Organisé par la Coalition marocaine pour l’eau (COALMA), la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), l’Université Cadi Ayyad (UCA) de Marrakech ainsi que plusieurs partenaires institutionnels et médiatiques, le salon accueille également le Conseil mondial de l’eau.
Cette édition intervient dans un moment où les questions hydriques occupent une place centrale dans les politiques publiques marocaines. Les épisodes de sécheresse, la pression démographique, l’évolution des besoins agricoles et industriels ainsi que les transformations climatiques accélèrent la nécessité d’une gestion plus intégrée des ressources. Le SITeau, s’impose ainsi comme un espace de réflexion sur les réponses techniques, économiques et institutionnelles à ces nouveaux équilibres.
Le programme scientifique du salon s’articule autour du thème du nexus eau-énergie-agriculture-santé, approche qui vise à intégrer plusieurs secteurs interdépendants dans une même logique de gouvernance durable. Une rencontre intergénérationnelle baptisée «Intergenerational 4 Water» a notamment été organisée afin de favoriser le dialogue entre experts et jeunes générations autour des enjeux du développement durable appliqués au cas marocain.
Cette orientation traduit une évolution progressive des débats liés à l’eau. Longtemps traitée comme une question purement technique, la gestion hydrique est désormais abordée comme un sujet transversal impliquant la sécurité alimentaire, les politiques énergétiques, les équilibres sanitaires et la stabilité économique des territoires. Le concept de nexus, largement évoqué durant les échanges, cherche précisément à dépasser les approches sectorielles traditionnelles.
Le SITeau propose également une exposition dédiée aux métiers de l’eau, de l’assainissement et de l’énergie avec une ouverture vers les secteurs de l’agriculture et de la santé. Une compétition consacrée aux golfs écologiques ainsi qu’un atelier pédagogique pour enfants autour du thème «L’eau, école de citoyenneté» figurent aussi au programme de cette édition.
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Prenant la parole lors de la cérémonie d’ouverture, le président du Conseil mondial de l’eau, Loïc Fauchon, a salué le positionnement du Maroc dans le domaine de la gestion hydrique. Le responsable a qualifié le Royaume de «véritable modèle» grâce à une «politique volontariste et intégrée» et à sa maîtrise des techniques liées à la mobilisation des ressources en eau.
«Au Conseil mondial de l’eau, le Royaume est admiré pour le regard qu’il porte au futur de l’eau et pour sa maîtrise de toutes les techniques et technologies relatives à la gestion et la mobilisation de l’eau», a affirmé Loïc Fauchon. Le président du Conseil mondial de l’eau a également estimé que le Maroc se situe «à l’avant-garde» dans ce domaine.
Gouvernance intégrée
Cette reconnaissance intervient alors que le Royaume accélère plusieurs programmes structurants liés aux barrages, au dessalement de l’eau de mer, au transfert interbassins et à la réutilisation des eaux usées traitées. Les infrastructures hydriques deviennent progressivement des leviers stratégiques de souveraineté économique et territoriale.
Loïc Fauchon a également insisté sur les défis mondiaux liés à la raréfaction des ressources hydriques, à la croissance démographique et à la multiplication des épisodes climatiques extrêmes. Il a plaidé pour des réponses davantage orientées vers l’innovation, les technologies et les solutions opérationnelles capables de renforcer la résilience des territoires.
Le ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, a pour sa part rappelé que le Maroc déploie une politique intégrée de gestion des ressources hydriques afin de répondre à l’augmentation des besoins en eau et de renforcer la souveraineté hydrique du Royaume.
Le ministre a détaillé plusieurs axes structurants de cette stratégie, notamment la poursuite de la construction des barrages, le transfert des excédents d’eau entre bassins hydrauliques, le développement du dessalement de l’eau de mer ainsi que la réutilisation des eaux usées traitées. Selon Ryad Mezzour, la Vision royale permet au Maroc d’envisager, à l’horizon 2030, une couverture d’environ 80% des besoins en eau destinés à l’irrigation.
Cette ambition illustre la place centrale occupée par l’agriculture dans les équilibres hydriques du pays. Les besoins liés à l’irrigation représentent un enjeu majeur dans un environnement climatique plus instable. Les politiques de mobilisation de l’eau deviennent ainsi directement liées à la sécurité alimentaire, à la stabilité des filières agricoles et à la résilience des territoires ruraux.
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Les débats organisés lors du panel consacré à «l’effectivité du nexus eau, énergie, agriculture et santé» ont mis en évidence les enjeux de gouvernance et de financement associés à cette approche intégrée. Les intervenants ont insisté sur la nécessité de dépasser les logiques sectorielles afin d’articuler les politiques publiques autour de mécanismes plus transversaux.
Directrice exécutive du Centre de la Femme Arabe Cawtar, Soukaina Bouraoui a estimé que «le nexus est un précepte d’action» destiné à mettre en cohérence les politiques liées à l’environnement et aux ressources stratégiques. Elle a insisté sur l’importance du paradigme de la sobriété dans un contexte marqué par la rareté des ressources et l’augmentation des besoins de consommation.
La responsable a également souligné la nécessité d’intégrer pleinement la dimension humaine dans les approches liées au développement durable. Selon elle, les politiques hydriques ne peuvent être dissociées des enjeux sociaux, générationnels et territoriaux qui structurent les équilibres des sociétés contemporaines.
Financement durable
La question de la gouvernance territoriale a également occupé une place importante dans les échanges. Directeur général de la Société régionale multiservices Marrakech-Safi, Abdellah Ilhami a présenté les SRM comme une déclinaison régionale de cette logique intégrée.
Le responsable a expliqué que ces structures regroupent désormais la gestion de l’eau potable, de l’électricité et de l’assainissement liquide dans chacune des régions marocaines afin de renforcer la proximité avec les citoyens et la cohérence des investissements territoriaux. Cette réforme, amorcée en 2024, vise à mutualiser les moyens financiers et opérationnels pour assurer la durabilité des services publics essentiels.
Le financement durable a constitué un autre axe majeur des discussions. Chief Sustainability Officer de BMCI Groupe BNP Paribas, Ilham Harket a indiqué que la banque a intégré depuis plusieurs années les enjeux environnementaux et climatiques dans sa stratégie de développement.
La responsable a mis en avant le développement d’offres dédiées à la transition énergétique et à la gestion optimale de l’eau, tout en rappelant l’importance croissante des risques climatiques dans les activités financières. Cette évolution illustre la place désormais occupée par les établissements bancaires dans le financement des projets liés à la résilience hydrique et énergétique.
Le secteur industriel a également présenté plusieurs initiatives liées à l’efficacité hydrique et à la réutilisation des eaux usées. Représentant de la Fédération de l’industrie minérale et du groupe Managem, Saad Azzaoui a détaillé des projets de transfert et de valorisation des eaux usées traitées destinés à réduire la pression sur les ressources conventionnelles.
Le responsable a également plaidé pour des mécanismes d’incitation et de financement capables d’encourager les investissements liés à l’efficacité énergétique et hydrique dans les activités industrielles. Les enjeux de compétitivité économique apparaissent désormais étroitement liés à la capacité des entreprises à optimiser leur consommation de ressources.
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Expert en résilience des territoires et en santé globale, Nicolas Imbert a enfin appelé à une approche plus transversale des politiques liées à l’eau et au climat. Il a insisté sur le rôle des collectivités territoriales dans la mise en œuvre des solutions locales ainsi que sur la nécessité de rendre «quantifiables et opposables» les enjeux liés aux risques hydriques et climatiques.
Le spécialiste a également mis en avant plusieurs expériences internationales liées à la sobriété hydrique, à la régénération des sols et à l’efficacité des infrastructures industrielles. Son intervention a souligné l’importance croissante des territoires dans les stratégies d’adaptation climatique.
La cérémonie d’ouverture du SITeau a enfin été marquée par un hommage posthume rendu à Ali Fassi Fihri, ancien directeur général de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE).
À travers cette édition, le SITeau confirme le déplacement progressif des débats sur l’eau vers des enjeux plus larges liés à la souveraineté économique, à la résilience des territoires et aux nouveaux modèles de gouvernance durable. Les échanges organisés à Marrakech montrent que la question hydrique dépasse désormais le seul champ des infrastructures pour s’imposer comme un sujet central de stabilité, d’investissement et de transformation des économies.




