Six passagers du MV Hondius, le navire de croisière où s’est déclaré un foyer d’hantavirus, ont atterri vendredi sur une base militaire de l’ouest de l’Australie, a constaté un journaliste de l’AFP. Ils doivent être placés en quarantaine.
Ces six personnes, quatre Australiens, un Britannique vivant en Australie et un Néo-Zélandais, dont les tests sont revenus négatifs avant leur embarquement, doivent être à nouveau testées, a indiqué le ministre australien de la Santé, Mark Butler.
Leur avion avait décollé des Pays-Bas jeudi, et toutes les personnes à bord devaient porter une tenue complète de protection.
Les six passagers avaient été évacués de l’archipel espagnol des Canaries vers les Pays-Bas, après l’annulation d’un vol direct pour l’Australie.
Ils seront ensuite transférés vers un centre de quarantaine d’une capacité de 500 lits, spécialement aménagé pendant la pandémie de Covid-19 dans l’agglomération de Perth.
«Ils y resteront au moins trois semaines», a déclaré M. Butler à la chaîne nationale ABC, qui a évoqué «l’une des mesures de quarantaine les plus strictes au monde».
Le foyer d’hantavirus détecté sur le navire MV Hondius a fait trois morts, provoquant des inquiétudes quant à une potentielle propagation du virus.
Le bateau de croisière avait quitté l’Argentine le 1er avril pour traverser l’océan Atlantique.
Il n’existe ni vaccin ni traitement spécifique contre l’hantavirus, qui peut provoquer un syndrome respiratoire aigu.
L’Australie doit encore décider du protocole à suivre après les trois semaines d’isolement, alors que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) préconise 42 jours d’isolement pour les cas contacts, soit la période d’incubation potentielle.
Le cas positif américain finalement négatif
Le passager américain du MV Hondius qui ne présentait pas de symptômes, mais avait été testé positif, est en réalité «négatif» à l’hantavirus, a appris jeudi l’AFP auprès des autorités sanitaires américaines, après la réalisation de nouveaux tests.
«Les deux tests, par PCR et par sérologie, sont négatifs», a indiqué à l’AFP Taylor Wilson, responsable de la communication du centre médical du Nebraska, où est hospitalisé l’individu.
Les autorités américaines avaient annoncé la veille tester à nouveau ce passager asymptomatique en raison de premiers résultats jugés «non concluants» avant son retour aux États-Unis. Ceux-ci avaient abouti à des résultats divergents: un test positif et un test négatif, selon deux laboratoires différents.
Un nouveau test PCR et une sérologie, dont «nous n’avons eu les résultats que ce matin», ont permis d’éclaircir le diagnostic, selon M. Wilson.
Le passager américain a donc été transféré d’une unité de confinement biologique, où il avait été initialement placé, au service spécialisé dans lequel quinze autres Américains ont été hospitalisés.
Deux autres passagers évacués du navire ce week-end sont hospitalisés à Atlanta, en Géorgie.
Les autorités américaines surveillent un total de 41 personnes en lien avec le foyer mortel d’hantavirus détecté sur le navire de croisière MV Hondius, a-t-il précisé.
«Il n’y a actuellement aucun cas aux États-Unis», a insisté jeudi David Fitter, responsable de la réponse contre l’hantavirus aux Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), principale agence sanitaire américaine, lors d’un appel avec des journalistes.
Ce que l’Argentine sait, et ne sait pas, de son expérience du virus
Endémique depuis des décennies dans certaines régions d’Argentine, l’hantavirus, y compris la souche «Andes», transmissible d’humain à humain et détectée à bord du navire de croisière MV Hondius, a donné aux scientifiques locaux une certaine expertise de la maladie, sans lever toutes les inconnues.
L’Argentine comptabilise, pour la campagne épidémiologique en cours, de juin à juin, 102 cas d’hantavirus, après 57 cas en 2024-2025, 75 en 2023-2024, 65 en 2022-2023 et un pic à 126 en 2018-2019.
Le rongeur et l’environnement
Le vecteur de la souche Andes est le «raton colilargo», rat à longue queue, ou Oligoryzomys longicaudatus, par lequel la contagion peut survenir au contact des excréments, de l’urine ou de la salive, généralement en environnement clos.
Le colilargo vit dans des zones boisées, où il se nourrit essentiellement de graines, de plantes et de fruits, et se montre sensible aux variations de l’environnement.
Pour le biologiste Raul Gonzalez Ittig, professeur de génétique des populations à l’université de Córdoba, une hausse des cas en Argentine peut être liée à une séquence climatique: après deux années sèches, des pluies intenses associées au phénomène El Niño ont favorisé un «développement accru de la végétation et une plus grande disponibilité de nourriture pour les rongeurs».
Lire aussi : Hantavirus: huit cas confirmés au virus des Andes (OMS)
Plus de rongeurs signifie «une probabilité plus élevée qu’un travailleur rural soit infecté», souligne le spécialiste auprès de l’AFP.
Un contact rendu plus probable car «les humains ont commencé à occuper davantage de milieux où vivaient les rongeurs», estime l’épidémiologiste Rodrigo Bustamante, de l’hôpital de Bariloche.
Et un seul rat suffit «à commencer l’histoire», enclenchant un possible mécanisme de transmission d’humain à humain, relève l’infectiologue María Ester Lázaro, auteure d’une thèse sur la souche Andes, rappelant des cas documentés de foyers meurtriers en 1996 et 2018.
Pas de mutation
Toutefois, la transmission interhumaine «n’est pas la règle, mais un événement exceptionnel qui requiert un contact rapproché, moins d’un mètre pendant 30 minutes», souligne le Dr Bustamante.
Les scientifiques argentins, comme leurs pairs à l’étranger, écartent l’idée d’une mutation ayant favorisé la transmission interhumaine.
«Je pense que le virus a toujours eu cette propriété», indique le Dr Bustamante, selon qui «il n’y a pas eu de mutation ponctuelle».
«C’est un virus très stable, à la différence du Covid-19 ou de la grippe», appuie Mme Lázaro. Les divers hantavirus ont accompagné «depuis des temps ancestraux» leur rat hôte, «sans changer».
Difficile à étudier
L’un des défis des scientifiques argentins avec l’hantavirus, «c’est qu’il y a si peu de cas», explique Mme Lázaro. «Il faut beaucoup de temps pour avoir un nombre à peine correct qui permette de tirer des conclusions.»
M. Bustamante juge également «très difficile de tirer des conclusions représentatives».
Une autre difficulté réside dans l’évolution clinique, avec des symptômes d’abord anodins, qui peuvent se dégrader extrêmement brutalement.
«En l’espace de quelques heures, le patient peut passer d’un état semblable à celui d’une grippe à l’assistance respiratoire», détaille Mme Lázaro. «Comme un tsunami.»
D’où des difficultés «pour mener l’interrogatoire sur le parcours des patients, les endroits où ils ont été, et pour des tests cliniques».
Le cas de la Terre de Feu
En Terre de Feu, d’où a appareillé le MV Hondius, un débat existe pour savoir si un rongeur local, le colilargo de Patagonie, ou Oligoryzomys magellanicus, est le même rongeur ou une sous-espèce d’Oligoryzomys longicaudatus, officiellement absent de la province.
Selon Juan Petrina, directeur provincial des services d’épidémiologie, il «présente des différences morphologiques, d’alimentation».
Pour Guillermo DeFerrari, biologiste au Centre austral d’investigations scientifiques d’Ushuaïa, l’enjeu est de savoir si ce rongeur local est, ou non, un vecteur possible de la maladie.
Les tests effectués à ce jour sur des rongeurs en Terre de Feu se sont révélés négatifs pour l’hantavirus. Mais une mission imminente à Ushuaïa de scientifiques de l’institut Malbrán de Buenos Aires, référence nationale, visera à actualiser ce point.
Du fait de la longue durée d’incubation, une infection a toutefois pu se produire ailleurs que dans ce territoire du sud de l’Argentine.




