Moyen-Orient: les origines du conflit avec les Houthis expliquées par l’ambassadeur du Yémen au Maroc

L'ambassadeur du Yémen accrédité au Maroc, Ezzadin Saeed Al-Asbahi (Y.Mannan/le360).

Le 26/10/2026 à 16h07

VidéoDans un entretien avec Le360, l’ambassadeur du Yémen au Maroc, Ezzadin Saeed Al-Asbahi, livre sa lecture du conflit, dénonce le rôle de l’Iran et défend les conditions d’un retour à une solution politique. Il revient également sur les liens entre Rabat et les autorités yéménites et les perspectives de coopération.

La prise de Sanaa par les Houthis en septembre 2014 a porté un coup d’arrêt à la transition politique yéménite, estime Ezzadin Saeed Al-Asbahi, ambassadeur du Yémen au Maroc. Dans un entretien avec Le360, le diplomate défend le rétablissement de l’autorité de l’État et de son monopole sur les armes, qu’il présente comme des conditions indispensables à une solution politique inclusive.

Engagée après le soulèvement de 2011, la transition devait notamment déboucher sur une nouvelle Constitution. Organisée de mars 2013 à janvier 2014 avec l’appui des Nations unies, la Conférence de dialogue national avait réuni les principales composantes politiques et sociales du pays, dont les Houthis, et posé les bases d’un État fédéral. Le découpage territorial retenu par la suite avait toutefois suscité des contestations, notamment au sein du mouvement houthi et parmi les représentants du Sud.

En septembre 2014, les Houthis, alliés à des unités de l’armée fidèles à l’ancien président Ali Abdallah Saleh, ont pris le contrôle de la capitale. L’escalade s’est poursuivie jusqu’à l’intervention, en mars 2015, d’une coalition dirigée par l’Arabie saoudite en soutien au gouvernement yéménite.

Pour l’ambassadeur, cette prise de pouvoir constitue un «coup de force contre les institutions légitimes» et une remise en cause des acquis du dialogue national comme du projet d’État fédéral.

Également connu sous le nom d’Ansar Allah, qui signifie «les partisans de Dieu», le mouvement houthi tire son appellation de la famille Al-Houthi, notamment de Hussein Badreddine Al-Houthi, l’une de ses figures fondatrices. Issu du renouveau religieux zaydite des années 1990 dans le nord du Yémen, il s’est progressivement structuré en mouvement politico-militaire. Son ancrage dans cette branche du chiisme ne signifie toutefois pas qu’il représente l’ensemble des zaydites.

Ezzadin Saeed Al-Asbahi dénonce, pour sa part, un projet fondé sur une doctrine qu’il qualifie de «religieuse et sectaire», revendiquant, selon lui, un droit divin à gouverner. Il y voit une rupture avec la diversité confessionnelle, culturelle et géographique de la société yéménite.

Le diplomate estime que les liens entre les Houthis et l’Iran ont contribué à donner au conflit une dimension régionale. Il accuse Téhéran de fournir au mouvement des missiles et des drones et de l’utiliser comme un levier stratégique contre les pays voisins et les routes maritimes de la mer Rouge et du détroit de Bab el-Mandeb.

Le soutien technique iranien et l’approvisionnement en composants militaires sont documentés par des experts des Nations unies. Téhéran dément toutefois les accusations de livraisons d’armes en violation de l’embargo.

L’ambassadeur porte également un regard critique sur les résultats des initiatives de paix. Il considère que les Houthis ont mis à profit les périodes d’accalmie pour renforcer leurs capacités militaires.

Conclu sous l’égide de l’ONU en décembre 2018, l’accord de Stockholm portait notamment sur un cessez-le-feu à Hodeïda, le redéploiement des forces dans la ville et ses ports, les échanges de prisonniers et un arrangement concernant Taëz. Il ne constituait donc pas un accord de paix global mettant fin au conflit.

Selon Ezzadin Saeed Al-Asbahi, l’action militaire des forces gouvernementales vise à rétablir l’autorité de l’État et son monopole sur les armes, afin de permettre le retour à un processus politique inclusif. Le diplomate réaffirme, dans cette perspective, son attachement au projet d’un État fédéral.

Le Maroc, un partenaire et une référence

Abordant les relations bilatérales, l’ambassadeur les qualifie d’«historiques, solides et exemplaires». Il rappelle le soutien du Maroc au gouvernement yéménite internationalement reconnu, ainsi qu’à l’unité et à la souveraineté du pays. En retour, souligne-t-il, les autorités yéménites réaffirment leur appui à l’intégrité territoriale du Royaume et à la marocanité du Sahara.

Au-delà du dialogue politique, le diplomate exprime la volonté de son pays de s’inspirer de l’expérience marocaine en matière de justice transitionnelle, de réconciliation et de régionalisation avancée. Il souhaite également développer les échanges universitaires et culturels, notamment à travers les bourses accordées aux étudiants yéménites.

La formation professionnelle constitue un autre champ de coopération. Une délégation conduite par l’ambassadeur avait ainsi visité, en août 2024, la Cité des métiers et des compétences de Tamesna pour explorer les possibilités de partenariat avec l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT).

Par Mohamed Chakir Alaoui et Yassine Mannan
Le 26/10/2026 à 16h07