Législatives: «Il faut que l’USFP retrouve sa vocation de véritable parti socialiste», estime Amam Chokrane

Amam Chokrane, avocat au barreau de Rabat et président du groupe parlementaire de l'USFP (Y.Mannan/Le360).

Le 22/05/2026 à 18h57

VidéoÀ l’approche des élections législatives de 2026, des voix s’élèvent au sein de Union socialiste des forces populaires pour réclamer un repositionnement du parti de la Rose. Parmi elles, celle d’Amam Chokrane, qui plaide pour un retour aux fondamentaux de l’USFP et un renforcement de son rôle d’opposition politique.

À l’approche des élections législatives prévues en septembre 2026, des voix s’élèvent au sein de Union socialiste des forces populaires (USFP) pour réclamer un repositionnement politique et organisationnel du parti de la Rose. Objectif affiché: permettre à cette formation historique de retrouver son rôle de force structurante de la gauche marocaine et de renouer avec sa vocation de parti d’opposition influent.

Dans un entretien avec Le360, Amam Chokrane estime toutefois que les sensibilités internes au sein de l’USFP demeurent diverses et que les positions vis-à-vis de l’actuelle direction ne sont pas homogènes. Selon lui, une première tendance continue d’exercer des responsabilités au sein des instances du parti tout en plaidant pour des réformes internes graduelles. «Certains militants présents dans la direction ont leur propre lecture de la situation actuelle et considèrent qu’il faut réformer ce qui peut l’être de l’intérieur», explique-t-il.

À côté de cette ligne, d’autres militants, dont il dit faire partie, affirment ne plus assumer de responsabilités organiques tout en poursuivant leur engagement politique au sein de l’USFP. «Nous restons des ittihadis et nous continuons à défendre l’Union. Nous exprimons nos positions et tirons la sonnette d’alarme face à certains choix. Notre objectif est de permettre au parti de retrouver, à moyen terme, sa vocation de véritable parti socialiste», affirme-t-il.

Au sein du parti, plusieurs militants critiquent également la posture adoptée par l’USFP face à l’Exécutif, estimant que la formation n’a pas pleinement assumé son rôle d’opposition parlementaire. L’ancien président du groupe parlementaire ittihadi à la Chambre des représentants considère que cette relative «mollesse» vis-à-vis du gouvernement s’explique en partie par la volonté de préserver les équilibres internes et de ne pas perturber les préparatifs des prochaines échéances électorales.

Pour autant, Amam Chokrane considère que l’actuelle direction du parti, y compris le premier secrétaire Driss Lachgar et les membres du bureau politique, reste largement composée de figures issues de la tradition ittihadie, conscientes de la profondeur de la crise que traverse aujourd’hui l’USFP. «Nous essayons de stopper l’hémorragie que connaît l’Union depuis plusieurs congrès», souligne-t-il, évoquant un recul progressif de l’influence politique et organisationnelle du parti.

L’avocat insiste également sur la nécessité de renforcer les mécanismes de démocratie interne afin de restaurer la confiance des militants et consolider les rangs de la formation socialiste. Selon lui, l’attachement à «l’esprit de l’Union» demeure vivant parmi de nombreux militants historiques et sympathisants.

Pour illustrer cette dynamique, il cite l’exemple d’une récente rencontre organisée à Rabat-Océan par Abdelkrim Benatiq, figure critique de l’actuelle ligne du parti. Cette initiative, explique-t-il, a réuni plusieurs dizaines d’ittihadis, y compris d’anciens militants qui avaient pris leurs distances avec la formation. «Cela montre que l’esprit de l’Union demeure présent chez beaucoup de militants», estime-t-il.

Interrogé également sur le projet de loi relatif à la profession d’avocat, porté par le ministre de la Justice Abdellatif Ouahbi, Amam Chokrane a exprimé plusieurs réserves concernant la méthode d’adoption du texte. Selon lui, le vote en première lecture à la Chambre des représentants, intervenu après plusieurs heures de débats, a révélé «un dysfonctionnement important» dans la gestion des amendements proposés par les groupes de l’opposition.

S’il reconnaît que certaines dispositions du projet ont été favorablement accueillies par les instances représentatives des avocats, notamment l’Association des barreaux du Maroc, il estime toutefois que plusieurs points demeurent en suspens, particulièrement ceux liés aux garanties d’indépendance de la profession vis-à-vis du pouvoir exécutif.

Par Mohamed Chakir Alaoui et Yassine Mannan
Le 22/05/2026 à 18h57