Le regard du patronat espagnol sur le Maroc change d’échelle. Il ne s’agit plus seulement de considérer le Royaume comme un marché voisin ou une plateforme de production compétitive, mais comme l’un des futurs centres de croissance industrielle de l’espace méditerranéen et africain. Publiée le 9 juillet 2026 à l’issue d’une mission conduite par son président, Juan María Nin, la déclaration institutionnelle du Círculo de Empresarios invite ainsi les entreprises espagnoles à saisir une «opportunité historique et de long terme de prospérité partagée».
Une telle appréciation repose d’abord sur la transformation du socle productif marocain. Selon le document, les investissements engagés durant les dernières décennies dans les transports, l’énergie et les télécommunications commencent à produire un effet multiplicateur sur l’activité. La question centrale n’est donc plus seulement celle du volume des infrastructures construites, mais celle de leur capacité à réduire les coûts logistiques, à accélérer les échanges et à attirer des industries davantage intégrées.
La déclaration rappelle que le réseau autoroutier marocain a été presque multiplié par vingt en quelques décennies, tandis que le réseau ferroviaire dépasse 2.000 kilomètres. La mise en service d’Al Boraq, première ligne à grande vitesse d’Afrique, a renforcé ce dispositif, auquel s’ajoutent Tanger Med et le développement portuaire de Nador.
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Ces équipements modifient progressivement la fonction du Maroc dans les chaînes de valeur internationales. Le Royaume ne se limite plus à offrir des coûts de production compétitifs. Il combine désormais capacité industrielle, desserte portuaire et proximité avec le marché européen. Selon le Círculo de Empresarios, l’essor des infrastructures portuaires facilite précisément l’intégration du pays dans les chaînes de valeur mondiales.
Le même raisonnement vaut pour les télécommunications. Le rapport fait état d’une couverture mobile 4G atteignant 99% de la population, complétée par une forte pénétration du haut débit mobile et fixe. Une telle connectivité devient un facteur de productivité pour l’industrie, les services financiers, la logistique et les activités numériques, en facilitant notamment la coordination entre les sites marocains et les centres de décision européens.
Le capital humain, prochain test de l’industrialisation
L’attractivité ne repose cependant pas exclusivement sur le capital physique. La déclaration souligne les progrès de la scolarisation et de l’enseignement supérieur. Entre 2000 et 2023, le décrochage dans l’enseignement secondaire public aurait reculé de 63% à 85% selon les tranches d’âge. Le taux d’inscription dans l’enseignement tertiaire, professionnel ou universitaire, atteignait pour sa part 48% en 2024, soit plus de 30 points de pourcentage supplémentaires par rapport à 2007.
Ces avancées répondent à un besoin économique immédiat. L’élargissement des filières automobile, énergétique, financière et numérique impose de disposer de techniciens, d’ingénieurs et de cadres en nombre suffisant. Le défi porte désormais sur l’adéquation entre les formations et les besoins des entreprises, condition nécessaire pour que la montée en gamme industrielle ne soit pas freinée par des pénuries de compétences.
Le document met également en avant la modernité du système financier marocain, où coexistent grandes banques commerciales, nouveaux opérateurs de paiement et entreprises de la fintech. Associée à la position du Royaume dans les phosphates et à sa stratégie d’investissement local, cette profondeur financière favorise la mobilisation de capitaux vers des activités industrielles et technologiques plus complexes.
Une relation commerciale encore perfectible
L’Espagne aborde cette transformation depuis une position privilégiée. Le rapport rappelle qu’elle constitue le premier partenaire commercial du Maroc, avec plus de 22,5 milliards d’euros d’échanges annuels de marchandises. Le Royaume est parallèlement devenu le premier marché africain des entreprises espagnoles et l’un des principaux partenaires de Madrid hors de l’Union européenne.
Plus de 300 entreprises espagnoles opèrent déjà au Maroc, selon les données de l’ICEX reprises dans la déclaration. Leurs activités emploient près de 30.000 personnes dans l’énergie, l’industrie automobile, la banque, le textile ou l’agriculture. Le Maroc représente également la première destination des investissements espagnols en Afrique, avec un stock supérieur à 2 milliards d’euros.
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Ce montant révèle néanmoins une marge de progression au regard de l’intensité des échanges commerciaux. Le principal enjeu consiste à transformer une relation largement fondée sur les flux de marchandises en partenariats productifs plus profonds, intégrant investissement industriel, transfert de compétences, recherche appliquée et développement conjoint de marchés africains.
La proximité géographique, l’interdépendance commerciale et la présence de plus de 900.000 Marocains en Espagne constituent, selon le Círculo de Empresarios, des avantages difficiles à reproduire pour les concurrents. Leur exploitation dépendra toutefois de la capacité des entreprises espagnoles à considérer le Maroc non comme une simple extension de leur base européenne, mais comme un partenaire industriel disposant de sa propre stratégie. La prochaine décennie dira si la «prospérité partagée» défendue par le patronat espagnol se traduira par une montée en gamme commune ou restera principalement portée par l’expansion des échanges.




