Le360: Après plusieurs années de grave pénurie d’eau, le Maroc connaît une nette amélioration au titre de sa campagne agricole 2025-2026. Le FMI estime-t-il que les investissements du pays dans l’irrigation, le dessalement et la gestion de l’eau sont suffisants pour réduire durablement la vulnérabilité de l’agriculture marocaine aux futurs chocs climatiques?
Laura Jaramillo Mayer: L’amélioration de la campagne agricole 2025-2026 au Maroc constitue une évolution positive après plusieurs années de sécheresse intense. Elle reflète à la fois des conditions météorologiques plus favorables et les efforts soutenus des autorités pour renforcer les infrastructures et la gestion de l’eau, notamment à travers des investissements dans l’irrigation et le dessalement. Ces efforts représentent une étape importante vers une plus grande résilience, grâce à une stratégie combinant l’augmentation de l’offre en eau, l’amélioration de son utilisation et le renforcement de sa gouvernance.
Le FMI a soutenu ce programme dans le cadre de la Facilité pour la résilience et la durabilité, qui a contribué à accélérer les réformes visant à renforcer la gestion du secteur de l’eau, à améliorer son efficacité et à mieux aligner son utilisation sur son coût économique. Toutefois, compte tenu de la persistance de risques climatiques importants, la poursuite des progrès en matière d’efficacité hydrique, de gestion de la demande et de gouvernance restera essentielle pour réduire durablement la vulnérabilité de l’agriculture marocaine aux chocs futurs.
Le Maroc continue d’investir massivement dans les infrastructures stratégiques, les programmes de protection sociale et les projets liés à la sécurité hydrique. Comment le FMI évalue-t-il l’équilibre entre ces besoins d’investissement et l’objectif de maintien de la viabilité de la dette publique à moyen terme?
Comme indiqué dans le rapport 2026 des services du FMI au titre des consultations de l’article IV, la dette publique du Maroc est considérée comme soutenable avec une forte probabilité. La stratégie budgétaire des autorités est jugée compatible avec le maintien de cette soutenabilité tout en répondant aux besoins en matière de dépenses sociales et d’investissement.
Les dépenses publiques consacrées aux infrastructures, aux programmes sociaux et à la sécurité hydrique ont été soutenues par des améliorations significatives des recettes, à la suite de réformes visant à élargir l’assiette fiscale, à renforcer le recouvrement des principaux impôts et à améliorer le respect des obligations fiscales.
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La poursuite de la progression des recettes, la préservation d’une partie des excédents budgétaires et la réduction des dépenses improductives permettraient de dégager des marges supplémentaires pour financer les dépenses sociales prioritaires et pourraient accélérer la réduction de la dette.
Si l’accélération des investissements publics dans les infrastructures devrait soutenir la croissance du PIB réel et, par conséquent, renforcer la soutenabilité de la dette, la pleine réalisation de ces bénéfices nécessite également des investissements supplémentaires dans le capital humain ainsi qu’une gestion rigoureuse des risques.
Plusieurs pays africains ont engagé des réformes de leurs systèmes de subventions et d’aide sociale afin d’améliorer la viabilité de leurs finances publiques. Comment le FMI évalue-t-il l’expérience du Maroc en matière d’aide sociale ciblée et quels enseignements pourraient être utiles à d’autres économies africaines menant des réformes similaires?
Le cadre de politique publique du Maroc a progressivement évolué, passant d’un système de subventions généralisées à un dispositif de soutien social davantage ciblé. Les prix de l’essence et du diesel sont totalement libéralisés depuis 2015, tandis que ceux du gaz butane, largement utilisé par les ménages, demeurent administrés.
Une réforme d’envergure du système de protection sociale a été lancée en 2020 afin d’améliorer le ciblage et l’efficacité des filets de sécurité sociale et d’élargir la couverture de l’assurance maladie, des allocations familiales, des pensions de retraite et de la protection contre le chômage. Des avancées importantes ont été enregistrées grâce au déploiement rapide de l’assurance maladie obligatoire et du programme d’aide sociale directe sous condition de ressources, adossé au Registre social unifié.
Les services du FMI soutiennent les efforts entrepris pour renforcer les mécanismes de ciblage, élargir la couverture du registre social et améliorer les capacités administratives nécessaires à la mise en œuvre de ces réformes.




