Luiz Inácio Lula da Silva, qui fêtera ses 81 ans la semaine prochaine, mène peut-être sa dernière bataille électorale. Il espère renverser la tendance après son revers du premier tour.
Avec 45% des voix contre 47% pour son rival, il avait été devancé par le fils aîné de l’ancien président d’extrême droite Jair Bolsonaro (2019-2022).
Un dernier sondage Datafolha publié samedi donne 51% des suffrages valides à Flávio Bolsonaro, contre 49% à Lula. Un écart qui reste compris dans la marge d’erreur.
Les quelque 160 millions d’électeurs décideront si le Brésil doit rester gouverné par la gauche ou rejoindre la vague de droite qui traverse une partie de l’Amérique latine, dans un contexte régional où l’influence de Donald Trump s’est renforcée.
Le président américain n’a toutefois pas apporté de soutien explicite au fils de son allié Jair Bolsonaro.
L’ancien chef de l’État purge en résidence surveillée une peine de 27 ans de prison pour avoir cherché à s’accrocher au pouvoir après sa défaite électorale en 2022.
Air de changement
Lula, qui brigue un quatrième mandat non consécutif, s’est posé en défenseur de la démocratie et de la souveraineté du Brésil face aux pressions commerciales et diplomatiques des États-Unis.
Flávio Bolsonaro, 45 ans, s’est engagé à durcir la lutte contre la criminalité et à réduire les dépenses publiques.
«Ça suffit, il est temps de changer», a déclaré à l’AFP João Paulo, 37 ans, samedi, lors d’un rassemblement bolsonariste à Belo Horizonte, dans le sud-est du pays.
Le fils Bolsonaro s’est présenté comme «plus modéré» que son père, tout en revendiquant son héritage. Il a promis que, s’il était élu, l’un de ses premiers gestes serait d’obtenir sa libération.
Mais Jair Bolsonaro reste aussi incontournable que clivant.
Dans l’entre-deux-tours, «Plus jamais Bolsonaro» a été l’un des cris de ralliement de rassemblements massifs de la gauche.
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Les manifestants ont notamment rappelé la gestion très contestée de la pandémie de Covid-19 par l’ancien président, la hausse de la déforestation en Amazonie et les coupes opérées dans certains programmes publics.
Sous Lula, le déboisement dans la plus grande forêt tropicale du monde a atteint son niveau le plus bas en quatre décennies.
Pourtant, alors que le phénomène météorologique El Niño a favorisé des incendies qui ont fait suffoquer plusieurs villes amazoniennes, le changement climatique a été peu abordé pendant la campagne.
Meta dans la mêlée
Durant le troisième mandat de Lula, le chômage a connu une baisse historique et l’inflation a été relativement maîtrisée.
Mais les électeurs se plaignent du coût de la vie et sont exaspérés par la violence.
Malgré des finances publiques dans le rouge, le président de gauche a annoncé en pleine campagne une série de mesures sociales parfois très coûteuses.
L’héritage de ses programmes sociaux, qui ont contribué à sortir des millions de Brésiliens de la pauvreté et de la faim, reste toutefois majeur.
«Même si certains parlent d’aumône, pour nous, cela a été une aide énorme. Parce que quiconque a déjà souffert de la faim sait qu’il ne faut pas tenir ces programmes pour acquis», a déclaré Walter dos Santos, 56 ans, qui vit dans le Nord-Est, bastion électoral et région natale du président sortant.
Après le premier tour, Lula a revu en urgence sa stratégie sur les réseaux sociaux. Lui qui dédaignait le téléphone portable s’y est converti et s’est même proclamé «roi du selfie».
La bataille intense menée sur les plateformes a également impliqué Meta.
La maison mère de WhatsApp, Facebook et Instagram a été accusée par le camp présidentiel de favoriser son adversaire par une «manipulation algorithmique».
Le géant américain de la technologie a démenti toute volonté de favoriser un candidat, tout en reconnaissant des «problèmes techniques».
Quel que soit le vainqueur, les prochaines années ne devraient pas être synonymes de tranquillité politique.
«Si la gauche gagne, elle devra affronter quatre années avec un Congrès hostile et des menaces de destitution», prédit l’analyste Thomas Traumann après le raz-de-marée conservateur aux législatives.
«Si l’extrême droite gagne, ce sera un gouvernement de représailles, dirigé contre la Cour suprême», estime-t-il. Flávio Bolsonaro veut notamment faire destituer le juge de la Cour suprême Alexandre de Moraes, qui a eu la charge du procès contre son père.




