Ces contrôles, entrés en vigueur samedi à minuit et prévus jusqu’au 7 septembre, sont effectués de manière aléatoire. Ils portent sur l’identité et la nationalité des voyageurs, avec une attention particulière aux ressortissants de pays tiers, dont les agents vérifient également les visas ou permis de résidence. L’objectif affiché est de contrôler le respect des règles prévues par le Code frontières Schengen.
Dans les aéroports, les vérifications sont effectuées à la sortie de la passerelle, avant que les passagers n’entrent dans le terminal. Tous les vols et tous les voyageurs ne sont donc pas contrôlés. Selon le ministère espagnol de l’Intérieur, 199 ressortissants de pays tiers ont été contrôlés samedi sur douze vols en provenance d’Italie, dont 83 passagers arrivés de Rome à Madrid-Barajas.
«Je ne vois pas beaucoup le mot diplomatie utilisé dans ces décisions, ni de la part du gouvernement italien ni de la part du gouvernement espagnol», a déclaré à l’AFPTV Maria Celeste Grillo, une touriste italienne de 36 ans qui venait d’atterrir à l’aéroport madrilène de Barajas. Même si son vol n’avait pas fait l’objet de vérifications, elle a jugé «triste» le recours à de telles mesures.
Une brouille entre Madrid et Rome
Cette rare brouille entre deux alliés de l’Union européenne et de l’Otan trouve son origine dans l’arrivée massive de 72.000 migrants depuis le Maroc dans l’enclave espagnole de Sebta, à la fin du mois de juillet. Plus de 80 personnes sont mortes lors des traversées ou dans les mouvements de foule, selon les autorités espagnoles et marocaines. La très grande majorité des migrants a depuis regagné le Maroc.
L’épisode a suscité de vives critiques de plusieurs gouvernements européens favorables à une politique plus restrictive en matière d’immigration, au premier rang desquels celui de la Première ministre italienne Giorgia Meloni.
Rome a rétabli le 1er août des contrôles ciblés sur les ressortissants de pays tiers arrivant d’Espagne par avion ou par bateau. La mesure n’était donc pas censée affecter les citoyens espagnols ou les autres ressortissants de l’Union européenne.
Vendredi, le gouvernement italien a assuré n’avoir «en aucun cas l’intention» de revenir sur sa décision avant au moins le 15 août. Rome affirme vouloir s’assurer qu’il n’existe aucun risque sécuritaire ou terroriste, ni de nouvelle vague migratoire susceptible d’atteindre le territoire européen.
Madrid a dénoncé une mesure «inéquitable, contraire aux intérêts de l’UE et discriminatoire» et a choisi d’appliquer à son tour des contrôles aux arrivées depuis l’Italie. Le ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a communiqué samedi à l’Union européenne la décision espagnole.
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«Les autorités espagnoles suivent avec attention l’évolution de la situation migratoire dans l’espace Schengen et, en particulier, la pression migratoire constatée sur la route de la Méditerranée centrale qui affecte la République italienne et ses effets sur différents États membres», a-t-il indiqué.
Bruxelles tente de calmer le jeu
Le commissaire européen aux Affaires intérieures et aux Migrations, Magnus Brunner, a confirmé samedi avoir été en contact avec les ministres de l’Intérieur espagnol et italien.
«Tous deux ont confirmé que les contrôles aux frontières intérieures sont temporaires», a-t-il écrit sur X.
«J’ai souligné les progrès que nous avons accomplis dans la lutte contre l’immigration clandestine et le fait que la confiance entre les États membres est notre atout le plus précieux», a-t-il ajouté.
Selon le commissaire européen, Madrid a assuré que les événements de Sebta «n’auraient pas d’effet durable sur l’espace Schengen», tandis que l’Italie a laissé entendre que ses contrôles pourraient être levés prochainement.
Le Code frontières Schengen permet aux États membres de rétablir temporairement des contrôles à leurs frontières intérieures en cas de menace grave pour l’ordre public ou la sécurité intérieure. Bruxelles rappelle cependant que cette possibilité doit rester exceptionnelle, proportionnée et limitée dans le temps.
La querelle entre Madrid et Rome dépasse ainsi désormais la seule crise migratoire de Sebta. Elle pose la question de la confiance entre États membres et de la capacité de l’espace Schengen à absorber les conséquences politiques d’une crise à l’une de ses frontières extérieures sans voir réapparaître des contrôles entre pays européens.




