Gaz offshore: le projet Anchois au cœur de l’équation énergétique marocaine

Le puits offshore Anchois, opéré par la société britannique Chariot Limited.

Le développement du champ gazier Anchois, porté par le britannique Chariot Limited, s’inscrit dans une dynamique de réduction de la dépendance énergétique du Maroc, alors que la demande nationale progresse et que les importations restent élevées.

Le 19/04/2026 à 14h26

La stratégie déployée par la société britannique Chariot s’appuie sur un portefeuille d’actifs combinant offshore et onshore, avec une focalisation opérationnelle sur le champ gazier d’Anchois, situé au large du permis Lixus.

Ce positionnement intervient dans un environnement énergétique marqué par un recours significatif aux importations de gaz, estimées à environ 100 millions de pieds cubes par jour (100 mmscfd), tandis que certaines infrastructures nationales, comme la centrale de Tahaddart, fonctionnent autour de 50 mmscfd.

Une telle configuration souligne un déséquilibre structurel entre production locale et consommation, ce qui confère au projet Anchois une fonction directe dans l’ajustement du mix énergétique national.

Le schéma de développement retenu repose sur une première phase de production articulée autour de deux puits, avec des extensions successives permettant d’augmenter les volumes extraits.

L’exploitation s’inscrit dans une temporalité longue, avec un plateau de production estimé à environ vingt ans et un potentiel d’exploitation pouvant s’étendre jusqu’à trente ans grâce à l’ajout progressif de nouveaux puits.

Ce profil étagé répond à une logique d’optimisation des investissements et de sécurisation des flux de production, dans un contexte où la demande nationale de gaz continue d’augmenter, notamment sous l’effet des besoins industriels et de la production électrique.

Les équilibres financiers du projet connaissent une évolution favorable, liée à une réduction des dépenses d’investissement initiales résultant d’une révision des modalités contractuelles.

Une telle évolution permet d’abaisser les exigences en capital tout en maintenant les standards techniques du projet, ce qui améliore mécaniquement sa rentabilité et sa résilience face aux fluctuations du marché gazier.

Parallèlement, les fondamentaux commerciaux demeurent soutenus par la hausse des prix du gaz importé et par la progression de la demande domestique, deux facteurs qui renforcent la viabilité économique de la mise en production.

Un projet techniquement avancé et proche de la phase commerciale

L’état d’avancement du projet traduit un niveau de maturité élevé, avec l’achèvement des études d’ingénierie (FEED) et la validation de l’étude d’impact environnemental et social (ESIA).

Les discussions relatives aux accords de vente de gaz (GSA) sont également engagées, ce qui constitue une étape déterminante dans la sécurisation des débouchés commerciaux.

L’ensemble de ces éléments rapproche le projet d’une phase de décision finale d’investissement, condition préalable à un démarrage effectif de la production.

Au-delà du champ d’Anchois, les estimations de ressources prospectives atteignent 2,25 trillions de pieds cubes de gaz (Tcf), soit environ 0,55 milliard de barils équivalent pétrole.

Ces volumes reposent sur une diversité de systèmes géologiques, allant de formations peu profondes à des structures plus complexes en offshore profond, ce qui élargit le champ des opportunités d’exploration.

La présence de prospects identifiés, comme Beluga, combinée à des infrastructures existantes — pipelines et centrales électriques — renforce la possibilité d’une mise en production accélérée en cas de découverte.

Un regain d’intérêt international pour l’offshore marocain

L’attractivité du domaine marocain se traduit par l’arrivée de nouveaux opérateurs internationaux. En janvier, Murphy Oil a conclu un accord avec l’ONHYM portant sur le permis Gharb Deep Offshore, situé à proximité des actifs de Chariot.

Cette dynamique traduit un repositionnement du Maroc sur la carte de l’exploration gazière, soutenu par un cadre fiscal jugé compétitif et par un potentiel géologique encore largement à valoriser.

Dans ce cadre, Chariot privilégie une approche partenariale pour partager les engagements financiers et accélérer le développement de ses licences.

L’ensemble du dispositif confère au projet Anchois une portée stratégique dans la trajectoire énergétique du Maroc, en contribuant à réduire la dépendance aux importations et à sécuriser l’approvisionnement en gaz.

Cependant, la concrétisation de ce potentiel reste liée à plusieurs facteurs, notamment la finalisation des accords commerciaux, la mobilisation de partenaires financiers et la stabilité des conditions de marché.

Dès lors, Anchois apparaît moins comme une solution immédiate que comme un pilier progressif d’un redéploiement énergétique national, appelé à s’inscrire dans une dynamique plus large de diversification des sources d’approvisionnement.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 19/04/2026 à 14h26