Malgré les amendements introduits récemment à l’initiative du chef du gouvernement, le projet de loi encadrant la profession d’avocat continue de susciter des réserves au sein de la profession. «Le texte comporte encore des imperfections», estime Me Aziz Rouibah, bâtonnier de Rabat, qui pointe notamment certaines dispositions jugées attentatoires à l’indépendance de la défense et à l’autonomie de gestion des instances professionnelles.
Ce chantier législatif avait déjà provoqué de fortes tensions entre le ministère de la Justice et l’Association des barreaux du Maroc. Plusieurs mouvements de grève avaient paralysé les juridictions avant l’ouverture d’un cycle de concertations conduit par le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, après l’échec du ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, à obtenir l’adhésion de la profession autour de la première mouture du texte.
À l’issue de ce dialogue, une nouvelle version du projet de loi a été soumise à la Chambre des représentants. Pour Me Rouibah, cette réécriture marque une évolution notable. «Le projet actuel se distingue nettement de la mouture initiale. De nombreuses dispositions et procédures ont été révisées afin de mieux répondre aux revendications et aux attentes exprimées par la profession», affirme-t-il.
Le bâtonnier de Rabat reconnaît ainsi la présence «de nombreux points positifs» dans la nouvelle mouture. Mais il estime que certaines dispositions continuent néanmoins de constituer «un recul par rapport à plusieurs acquis de la profession», notamment en matière d’indépendance institutionnelle et d’autorégulation des barreaux. Il espère, à ce titre, que les débats parlementaires permettront d’introduire les ajustements nécessaires avant l’adoption définitive du texte.
Me Aziz Rouibah s’exprimait samedi au stand du barreau au SIEL 2026, à l’occasion d’une cérémonie de clôture ponctuée par une activité artistique. Une présence que le bâtonnier de Rabat considère comme le reflet de l’ouverture de la profession sur les sphères culturelle et intellectuelle. «Nous voudrions démontrer qu’une profession d’avocat forte, dynamique et porteuse de valeurs ne peut se construire qu’en interaction avec son environnement culturel, artistique et sociologique», a-t-il déclaré.
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Selon lui, la participation du barreau au SIEL a permis de faire du stand un véritable espace d’échange réunissant penseurs, intellectuels, journalistes et professionnels des médias. Plusieurs rencontres ont notamment porté sur les relations entre l’avocat et la presse. «L’avocat et le journaliste sont les deux faces d’une même pièce: celle de la défense des droits et libertés, de l’État de droit et des institutions», a-t-il souligné.
Présente lors de cette manifestation, la comédienne Bouchra Ahrich a, pour sa part, expliqué sa participation par son intérêt pour les passerelles entre le théâtre et le droit. Elle prenait part à un séminaire réunissant artistes et juristes autour des convergences entre les deux disciplines. «Le droit traite de ce qui se produit, alors que le théâtre cherche à comprendre pourquoi cela se produit», a-t-elle expliqué, soulignant que l’art dramatique explore les ressorts de la psychologie humaine et interroge les lois à travers le prisme de l’expérience humaine.




