Le CNDH au SIEL 2026: la participation des enfants au cœur d’un débat sur les droits et les pratiques

Lors de la conférence: «Qui décide de mon destin?», jeudi 7 mai au pavillon du CNDH au SIEL 2026.

Consacré par les conventions internationales relatives aux droits de l’enfant, le droit à la participation demeure encore largement limité dans les pratiques. C’est autour de ce décalage entre reconnaissance juridique et réalité de terrain que se sont réunis, jeudi 7 mai au pavillon du CNDH au SIEL, experts, acteurs associatifs et représentants institutionnels, autour d’une question centrale: qui décide réellement du destin de l’enfant?

Le 09/05/2026 à 18h41

Le jeudi 7 mai, le pavillon du Conseil national des droits de l’Homme au Salon international de l’édition et du livre a accueilli une conférence intitulée «Qui décide de mon destin?», organisée autour du thème de cette édition: «Culture, droit et développement».

Modérée par Abdelkrim Azani, coordinateur du mécanisme national de recours pour les enfants victimes de violations de leurs droits au CNDH, la rencontre a réuni Ghizlane Benjelloun, vice-présidente de l’Observatoire national des droits de l’enfant, Anis Maghri, spécialiste en Plaidoyer et Communication au bureau de l’UNICEF, ainsi que Abderrahmane Bounnaim, responsable des plateformes dédiées à la Convention relative aux droits de l’enfant au sein de l’Association Bayti.

D’emblée, les échanges ont mis en avant une idée centrale: considérer l’enfant comme un acteur à part entière, et non comme un simple objet de prise en charge. Abdelkrim Azani a rappelé que l’enfant participe pleinement à la vie collective et que l’article 12 de la Convention relative aux droits de l’enfant reconnaît son droit à prendre part à la vie publique. Au sein du mécanisme national, a-t-il souligné, l’action repose sur deux principes fondamentaux: l’intérêt supérieur de l’enfant et son droit à la participation.

Ghislaine Benjelloun a, pour sa part, dressé un constat sans détour. Si le droit à la participation de l’enfant est aujourd’hui largement consacré dans les textes, il demeure, selon elle, relégué au second plan dans la pratique, davantage perçu comme un symbole que comme un véritable engagement.

Elle a rappelé que le Maroc a ratifié les conventions internationales relatives aux droits de l’enfant et que les départements ministériels concernés travaillent sur cette base juridique. Mais la question essentielle reste, selon elle, celle de la réalité concrète de cette participation et de sa portée effective sur le terrain. «Comment l’enfant est-il écouté? Et comment les adultes traduisent-ils cette parole dans les politiques publiques et les lois?», a-t-elle interrogé.

La vice-présidente de l’Observatoire national des droits de l’enfant a également souligné que son institution œuvre depuis près de 25 ans à créer des espaces d’expression pour les enfants. Elle a notamment cité le Parlement de l’enfant ainsi qu’un ouvrage réalisé et filmé par des enfants à l’occasion de la conférence internationale contre le travail des enfants.

De son côté, Anis Maghri a abordé la question sous l’angle de l’articulation entre le droit national et les conventions internationales. Selon lui, permettre à l’enfant d’accéder à l’information et de comprendre son environnement constitue une condition essentielle pour qu’il puisse exprimer des choix adaptés à son âge et à sa situation.

Pour illustrer son propos, il a évoqué plusieurs cas concrets: un enfant impliqué dans une procédure judiciaire touchant sa famille, un enfant de deux ans exprimant des préférences dans le jeu ou encore un élève soumis à un emploi du temps scolaire entièrement imposé. Autant d’exemples qui, selon lui, permettent d’interroger les limites réelles de la participation de l’enfant.

Réagissant à ces exemples, Ghizlane Benjelloun a tenu à préciser que consulter un enfant ne signifie pas lui transférer l’ensemble du pouvoir de décision. «La décision finale revient aux parents, notamment lorsqu’il s’agit de son intérêt supérieur», a-t-elle rappelé.

Anis Maghri a, quant à lui, estimé que parents, éducateurs, accompagnateurs et décideurs publics disposent aujourd’hui des leviers nécessaires pour renforcer cette participation. Il a plaidé pour la construction d’un modèle adapté aux réalités de chaque société, sans rupture avec ses référents culturels et sociaux. Il a cité, à ce titre, le mécanisme de protection des droits de l’enfant du CNDH ainsi que le Parlement de l’enfant porté par l’Observatoire national des droits de l’enfant. L’UNICEF a également proposé la création d’une cellule de plaidoyer au sein du ministère de l’Éducation nationale.

Abderrahmane Bounnaim a, de son côté, partagé son expérience de terrain auprès des enfants et des structures d’accompagnement. Il a expliqué que certaines réticences persistent encore lorsqu’il s’agit d’associer les enfants à la prise de parole ou aux processus décisionnels, plusieurs responsables craignant qu’ils ne «dépassent les limites».

Pour le responsable associatif, l’enjeu consiste avant tout à faire évoluer les pratiques et les représentations autour de la place de l’enfant dans l’espace public et éducatif. La participation, a-t-il insisté, doit être considérée comme un droit fondamental pleinement reconnu.

Il a cité l’exemple de l’Inde, où des enfants ont été consultés dans le cadre d’un projet de construction scolaire. Une approche qui, selon lui, a permis d’améliorer la communication et de renforcer le lien des élèves avec leur environnement éducatif.

Abderrahmane Bounnaim a également mis en avant plusieurs initiatives menées avec des enfants, notamment la réalisation de films de plaidoyer — dont l’un a remporté un premier prix dans un concours consacré à la justice des mineurs — ainsi que des projets de recherche conduits directement par des enfants. «Le plus grand obstacle à la participation de l’enfant, c’est l’adulte», a-t-il finalement conclu.

Par Qods Chabâa
Le 09/05/2026 à 18h41