsi qu’une dose de rappel du vaccin.
Face au risque de circulation de la bactérie, Tayeb Hamdi insiste sur trois priorités de santé publique. La première est le rattrapage vaccinal urgent des enfants non vaccinés ou incomplètement vaccinés, ainsi que l’administration de doses de rappel aux adultes dont la vaccination est ancienne. La deuxième est le renforcement de la surveillance épidémiologique, avec une vigilance clinique élevée dans les structures de soins et une consultation précoce devant toute angine sévère ou atypique. La troisième est la disponibilité immédiate du sérum antidiphtérique et des antibiotiques dans toutes les structures régionales de santé.
Pour le médecin, la présence potentielle ou la suspicion de cas doit inciter les services de santé à la rigueur et à la réactivité. «Le maintien d’un niveau élevé d’immunité par la vaccination et le respect strict des mesures d’isolement et de prise en charge autour de chaque cas suspect restent nos meilleurs remparts», conclut-il.



