Le Maroc, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a appelé les États à respecter leurs engagements financiers afin que l’ONU et ses Casques bleus puissent assurer leurs missions de maintien de la paix dans le monde.
Cet appel a été lancé par Nasser Bourita lors de l’ouverture, ce mercredi à Rabat, de la 2e Conférence sur le maintien de la paix dans l’espace francophone. Dans son allocution d’ouverture, le ministre marocain a affirmé que «votre présence en grand nombre et au niveau ministériel témoigne de l’intérêt particulier porté par vos États à l’avenir du maintien de la paix, ainsi qu’à la place que la communauté francophone est appelée à occuper».
Cette conférence, a-t-il dit, intervient à un moment stratégique pour le maintien de la paix, car «les clivages politiques persistants au sein du Conseil de sécurité, l’évolution de la nature des conflits et la contraction continue des ressources mettent sous pression cet instrument des plus utiles du multilatéralisme».
Pour Nasser Bourita, le Maroc s’exprime avec une voix singulière: celle d’un pays qui participe aux opérations de maintien de la paix de manière continue depuis plus de 60 ans. Le Royaume a mobilisé, au total, plus de 100.000 Casques bleus dans différentes missions. Aujourd’hui, il participe avec 1.340 Casques bleus déployés au sein de la MINUSCA et de la MONUSCO.
Le ministre a également rappelé que le Maroc est un pays engagé dans le maintien de la paix sur quatre continents: en Afrique, en Europe, en Asie et en Amérique. Il a, par ailleurs, relevé plusieurs défis auxquels sont confrontées les opérations de maintien de la paix en général, et qui s’appliquent aussi à l’espace francophone.
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Selon lui, le premier défi concerne la sécurité des opérations de maintien de la paix. Il a précisé que 30% des décès de Casques bleus surviennent à la suite d’attaques «de groupes armés non étatiques ou de mouvements séparatistes ayant des liens avérés avec les organisations terroristes».
Autre point soulevé par Nasser Bourita: le maintien de la paix doit rester un instrument temporaire. «Il ne doit pas devenir un substitut permanent à la volonté politique», a-t-il déclaré.
Enfin, le dernier défi concerne l’efficacité. Celle-ci doit reposer, a ajouté le ministre, sur «une meilleure articulation entre les ressources mobilisées, les objectifs politiques, les impératifs de sécurité et les besoins des populations locales».
En conclusion, Nasser Bourita a relevé un paradoxe: l’espace francophone accueille deux tiers des missions de maintien de la paix, lesquelles mobilisent 60% du budget consacré par les Nations unies à ce secteur. Néanmoins, a-t-il noté, la présence des pays francophones en effectifs dans ces opérations ne dépasse pas 28%.
Pour sa part, Jean-Noël Barrot a estimé que l’action des Nations unies et le déploiement de nouvelles opérations de paix sont «trop souvent empêchés par un usage abusif du droit de veto» au Conseil de sécurité. C’est pourquoi, a-t-il rappelé, la France et le Mexique portent depuis 2015 une initiative visant «à suspendre le recours au veto en cas d’atrocités de masse, c’est-à-dire en cas de génocide, de crime contre l’humanité et de crime de guerre de grande ampleur».
Dans de telles situations, a-t-il poursuivi, l’incapacité du Conseil de sécurité «à agir fragilise l’autorité morale et politique des Nations unies et alimente la défiance à l’encontre du système multilatéral». Selon lui, 118 États soutiennent déjà cette initiative, dont la plupart sont représentés aujourd’hui à Rabat. «J’invite tous les États qui n’y ont pas encore adhéré à le faire sans attendre», a-t-il conclu.
La Conférence de Rabat sur le maintien de la paix dans l’espace francophone a connu la participation de nombreux pays francophones.
En accueillant cette rencontre, le Maroc entend rappeler que le maintien de la paix ne peut reposer uniquement sur les mandats, les discours et les bonnes intentions diplomatiques, cette denrée inépuisable des chancelleries. Il suppose aussi des moyens, une volonté politique claire et une responsabilité partagée des États envers les Casques bleus déployés sur le terrain.



