Alger tient enfin sa première mondiale. Selon les médias algériens, qui ne se tiennent plus de fierté, l’Algérie est «le premier pays au monde» à acquérir la version ambulance aérienne du Cessna SkyCourier. Deux appareils flambant neufs, fabriqués aux États-Unis, ont passé leur réception technique et doivent atterrir à Alger avant la fin du mois. La presse algérienne parle d’un «précédent historique» et d’un «accomplissement important». L’ambassade américaine, ravie de la commande, salue «la solidité des liens commerciaux» entre les deux pays. On la comprend.
Des priorités bien ordonnées
Il faut saluer le sens des priorités. Chaque été, l’Algérie brûle. En août 2021, les incendies de Kabylie ont fait une centaine de morts. Les étés suivants, El Tarf, Béjaïa et d’autres wilayas ont à leur tour compté leurs victimes par centaines. À chaque fois, le même spectacle: des villageois qui luttent contre les flammes avec des branches et des seaux, et un État qui découvre, ébahi, qu’il ne dispose pas d’une flotte de bombardiers d’eau digne de ce nom.
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On aurait pu imaginer qu’un pays assis sur des réserves de gaz considérables commencerait par là. Des Canadair, par exemple. C’était sans compter sur le génie stratégique d’Alger. Pourquoi éteindre un feu quand on peut évacuer ceux qui ne veulent pas s’y brûler?
Le bon avion pour la bonne clientèle
Car l’ambulance aérienne répond à une tradition nationale bien établie. En Algérie, quand un dirigeant tombe malade, il ne fait pas la queue au CHU Mustapha. Il s’envole pour le Val-de-Grâce, Grenoble, Bruxelles, Genève ou une clinique allemande. Abdelmadjid Tebboune a soigné son Covid outre-Rhin pendant de longues semaines, en 2020. Son directeur de cabinet Boualem Boualem vient de rendre son dernier soupir dans une clinique à Genève. Le système de santé algérien est excellent; la preuve, ceux qui le dirigent ne s’en servent jamais.
Avec deux SkyCourier médicalisés, la nomenklatura n’aura plus à dépendre des vols réguliers ni des jets loués. Le confort, la discrétion et la rapidité: tout ce qu’un hôpital public algérien ne peut pas offrir au citoyen ordinaire, qui continuera, lui, à attendre un lit dans un couloir.
Une première mondiale, en effet
La presse algérienne a raison sur un point: c’est bien une première mondiale. Il n’existe sans doute pas d’autre pays qui, après avoir vu ses forêts et ses villages partir en fumée plusieurs étés de suite, célèbre comme une victoire nationale l’achat d’avions destinés à mettre ses élites à l’abri.
L’été prochain, quand les flammes reviendront, les Algériens pourront toujours lever les yeux au ciel. Ils y verront peut-être passer un SkyCourier tout neuf. Il ne transportera pas d’eau.




