Emploi: 510.000 nouveaux diplômés par an, comment absorber une jeunesse qualifiée?

510.000 jeunes qualifiés arrivent chaque année sur le marché du travail.

Comment transformer un dividende démographique en moteur de croissance plutôt qu’en facteur de déséquilibre social? Avec plus de 510.000 nouveaux diplômés entrant chaque année sur le marché du travail, le Maroc fait face à un défi structurel d’emploi. Le lancement du Pacte TPME traduit la volonté de faire des petites entreprises un levier de création d’emplois qualifiés et de compétitivité.

Le 08/07/2026 à 16h12

Le principal défi économique du Maroc ne réside plus uniquement dans l’accélération de la croissance, mais dans sa capacité à créer suffisamment d’emplois pour absorber une population active de plus en plus qualifiée. C’est autour de cette problématique que le ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, a inscrit son intervention lors du lancement de l’offre intégrée «PACTE TPME, Bank of Africa & Maroc PME», considérant que le renforcement des très petites, petites et moyennes entreprises représente désormais un enjeu de cohésion économique autant que sociale.

«Notre pays est en pleine transformation, en pleine mutation. Il connaît des succès dans plusieurs domaines, mais il lui manque encore un succès vital: celui de la montée en gamme et de la montée en puissance de notre tissu économique afin d’offrir une vie digne à nos jeunes concitoyens», a déclaré le ministre. À ses yeux, cette évolution constitue «une urgence immense», tant les attentes de la jeunesse dépassent aujourd’hui les capacités actuelles du marché du travail.

Cette analyse rejoint les tendances observées dans l’économie marocaine où la diversification industrielle, la montée en puissance des exportations et l’amélioration de l’attractivité du Royaume ont renforcé plusieurs filières productives. Toutefois, cette dynamique ne s’est pas encore traduite par une création d’emplois suffisante pour répondre au rythme d’arrivée des nouveaux diplômés.

Le diagnostic présenté par Ryad Mezzour illustre l’ampleur de ce déséquilibre. Chaque année, environ 180.000 diplômés de l’enseignement supérieur et 330.000 diplômés de la formation professionnelle rejoignent le marché du travail. Face à ces 510.000 nouveaux entrants qualifiés, l’économie nationale génère, lorsque la conjoncture est favorable, près de 250.000 emplois nets.

«Nous faisons donc face à un déséquilibre important. Plus de 510.000 jeunes qualifiés arrivent chaque année sur le marché du travail, alors que les capacités de création d’emplois demeurent insuffisantes. Il manque près de 100.000 emplois chaque année», a-t-il expliqué.

Au-delà du volume, le ministre insiste sur la nature des emplois créés. «Notre économie doit créer 40 à 50% d’emplois supplémentaires, mais également des emplois de meilleure qualité», a-t-il souligné, estimant que la montée en qualification de la jeunesse marocaine modifie profondément les attentes vis-à-vis du marché du travail.

Cette évolution traduit une transformation structurelle de l’économie. Les jeunes diplômés recherchent davantage de perspectives d’évolution, des rémunérations plus attractives et des métiers à plus forte valeur ajoutée, alors même que certains secteurs traditionnels peinent à recruter.

Le paradoxe souligné par le ministre révèle une mutation profonde des besoins de l’économie. Plusieurs secteurs connaissent aujourd’hui des pénuries de main-d’œuvre malgré un chômage élevé chez les jeunes diplômés.

«Nous avons parfois des récoltes qui restent sur les arbres faute de travailleurs. La construction rencontre les mêmes difficultés. Le tourisme également. Le câblage industriel aussi», a observé Ryad Mezzour.

Cette situation traduit moins une insuffisance quantitative de la main-d’œuvre qu’une évolution qualitative des aspirations professionnelles. À mesure que le niveau de formation progresse, les attentes des jeunes se déplacent vers des métiers offrant davantage de stabilité, de revenus et de perspectives de carrière.

Le défi devient ainsi double: accroître le volume d’emplois créés tout en accompagnant la transformation du tissu productif vers des activités capables d’absorber une main-d’œuvre plus qualifiée.

Les TPME au cœur de la réponse économique

C’est précisément dans cette perspective que s’inscrit le Pacte TPME. En facilitant l’accès au financement, à l’accompagnement et aux dispositifs de développement, l’initiative vise à accélérer la croissance des petites entreprises, qui constituent l’essentiel du tissu économique national.

L’objectif dépasse le simple soutien entrepreneurial. Il s’agit de transformer les TPME en principal moteur de création d’emplois formels, capables d’accompagner la montée en gamme de l’économie marocaine.

Cette ambition se traduit également dans la feuille de route de Maroc PME. Son directeur général, Anouar Alaoui Ismaili, a annoncé que l’agence ambitionne d’accompagner 4.000 TPME d’ici 2030, soit environ 800 entreprises par an, avec une contribution attendue à la création et à la préservation de 54.000 emplois.

Même si cet objectif ne couvre qu’une partie des besoins annuels du marché du travail, il illustre la volonté des pouvoirs publics d’agir sur le principal levier de création d’emplois que représentent les PME dans la plupart des économies développées.

Cette stratégie intervient toutefois dans un environnement international de plus en plus complexe. Ryad Mezzour a mis en garde contre les effets combinés de la révolution technologique et du retour des politiques protectionnistes.

Selon lui, l’intelligence artificielle réduit progressivement les besoins en profils juniors au moment même où le Maroc connaît un important dividende démographique. «Nous faisons donc face à un double défi: réussir notre transition démographique tout en absorbant un choc technologique majeur», a-t-il affirmé.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 08/07/2026 à 16h12